Ce soir à Samarcande

Morceau choisi

Voici un conte persan dont on dit qu’il a inspiré à notre lecteur (ou lectrice)  Bételgeuse son propre conte qui porte le même titre, mais avec une virgule en plus, ce qui fait toute la différence : “Ce soir, à Samarcande”

Il y avait une fois, dans Bagdad, un Calife et son Vizir. Un jour, le Vizir arriva devant le Calife, pâle et tremblant :

“Pardonne mon épouvante, Lumière des Croyants, mais devant le Palais une femme m’a heurté dans la foule. Je me suis retourné : et cette femme au teint pâle, aux cheveux sombres, à la gorge voilée par une écharpe rouge était la Mort. En me voyant, elle a fait un geste vers moi. Puisque la mort me cherche ici, Seigneur, permets-moi de fuir me cacher loin d’ici, à Samarcande. En me hâtant, j’y serai avant ce soir”

Sur quoi il s’éloigna au grand galop de son cheval et disparu dans un nuage de poussière vers Samarcande. Le Calife sortit alors de son Palais et lui aussi rencontra la Mort. Il lui demanda :

“Pourquoi avoir effrayé mon Vizir qui est jeune et bien-portant ?”

– Et la Mort répondit :

“Je n’ai pas voulu l’effrayer, mais en le voyant dans Bagdad, j’ai eu un geste de surprise, car je l’attends ce soir à Samarcande”

Farid al-Din Attar. Poète persan – (1142-1221)

NDLR : Dans cette histoire, la Mort risque de se faire poser un sacré lapin. En effet, il est peu probable que le Vizir y arrive ce soir, même s’il parcourt au grand galop les 2700 kilomètres qui séparent Samarcande de Bagdad. Ou alors, les contes persans, c’est du n’importe quoi. 

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