La passante

morceau choisi

J’ai souvent essayé de faire des petits trucs comme ça dans mes « Couleur Café » ou dans mes « Post-it ». Mais je ne suis pas certain d’y être arrivé.

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?
Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

A une passante
Charles Baudelaire

8 réflexions au sujet de « La passante »

  1. Comment taire ce commentaire sur commentaires ?
    Bien sûr, il y a Brassens (je ne connaissais pas Pol, pardon), Nerval et sans doute bien d’autres.
    Mais qui a osé écrire ce formidable et énigmatique « o toi qui le savais » ?
    Tout Baudelaire, et personne d’autre, est là !

  2. Voilà un poème comme je les aime… d’excellente facture classique, expressif, imagé. Ah, Baudelaire, quand tu nous tiens!!
    Merci à Jim pour son rappel des deux autres poèmes sur les passantes. Je suis, quant à moi, plus touchée par Les Passantes d’Antoine Pol que par le poème de Nerval.

  3. Quant à moi, je n’ai jamais essayé, et j’ai bien fait.
    Je vais en hérisser plus d’un (ou une) mais pour moi, la poésie est à la littérature ce que le casse-croûte est au repas de fête. On peut aimer les deux, mais le second est plus roboratif. Reste que Baudelaire est un phénomène.

  4. Un petit truc comme ça ? Un chef d’oeuvre, oui !
    Le sujet éternel,, l’évocation subtile, les mots, le rythme, la beauté du texte !
    Un petit truc comme ça, mais aussi beau que la passante qu’il évoque, gravé à jamais dans nos mémoires. Un goût d’éternité.
    Cela dit, tu t’en approches parfois !

  5. Il y a eu plusieurs poèmes remarquables sur le thème de la passante, cette femme inconnue que l’ont eu aimé connaître. Il y a celui-ci de Baudelaire que j’aime, mais en voici deux autres que j’aime autant (il me semble l’avoir déjà écrit dans le JDC): Les Passantes d’Antoine Pol, poète notoirement inconnu plutôt que méconnu, qui a été mis en chanson par Georges Brassens, l’une de ses plus touchantes; l’autre c’est Une Allée du Luxembourg de Gérard de Nerval, mon préféré.

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