Incident de frontière – Chapitre 1

Voici le premier chapitre de l’histoire d’un long weekend en Syrie. Il y aura (sans doute) 13 chapitres. Ils paraitront tous les dimanches, jusqu’au 12 mars 2017. Je dédie cette histoire fictive à ceux de mes amis qui ont inspiré les personnages.
(La coïncidence entre la parution de ce texte et les événements qui se passent actuellement
 à Alep en est réellement une. Les deux étaient en préparation depuis longtemps. Je connais à peu près la fin de mon histoire. Quant à celle des évènements, c’est est une toute autre.)

Dimanche, 24 mai 1970

Sur la petite route qui serpente entre les collines, deux voitures blanches se suivent de près. Elles ont quitté Alep ce matin et se sont dirigées plein sud. Après un arrêt pour le déjeuner à Homs, elles ont quitté la route qui file vers Damas en obliquant vers le sud-ouest en direction de la mer et du Liban. Dans une heure environ, elles devraient parvenir à la frontière et, sauf imprévu, elles seront à Beyrouth un peu après dix heures, évitant ainsi d’être bloquées dans les énormes embouteillages qui règnent le dimanche soir aux abords de la capitale.

Il fait chaud en cette fin d’après-midi du mois de mai, et des coudes sortent par toutes les vitres ouvertes des portières.

C’est Jean-Pierre Ponti qui est au volant de la première voiture. Il est le chef d’une petite équipe chargée par la Banque Mondiale d’étudier la construction d’autoroutes côtières au Liban. C’est un grand gaillard, simple, calme et tranquille. Il aime lire San Antonio.

Sa femme, Françoise, est assise à côté de lui. Professeur d’éducation physique au lycée de la Haye-les-Roses, elle s’est mise en congé de l’Education Nationale pour suivre son mari à Beyrouth. Elle lit des traités de psychologie enfantine. Aujourd’hui elle est contente parce que, demain, ce sera son premier jour de travail à Beyrouth. Elle a enfin trouvé un poste au Collège Protestant Français. Pour ce long week-end de tourisme, elle a confié leurs deux enfants à des voisins libanais.

Trois passagers se pressent à l’arrière du petit break Peugeot 204 : William, John et Tavia.

William Breed, américain d’une cinquantaine d’années est assis derrière le conducteur. Professeur d’archéologie à UCLA, il a pris une année sabbatique pour écrire une série de conférences sur les civilisations antiques de la Méditerranée que lui a demandées l’Université de Chicago. Il a emporté avec lui tous les livres de Robert Graves. En général, il est plutôt bavard, mais, pour l’instant, il ne se sent pas très bien. Il ne sait pas si cela vient des virages de la route ou du déjeuner pris tout à l’heure à Homs. C’est pourquoi il reste silencieux et passe la tête à l’extérieur de la voiture le plus souvent possible.

Tavia Foster, assise derrière Françoise Ponti, est une jolie fille de vingt-deux ans. Née à Flagstaff, elle était étudiante en Sciences de l’Environnement à l’Université d’Arizona du Nord quand elle a rencontré John dans un groupe de rafting lors d’une descente de la rivière Colorado. Elle a terminé son semestre avant de rejoindre John à Beyrouth. Elle s’est inscrite en Histoire Antique et en Théâtre à l’A.U.B. Tavia est grande, fine et blonde. Son visage est toujours en mouvement. Elle est naïve, gaie, spontanée, entière. Récemment, elle s’est découvert une passion pour Che Guevara. Les murs de l’appartement que John et Tavia partagent dans le quartier chrétien d’Achrafieh sont couverts d’affiches engagées contre la guerre du Vietnam, la ségrégation raciale et la pollution. Tavia a décidé d’épouser John, mais elle lui a fait admettre de ne jamais avoir d’enfant pour, dit-elle, ne pas contribuer à la surpopulation du monde.

Assis entre William et Tavia, John Fulton somnole et, de temps en temps, sa tête vient heurter doucement l’épaule de la jeune femme. Né en 1945 à Brooklyn, il est arrivé à Beyrouth il y a deux mois pour travailler à la First National City Bank. Dans six mois au plus, quand la banque jugera qu’il se sera suffisamment acclimaté au monde arabe, il sera muté à Djeddah pour prendre le poste de directeur adjoint de l’agence locale. John est un garçon intelligent et rationnel, mais réservé et timide. Il parcourt des traités de Dale Carnegie sur la manière de se faire des amis ou de réussir dans la vie. Depuis qu’il est arrivé au Liban, deux pensées occupent son esprit presque en permanence : tout d’abord, il n’en revient pas qu’une fille comme Tavia ait accepté de partager sa vie. Ensuite, il appréhende un peu ce prochain transfert en Arabie Saoudite. Mais pour l’instant, il apprécie surtout la chance qu’il a d’être en poste au Liban plutôt qu’à la guerre au Vietnam.

Tout à coup, le professeur d’archéologie touche l’épaule du conducteur et sur un ton exagérément poli mais tendu, il dit :

– Jean-Pierre, voudriez-vous, s’il vous plaît, arrêter la voiture sur le bord de la route pour quelques instants ? C’est plutôt urgent. Il faut que je marche quelques pas. Ça ira mieux après.

Jean-Pierre ralentit aussitôt et s’arrête sur le bas-côté, suivi en cela par le deuxième break Peugeot. Bill Breed est sorti de la voiture avant même qu’elle se soit arrêtée complètement et, tandis que la poussière retombe, on peut le voir s’éloigner à grands pas dignes mais rapides vers les buissons.

Les autres voyageurs ouvrent les portières et sortent des voitures les uns après les autres en s’étirant bruyamment.

-Qu’est-ce qui se passe encore ? demande Christian Lecomte, agacé.

Christian conduit la deuxième voiture. Il a vingt-huit ans. Né à Grenoble, il est venu à Paris pour passer une licence de Sciences Eco. Il a fait son service militaire au Tchad dans la coopération, puis il est entré dans un bureau d’études international. Après quelques travaux en métropole, il a intégré l’équipe de Ponti comme économiste des transports. C’est sa première mission à l’étranger. Il est plutôt anxieux et timide. Il lit Homère et Raymond Chandler. Il aimerait bien aussi coucher avec Patricia, qui voyage à côté de lui.

Patricia Gallaghan est née à Washington D.C. Elle a vingt-quatre ans. Elle est blonde, coiffée très court. Elle est plutôt petite et elle a l’air fragile. Elle lit Thoreau et Arthur Miller. Elle était secrétaire médicale à Bethesda, une banlieue très chic de Washington. Elle vient de mettre fin à une liaison de deux ans avec son patron. Pour se remettre du choc, elle a décidé de prendre trois mois de vacances en Europe. De passage à Rome, elle s’est rendue compte que Tel-Aviv n’était qu’à quelques heures de vol. Elle a trouvé qu’étant si près, il serait idiot de rater cette destination. C’est à Jérusalem qu’elle a rencontré Anne et s’est liée d’amitié avec elle.

Anne Bronsky est assise derrière Christian. Elle est américaine, elle aussi. Elle a une trentaine d’années. A Beyrouth où elle habite depuis bientôt quatre ans, elle attire beaucoup l’attention. C’est une grande et belle femme à la taille souple et aux longs cheveux auburn. Elle est secrétaire de direction à la First National. Elle habite seule un appartement spacieux dans une tour de la rue Hamra. De temps en temps, elle couche amicalement avec son patron, un célibataire sympathique d’une cinquantaine d’années. Quand Anne a vu cette petite blonde devant le mur des lamentations, si studieuse sous son petit bob blanc, si visiblement solitaire et si évidemment américaine, elle a éprouvé un soudain besoin de la protéger. Elle l’a abordée, sans aucune gêne, à la mode de leur pays commun. Le lendemain, elles ont pris ensemble un avion pour Chypre puis un autre pour Beyrouth où Anne avait proposé à Patricia de l’accueillir pour le restant de ses vacances. Patricia lui fait lire Miller ; elle lui prête Margaret Mitchell.

Assis à côté d’Anne Bronsky, le quatrième passager du break est une passagère. Elle est australienne et s’appelle Jenelle Ripley. Elle est de taille moyenne, rousse et frisée. Elle accomplit un tour du monde qu’elle a commencé par le Chili. Sur sa route vers l’Est, vers l’Afghanistan, elle en est au Proche-Orient. Elle a des adresses dans tous les pays où elle passe. Elle est hébergée partout, par amitié ou contre quelques heures de baby-sitting, ou comme serveuse, vendeuse ou professeur d’anglais. Elle fume un joint de temps en temps. Elle ne lit jamais.

A SUIVRE… 

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6 réflexions sur « Incident de frontière – Chapitre 1 »

  1. Au moins, nos diagnostics sur nos tentatives de conversation ne sont pas si éloignés que ça!

    Si tes bouteilles d’oxygène sont épuisées, je te suggères amicalement une bonne bouteille de fines bulles!

    À la tienne… d’année! (elle ne s’annonce pas très bonne pour personne mais je n’y suis pour rien!)

  2. Pour donner une image de nos échanges, je les comparerai à un dialogue de plongeurs sous-marins sourds, parlant, à travers leur masque de plongée à vingt mètres sous la surface de l’eau, de sujets différents, à une distance l’un de l’autre qui leur permet tout juste d’apercevoir voir les bulles d’air exprimées par l’autre.
    C’est la trêve de Noël, je commence à manquer d’air et je crois que je vais remonter un peu à la surface.
    A l’année prochaine.

  3. Ayant mis toi-même par ton premier commentaire le sujet « Roman vs Essai » sur la table, il serait bon, pour la clarté du débat, de rester dans ses limites. Si le premier commentaire était de ton propre aveu un peu confus du fait de la précipitation, il ne doit pas en être de même pour le deuxième et le troisième.
    Ils m’ont laissé une forte impression d’habile tour de passe-passe dans la démonstration.
    Le raisonnement suivi est selon moi celui-ci :
    a) L’homme n’a pas de nature.
    b) L’homme imite les animaux, d’où le succès des fables.
    c) Pour être crus des autres hommes, certains ont prétendu que leur message ne venait pas d’eux mais d’en haut.
    d) Ces hommes-là, les ventriloques, ont été des romanciers
    e) Ils ont été les premiers romanciers
    f) Tout romancier se situe dans la lignée de ces premiers romanciers.
    g) Par conséquent, le romancier se prend pour un Dieu, jugeant sans appel, etc…En ce sens il se range aux côtés de, non, il est pire que l’islamiste, le janséniste, etc…
    h) L’essayiste est, lui, muni de toutes les qualités, conscient de sa condition de grain de poussière, rigoureux, impartial, etc… sinon, il renonce à écrire, ou alors il devient ipso facto romancier

    Le tour de passe-passe consiste donc à assimiler tout Roman aux Récits Fondateurs des religions et les romanciers aux auteurs des dits récits, Moïse, Jésus, Mahomet… C’est le droit de tout un chacun de qualifier ces récits de roman, mais dire que ces récits sont représentatifs de l’art romanesque, c’est-presque-à-dire que les romans sont des récits religieux, c’est un peu fort de café.
    Je conteste bien entendu cette fausse logique et voici pourquoi
    a) D’accord, les animaux sont programmés par leur nature, leur instinct, ils n’ont pas de choix. Par contre l’homme n’est pas programmé, il a le choix, certains appellent ça le libre arbitre.
    b) Pas d’accord, les fables sont des contes, souvent moraux, où des animaux ayant des comportements humains sont mis en scène pour les besoins de la cause.
    c) C’est une façon de voir les choses, OK mais, si ce n’est pour introduire le mot fable dans son 2ème sens, quel est le rapport avec b ?
    d) OUI, car selon la démonstration, leurs œuvres sont de fiction. NON, car le but prosélyte de ces ventriloques était de démontrer ou de faire croire à quelque chose, comme tout essayiste et philosophe, au contraire de la plupart des romanciers qui ne cherchent qu’à raconter des histoires.
    e) NON : La bible a été écrite, dit-on, à partir du 8ème siècle avant JC et raconte par exemple l’histoire de Moïse, qui serait survenue dans les années 1300 avant JC. Les dates de Jésus on les connait mieux, et celle de Mahomet, presque aussi bien. Bien avant la plus ancienne de ces dates, des civilisations avancées existaient et on peut penser que des conteurs, des poètes et des mères racontaient déjà des histoires pour endormir les enfants ou leur faire peur. Ces histoires sont selon moi les ancêtres des romans, petits contes inventés pour distraire.
    f) Affirmation pure et simple, contestable ne serait-ce qu’à cause de (e) ci-dessus
    g) Le romancier créé effectivement ses personnages. Il est maitre de leurs destins. Et alors ? En quoi cela est-il mauvais, nuisible, préjudiciable ? Par définition, dans le roman, les personnages sont fictifs. Mais voilà le romancier traité de démiurge, d’islamiste ! Logique imparable !
    h) A une vision cynique des romanciers, assimilés à des ventriloques pervers et prosélytes, on oppose ici sans nuance une vision purement idéale et bisounours de l’essayiste. Or, en publiant ses reflexions et généralemenrt ses conclusions sur un sujet, quel est l’essayiste qui ne cherche pas à convaincre de leur justesse. Combien d’essyistes ont-ils prévenu : moi, je vous dis ça, mais vous pensez ce que vous voulez ?

    Les définitions du Larousse sont les suivantes :

    Roman :
    Œuvre d’imagination constituée par un récit en prose d’une certaine longueur, dont l’intérêt est dans la narration d’aventures, l’étude de mœurs ou de caractères, l’analyse de sentiments ou de passions, la représentation du réel ou de diverses données objectives et subjectives ; genre littéraire regroupant les œuvres qui présentent ces caractéristiques.

    Essai :
    Ouvrage regroupant des réflexions diverses ou traitant un sujet qu’il ne prétend pas épuiser ; genre littéraire constitué par ce type d’ouvrages.

    Roman = œuvre d’imagination ! Fiction ! Ce qu’il raconte, le romancier, ce n’est pas vrai ! Il cherche à distraire, à intéresser, pas à convaincre ou convertir !
    Essai = réflexions d »un auteur sur un sujet, cherchant à convaincre, à démontrer le bien-fondé d’une position

    Ce que nous faisons ici, ce sont des essais dont le sujet est « Roman vs Essai. » Toute acrobatie logique est permise dans l’argumentation, à la condition de ne pas être décelée. Nous cherchons l’un et l’autre, parfois sans espoir, à convaincre de la justesse de notre raisonnement.

    Quand j’écris une histoire, que je ne peux malheureusement pas encore qualifier de roman, je cherche à distraire. Je cherche à ce qu’elle soit intéressante et bien racontée. Mais je ne cherche pas à raconter la vérité ou une vérité, ou alors, je l’appelle récit.

  4. « Incident de frontière », c’est le titre de l’histoire.
    Le chapitre 1 a pour titre « Chapitre 1 »
    Pour le reste, on verra plus tard.

  5. Tout d’abord, je n’ai pas compris le sens de cette invocation :
    « Bien sûr, « le bon style » interdit de contester ces récits!
    Quand cesserons-nous de nous laisser bercer par les histoires que les ventriloques du divin ou d’autres autorités transcendantes nous narrent pour enfin, nous prendre en main et vivre notre histoire à nous qui avons trop longtemps consenti à la soumission aux ventriloques au bon style (comme disait le pote à Montaigne)? »

    Qui sont les ventriloques du divin ? Les romanciers qui écrivent des histoires inventées pour faire plaisir au lecteur, ou bien les essayistes et assimilés qui voudraient bien que le lecteur pense comme eux ?
    Je n’ai pas compris. Alors, il se peut que mon commentaire ci-dessous soit un pur contre-sens. Tant pis.

    Tu as écrit :
    « Dans le doute, le philosophe s’abstient alors que le romancier, homme fait Dieu tout puissant et omniscient, raconte l’histoire qu’il invente et décrit selon le style qui convient pour être cru de ses naïfs lecteurs qui, souvent moins bien équipés que les philosophes, vivent depuis toujours dans les histoires que leur raconte les ventriloques des Dieux. »  

    Pour écrire une nouvelle ou un roman, une des questions qui se pose à l’auteur est celle du point de vue, autrement dit d’où, de quel endroit, par qui l’histoire va-t-elle être racontée ?
    Une des techniques des plus classiques est celle qu’il est convenu d’appeler le point de vue du « narrateur omniscient« . Il ne faut pas se méprendre sur ce terme qui ne veut pas dire que l’auteur sait tout sur tout, mais que le narrateur est extérieur à l’histoire et qu’il sait tout de ce qui s’est passé et de ce qui se passe, un peu comme s’il avait assisté à toute l’histoire en témoin invisible.
    C’est ce point de vue que j’ai choisi pour mon « Incident de frontière ».
    Pour le romancier, ni le point de vue ni le style ne sont choisis pour faire croire quelque chose à ses naïfs lecteurs, pour la simple raison qu’il n’est pas question de faire croire quoi que ce soit à qui que ce soit, naïf ou pas, mais seulement de raconter une histoire qui plaise, qui émeuve, qui fasse trembler ou sourire… (Pour l’essayiste, le journaliste d’investigation, le thésard, c’est en général plutôt le contraire.)

    Je ne saisis pas très bien le rapprochement que tu fais entre, selon une de tes expressions fétiche, les ventriloques des Dieux (le pluriel n’est pas habituel) et les écrivains. Zola, Sagan, Maupassant, Céline, Houellebecq, ventriloques de Dieu ? Salinger, Miller, Steinbeck, ventriloquists of God ?

    Tu dis que les romanciers veulent faire croire, c’est-à-dire convaincre de naïfs lecteurs, moins bien armés intellectuellement, tandis que les philosophes, modestes et scrupuleux, s’abstiennent.
    C’est très curieux, mais j’ai quand même l’impression que c’est souvent l’inverse. Je ne veux pas dire que les romanciers s’abstiennent, mais que les philosophes veulent convaincre leurs lecteurs, plus ou moins naïfs. Ils ont pour cela les armes qu’il faut, la connaissance de l’histoire de la philosophie, à quoi se résume parfois la philosophie, la rhétorique, les notes de bas de page, les références et les citations, sans compter qu’ils tiennent la plume.

    Ceci dit, j’espère que le chapitre 2 te trouveras en d’aussi bonnes dispositions.

  6. Bon départ! Les personnages sont bien campés! Comme les profs. nous enjoignaient de le faire à l’école.

    L’avantage du romancier est de prendre la place du Dieu Créateur d’Hommes. (Le H dans ‘Hommes,’ symbolise ici tous les genres humains qu’ils soient naturels ou artificiels, théoriques ou organiques!)
    Les personnages, disais-je, sont tels que le romancier-Dieu les fait et non tels qu’il les perçoit ou tels qu’ils lui apparaissent.

    Ils sont ce qu’il affirme qu’ils sont et leur destin est écrit dans sa tête de Dieu et non dans celle de ses créatures (qui dans cette religion romanesque ont perdu la liberté de choix à laquelle le Judéo-christianisme tient tant!). Point à la ligne ou plutôt au chapitre 2.

    Le philosophe qui s’essaye à l’essai, au départ, pose sa plume ou retire ses doigts du clavier. Il s’efforce de répondre à une infinité de questions qui lui passent par la tête!
    En proie au doute, il cumule les obstacles! Pourquoi moi? Pourquoi ce champs d’observations? Ai-je bien la carte écran radar adéquate? Mes sens et instruments d’observation sont-ils bien aiguisés? Mon centre de perspective (ce lieu d’où j’observe et d’où je parle) est-il bien situé? Mes idées préconçues (qui structurent et bornent ma carte écran radar) sur la mode américaine du jour et l’éternelle inculture australienne ne construisent-elles pas (par le miracle de la projection de mon imaginaire) le caractère et le mode de vie des personnages que je suis sensé ‘décrire?’

    Ne pouvant répondre honnêtement à ces questions, le philosophe s’arrête là, tout net! S’il est vraiment très honnête, il fait disparaître les traces de son projet avorté.

    Il fait bien, car rien ne va dans le sens qu’il anticipait. La conclusion, inimaginable au départ et même quelques secondes ou lignes avant qu’elle se dessine à l’horizon, se déroule dans l’univers inconcevable (au début et au cours du récit) d’acteurs perdus sur des terres et mers incognitae!

    Dans le doute, le philosophe s’abstient alors que le romancier, homme fait Dieu tout puissant et omniscient, raconte l’histoire qu’il invente et décrit selon le style qui convient pour être cru de ses naïfs lecteurs qui, souvent moins bien équipés que les philosophes, vivent depuis toujours dans les histoires que leur raconte les ventriloques des Dieux.

    Bien sûr, « le bon style » interdit de contester ces récits!

    Quand cesserons-nous de nous laisser bercer par les histoires que les ventriloques du divin ou d’autres autorités transcendantes nous narrent pour enfin, nous prendre en main et vivre notre histoire à nous qui avons trop longtemps consenti à la soumission aux ventriloques au bon style (comme disait le pote à Montaigne)?

    Ceci dit, j’ai hâte d’être à Noël pour dévorer le chapitre 2.

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