David ! À confesse !

Morceau choisi

(…) En fait, il y avait deux sacrements à comprendre, parce qu’il fallait laver son âme du péché avec le sacrement de pénitence (appelé habituellement la pénitence) avant de recevoir l’eucharistie. On préparait les enfants à ce rite de passage à l’école primaire de la paroisse. Comme la plupart de ceux qui ont fait cette expérience, j’imagine, j’ai trouvé la confession plus troublante que la communion, même si j’en avais déjà inventé une version profane avec ma tante Eileen dans le rôle du confesseur. Assis sur un banc au milieu de condisciples inquiets et agité entrain de « faire leur examen de conscience », vous avanciez pour prendre votre tour dans le confessionnal, une structure en bois aux allures de vaste armoire au fond de l’église, tiriez le rideau, vous agenouilliez dans la pénombre, et récitiez une liste de péchés préparée à l’adresse du prêtre dont vous perceviez vaguement la présence derrière la grille semblable à la porte d’un garde-manger. Vous vous demandiez ensuite si, empêtré dans vos idées, vous n’aviez pas omis quelque chose qui invaliderait tout le processus (cette occasion lointaine, par exemple où la sœur d’un copain de jeu a baissé sa petite culotte et relevé sa jupe pour montrer la fente potelée entre ses jambes, même si vous aviez refusé de façon peu chevaleresque d’exhiber votre propre instrument). Le prêtre avait beau être bienveillant et la « pénitence » (la récitation en silence de quelques « Je vous salue Marie ») légère, tout cela était terriblement angoissant.

David Lodge – Né au bon moment (2015)

ET DEMAIN, LE THÉÂTRE DE JOUVET

2 réflexions au sujet de « David ! À confesse ! »

  1. Vu l’exemple donné, de la petite montrant ce qu’elle a sous sa jupe, le titre « A con-fesse » semble très bien trouvé, hihihi!

    Comme a dit Marguerite de Navarre… « Les femmes ont plus honte de confesser une chose d’amour que de la faire »

    En tout cas, je ne sais pas si je suis tout à fait d’accord avec Georges Elgozy, qui écrivait « Les confessions ont pour conséquence première de confirmer les prêtres dans leur célibat. » Personnellement, je pense plutôt que, à force d’avoir les oreilles échauffées par les confessions croustillantes, cela doit leur donner moult regrets de tout ce qu’ils n’ont pas connu!!

    Mais c’est Bouvard qui aura le dernier mot, si juste et malheureusement si symptomatique de notre époque:
    Le fait qu’on se confesse de plus en plus à la radio et de moins en moins dans les églises semble indiquer que la publicité est plus précieuse que le pardon.

  2. Pourquoi faut-il que nous allions chercher au tréfonds de notre système de frustration les sempiternelles raisons d’une auto-flagellation et mieux encore, de flagellation d’autrui : écologie punitive, moraline de sauveurs du monde ne laissant rien passer, permanente activité tartufière de l’esprit de perfection et tension à l’imposture éthique destinés à nous assurer une apparence de demi-saints par laquelle dominer sur nos semblables.
    Les éducations religieuses ne sont pas le fruit du hasard mais la lente mise au point d’un système de domination sur les esprits, reprises et recyclées par la citoyenneté laïque dont les donneurs de leçons, envahissant la voie publique, sont les nouveaux curés.

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