Rendez-vous à cinq heures avec les souvenirs

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Du souvenir des films et généralisation à la mémoire de l’homme
(et de la femme, bien sûr, de la femme)

Voici le texte que nous propose Lorenzo dell’ Acqua sur les déficiences de la mémoire humaine (c’est bien « humaine », ça évite d’avoir à dire « de l’homme et de la femme »). On trouvera à sa suite ce que j’ai trouvé à en dire. Vous pourrez si vous le souhaitez ajouter votre pierre à cet édifice qui promet d’atteindre des sommets. 

La page de 16h47 vous reste ouverte. Vous vous en souvenez de ça, hein ? 

La plupart des gens font une confiance absolue à leurs souvenirs, même si, à l’évidence, ils sont erronés. C’est pourtant devenu une certitude scientifique : notre mémoire se trompe en toute sincérité. Les preuves sont multiples et il suffit de regarder ses propres souvenirs pour s’en apercevoir, parfois avec stupeur. Le révélateur que j’ai trouvé le plus pertinent, ce sont les films et le souvenir qu’on en a gardé. Je parle des films importants que l’on n’a jamais « oublié » mais que l’on n’a pas revu depuis longtemps. Et pourtant, quand on revoit ces films, on peut s’apercevoir parfois, mais pas toujours, que notre mémoire à laquelle nous croyons dur comme fer, se trompe : il ne se passe pas ce dont nous croyons nous souvenir dans ce film.

Notre mémoire peut oublier des événements. Tout le monde le sait, quelle qu’en soit l’explication évoquée : raisons psychologiques, pour les uns, raisons scientifiques pour les autres. Mais ce qui est beaucoup plus étonnant que l’oubli, c’est la transformation du souvenir et de cela il existe aussi de multiples preuves : souvenirs communs mais lointains d’un voyage avec un ami perdu de vue, souvenirs de la vie quotidienne différents de ceux de votre conjoint et de vos amis proches, et encore les souvenirs de films, mais pas les souvenirs photographiques, encore que je n’en sois pas si sûr. Il est concevable de se souvenir parfaitement d’une photo, de mariage par exemple, parce que c’est un seul souvenir, une unité de souvenir, qui ne demande pas de stockage complexe au cerveau à la différence de l’ensemble d’un film, ne serait-ce qu’à cause de sa durée.
Lorenzo dell’Acqua

*

La mémoire, d’une part, et ses trahisons, d’autre part, sont des sujets plutôt vastes que personne ne voudrait voir traité à la légère. Dans le cadre de ces rendez-vous à cinq heures, on peut souhaiter rétrécir le champ de l’étude. Chercher la preuve des infidélités de notre mémoire dans le souvenir que l’on a plus ou moins gardé des films que l’on a vus peut être une solution.

Pour une fois, je ne parlerai que de ce je connais :

Mis à part une demi-douzaine de films que j’ai vus une demi-douzaine de fois chacun, que j’ai donc aimés et étudiés, sur lesquels j’ai encore en mémoire pas mal de détails, les souvenirs que je garde d’un film courant, bon, médiocre ou mauvais, se limitent souvent à :
-une impression générale (bon, médiocre, mauvais, émouvant, banal, terrifiant, drôle, original, convenu, gentil, stupide…)
-une scène ou deux, une réplique, un décor (Wadi rum, la confession de Panisse, Good morning, les robes de Grâce Kelly, ça sent la pomme, John Wayne dans l’encadrement d’une porte sur le soleil couchant…) 

Il arrive aussi qu’ils se limitent à rien du tout, au point que de temps en temps, regardant à la télévision un film un peu ancien, au bout d’une demi-heure, je réalise que ce film, je l’ai déjà vu. Dans ces cas-là, cela provient d’une scène, d’une réplique, d’un décor, qui, non pas comme la madeleine de Proust faisait renaître villes et jardins, fait simplement surgir la certitude de déjà-vu, souvent sans davantage de détail. 

En ce qui me concerne, puisque nous avons convenu de ne parler que de ce que je connais, il m’arrive exactement la même chose avec les romans : une impression générale, un personnage, une scène, un style, une description, sans plus… Mais on sait que j’ai toujours mis cinéma et littérature sur le même plan. 

S’étonner qu’on ne se souvienne pas des rebondissements d’un film revient à s’étonner de ne pas retrouver les phrases d’un roman, les noms de tous ses personnages ou la succession de ses chapitres. 

Dans mon blog, je parle beaucoup de cinéma, et sur mes 240 et quelques critiques aisées, il y en a probablement les 2/3 qui portent sur le cinéma. Mais ces films dont je parle, même s’ils sont anciens, je les ai vus ou revus peu de temps avant d’en écrire leur critique. Je n’ai donc aucune raison sérieuse de mettre en doute ce que je me rappelle d’eux. 

Mais d’une manière plus générale, que notre mémoire soit infidèle, déformatrice et oublieuse, quoi de plus évident ? Quoi de plus vrai, quoi de plus vérifié quotidiennement?
Je ne lancerai pas l’épineux et vaste sujet du phénomène de transformation progressive, volontaire ou non, des souvenirs au fur et à mesure qu’on les raconte aux autres.
Mais quand même ! Quoi de plus fréquent, et de plus agaçant aussi que ces amis (ou épouse) qui s’accrochent à leur version de faits que vous avez vécus alors que, grâce à votre excellente mémoire, vous savez parfaitement que c’est votre version qui est la bonne. 

Pour résumé et en ce qui me concerne, puisque c’est cela qui finalement nous intéresse tous, je n’ai aucune confiance ni dans ma mémoire ni dans celle des autres. C’est à peine si je crois les journaux intimes et si peu les autobiographies.
Moi

 

21 réflexions sur « Rendez-vous à cinq heures avec les souvenirs »

  1. @Jim Le quotidien s’accumule dans le cerveau qui réagit de maniàre automatique ou autonome, la divergence entre souvenir ou mémoire peut s’expliquer sur ce phénomène et expliqué la façon formaté et réactive consécutive d’enjeux devenant subjectif devant la réceptivité des éléments constitutifs de la réaction.

    Mais ce n’est pas qu’elle soit subjective qui créé la mémoire, elle est vivante qu’elle nous force ou pas à réagir, et, par là notre réaction interfère dans la mise en mémoire. D’oû un rapel à la mémoire qui est en réaction avec le vivant peut créé de faux souvenir. On est occasionnellement logique et cohérent mais on est parfois également logique et incohérent, de plus il est possible de s’en amusé ou pas. Le souvenir est présent dans notre mémoire que l’on y fasse référence ou pas, mais l’attention fait en sorte que l’on peut réfléchir sur leur rapel pour évité l’isolement des souvenirs forcant une réactivité envers les problèmes relevant du quotidien de chacuns. Il y en a long à dire on le voit bien je pense.

  2. 20ème. Ce que je cherche à dire dans les 18ème et 19ème précédentes, c’est que la compréhension de la mémoire et des souvenirs ne se trouve pas dans des explications scientifiques, neurologiques ou autres mais simplement dans le langage de tous les jours et dans son expression la plus révélatrice, c’est à dire la littérature et la poésie.

  3. Faisant suite à ma réflexion d’hier, je souhaite en ajouter une autre, la 19ème au chapitre donc, ou plutôt quelques autres. Quand on fouille dans sa mémoire à la recherche d’un souvenir oublié, on dira ensuite “ah oui, je m’en souviens” ou quelque chose comme ça. La mémoire emmagasine des événements inoubliables ou qui deviendront oubliés, volontairement parfois ou par inutilité. Dans mon magasin de souvenirs impersonnels mais perçus à un moment ou un autre, certains tiennent une place privilégiée. De de toutes les devises de communautés humaines, d’états, etc, celle qui a de loin mon affection est celle de la belle province du Québec: “Je me souviens”. C’est aussi dans la rencontre de nombreux poèmes et de passages littéraires que les références au souvenir sont devenues les plus explicites pour moi. Par exemple, le poème de Prévert “Les feuilles mortes” si magnifiquement chanté par Yves Montand. Et “Chanson d’automne” de Verlaine (chanté aussi par Charles Trenet). Enfin, aujourd’hui je peux dire que l’événement qui restera gravé à tout jamais dans ma mémoire sont les funérailles de la Reine Elisabeth vues hier à la télévision (sur les chaînes BBC ou CNN, les commentaires sur les chaînes françaises étaient pour la plupart stupides). C’était la fin d’une époque révolue. Verlaine: “Je me souviens des jours anciens Et je pleure”.

  4. 17 réflexions, fichtre! Il est temps que j’ajoute la mienne. Je fais un distinguo entre souvenirs et mémoire. Pour moi, un souvenir se forge au moment même de l’événement avec inconsciemment le désir qu’il devienne inoubliable, qu’il ne se perde pas avec le temps qui passe. Il peut évoluer dans un sens ou un autre selon qu’il s’agisse d’un bon souvenir ou d’un mauvais souvenir. L’ensemble de ces souvenirs appelés à devenir inoubliables constituent en effet un édifice immense selon le fameux paragraphe de la Recherche du temps perdu de Proust. La mémoire est un enregistrement des évènements perçus par nos cinq sens. C’est en quelque sorte une collection qui se constitue naturellement ou par un effort de construction ou par éducation. Certains événements s’effaceront, d’autres s’altèreront en mieux ou se dégraderons. Le souvenir reste présent à l’esprit mais la mémoire nécessite une recherche dans sa collection chaque fois qu’elle est sollicitée.

  5. @Laurent Mallet, ce qui est important dans le propos que j’ai expliquer, c’est justement l’opposition protocolaire de la mémoire et de ce que l’on pense être l’absence de mémoire. Ce n’est pas un élément précis dans lequel on met un élément d’information comme dans un ordinateur par exemple. C’est pourquoi elle ne s’encombre pas de protocole. Elle peut bien avoir été enjolivée, qu’à cela ne tienne, elle peut avoir été enlaidit.

    Elle fait parti du vivant, et pour cela, elle est en construction, consciente ou inconsciente. Si elle fait partie d’un élément heureux, mais de façon inconsciente, elle va se révélé occulte. C’est, je pense, cette observation qui se trouve dans la description du film que je décris. Ce qui est intact c’est ce que j’arrive à me rappeler des éléments décrivant l’évolution de, l’anti héro, personnage principale du film. Elle serait une héroïne si elle avait surmonté le trauma demeurer inconscient. L’actrice renvoyait l’émotion non reconnue du personnage qui n’avait pas de pensée pour aller à la rencontre du phénomène qu’elle vivait ni l’entourage pour le surmonter.

  6. Si le sujet de départ était seulement : “avez-vous déjà constaté une transformation de votre souvenir à partir d’éléments objectifs irréfutables ?”, alors la réponse est OUI.

  7. Et pourtant, à l’évocation de la Recherche en appui de la notion de mémoire involontaire, la réponse fut claire : “Je crois me souvenir que “A la Recherche … ” n’est pas un ouvrage neuroscientifique.”

  8. Le sujet de départ était : avez-vous déjà constaté une transformation de votre souvenir à partir d’éléments objectifs irréfutables ?
    C’est une question simple que je me pose et à laquelle je n’attendais aucune réponse scientifique, philosophique ou littéraire.

  9. Je ne pense pas que cette discussion doive se limiter aux questions neuroscientifiques car, dans ce cas, fort peu de lecteurs du JdC seraient qualifiés pour y participer autrement qu’en tant que Diafoirus ou Candide.
    Sans être un ouvrage scientifique, neuro ou pas, (heureusement) À la Recherche du temps perdu est reconnu comme une recherche psychologique approfondie sur la mémoire, le temps et, accessoirement, la littérature.
    La mémoire involontaire, c’est ce que vit le narrateur quatre fois avec la petite madeleine, les pavés de l’Hôtel de Guermantes, la serviette de table amidonnée et le bruit des couverts choqués contre une assiette, peut-être pas dans cet ordre.
    « Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. »
    La mémoire volontaire, c’est la tentative volontaire de retrouver les circonstances d’un événement passé, un exercice de reconstruction, assimilable parfois à de l’archéologie, et sujet à toutes les erreurs possibles, involontaires ou non.

  10. “qu’est-ce qui détermine la modification du souvenir : l’inconscient ou le hasard physiologique ?”
    Cette question aurait probablement sa place dans un magazine scientifique, médical ou psychologique. Elle ne me me préoccupe pas particulièrement, du fait que, quelle que soit la réponse, je n’y peux rien car, par définition, je ne suis maitre ni de l’inconscient ni du hasard.
    Par contre, dans cette conversation de café du commerce, je serais plus intéressé à savoir si la modification des souvenirs va souvent, ou même toujours, dans le même sens, à savoir celui de l’amélioration de son image aux yeux des autres ou à ses propres yeux.
    Bien entendu, je ne veux pas parler ici des souvenirs quasiment fabriqués par pure vantardise, mais de ceux que l’on modifie en toute bonne foi.
    Restera a définir ce qu’il peut bien y avoir de gratifiant pour l’individu que l’Icare de Molière se transforme en ballon bleu.

  11. Moralité : que ce soit un petit train d’informations ou un petit vélo qui tourne on a toujours un petit truc dans la tête.

  12. « Je n’ai pas compris la différence entre la mémoire volontaire et la mémoire involontaire. »

    Il y a sur cette question un petit essai très interessant à parcourir :
    A la recherche du temps perdu.
    Pour en connaitre l’essentiel on pourra se contenter de consulter sa première partie : Du côté de chez Swann et si l’on est vraiment pressé on limitera sa lecture au passage de la petite madeleine.

  13. La question est : qu’est-ce qui détermine la modification du souvenir : l’inconscient ou le hasard physiologique ? Ou les deux !!!

  14. @Claude. Je pense le contraire : plus un souvenir est agréable, plus il a de chances d’avoir été transformé (enjolivé) par notre mémoire. Par contre, je crois que plus un événement est important (son mariage), plus il a de chances d’avoir été mémorisé intact. Malheureusement, il s‘agit le plus souvent d’un événement important mais désagréable comme un deuil, un accident, un échec …
    L’exemple que vous donnez ne concerne pas votre mémoire à vous, mais celle de l’héroïne de ce film. Il accrédite mon interprétation : sa mémoire a « enjolivé » le bon souvenir de son Papa.
    Je n’ai pas compris la différence entre la mémoire volontaire et la mémoire involontaire. A mon sens, même si j’en devine le sens, il n’y a pas trente-six sortes de mémoire, il n’y en a qu’une, qu’elle soit spontanée ou provoquée par un élément relais (comme une photo ancienne).

  15. On peut s’engagé dans le pricipe de la balle de ping pong, et tenté de raisonné nos souvenirs, n’empêche qu’il dénote une tendance toujours inconciente du biais cognitif s’établissant entre la réalité et nous. C’est pourquoi la mémoire involontaire ne trompe pas, en devenant consciente on peut la considérer réel et nous envoyer à nous même le message confirmant notre décision de ce que nous voulions devenir.

    La conscience n’est pas à notre service, elle est nous. L’inconscience est universellement involontaire, elle ne s’oppose qu’en apparance à l’inconscience par la conscience quand on est dans le souvenir et vice versa la conscience ne s’oppose qu’en apparance à la conscience puisqu’elle ne peut être inconsciente, et, pour cause en intervenant dans le rappel des souvenir on brouille la réalité dans laquelle a été expérimenté la réalité dans laquelle on était dans l’évocation que l’on en a fait.

    Seul l’attention porter à ce que l’on vie peut apporté des souvenirs, et je pense que c’est pourquoi on se souvient mieux des choses agréables. Le plaisir a donc quelque chose de primère dans les souvenirs mais pas nécessairement dans le moment ou ils sont en élaboration, c’est que l’élaboration est la rencontre et ne s’encombre pas du protocole, elle peut ravir la conscience en touchant un intérêt particulier et s’embrouiller par une attente dépourvue de lien avec la réalité qui adviens dans le présent évènement. En étant inconscient de cela on ne réalise pas de ce qui est enregistré dans nos souvenirs.

    Prenons un exemple de film que je me souviens. Vous vous rappellerez peut-être le titre en lisant la description d’une scène que j’évoque ici. Ça se passe en Italie, c’est un fait vécu, c’est la fille d’un mafieux qui percevait son père comme un être bon puisqu’enfant il apportait beaucoup de bienfait et d’attention lorsqu’il arrivait à la maison. PLus tard devenue femme, elle réalise que des évènements ocultés par sa reconnaissance envers son père n’a pas traversé vers sa conscience mais se montre d’une véracité indéfendable qui la pousse au suicide. Je serais bien dépourvue d’en rappeler les détails, si j’étais scénariste j’aurais une facilité à davantage élaborer, mais le sens très convaincant du sens de sa vie complètement boulversé a un sens prédominant par rapport à la mémoire. Je conclue ainsi que la mémoire a un lien avec l’attention que l’on porte à ce que l’on vie. C’est à méditer.

  16. Puisque tu me fais l’honneur d’ouvrir un débat à propos d’une réflexion sur la mémoire, je voudrais ajouter ceci : ce qui me fascine le plus, ce ne sont pas les oublis de la mémoire qui sont une réalité, non, ce qui me fascine le plus ce sont les transformations que notre mémoire impose à nos souvenirs. Je disais que les films sont un excellent révélateur parce que personne ne peut en contester le contenu cinquante ans après (et même ton épouse). Je voudrais raconter ou re-raconter deux exemples personnels qui m’ont troublé et j’aimerais savoir s’il vous est déjà arrivé la même chose.
    Dans Que la bête meurre de Chabrol, j’étais absolument convaincu, et je voyais parfaitement la scène en plus, que Duchaussoy noyait Yanne en le jetant hors du voilier sur lequel ils étaient partis faire une promenade. Récemment, quelle ne fut pas ma stupeur de constater que cette scène n’existe pas dans le film. Pourquoi l’avais-je inventée ? Là, une interprétation psychanalytique est envisageable.
    Dans Molière d’Ariane Mnouchkine, je revoyais cette scène magnifique que je n’avais pu oublier. La caméra filmait un ballon bleu grand comme une montgolfière qui s’élevait majestueusement vers le ciel en même temps qu’une cartomancienne lisait les lignes de la main de Molière enfant et s’exclamait dans un sanglot : “Je vois, je vois pour toi, je vois …. La Gloire !”. La coexistence de l’image de la montgolfière bleue qui monte vers le ciel et l’exclamation bouleversante de la cartomancienne s’étaient incrustée dans ma mémoire. En réalité, il ne s’agit pas d’une montgolfière mais d’un homme avec des ailes artificielles qui s’élève à grand peine dans les airs. Là, l’interprétation psychanalytique est plus difficile …
    S’opposent en théorie deux formes d’interprétation : l’une psychanalytique, l’autre neuroscientifique. La première, je la réfute parce qu’elle ne dépend pas de l’auteur de la chose étudiée mais de celui qui l’étudie. La seconde est plus cohérente depuis que les IRM surpuissantes peuvent suivre le trajet du souvenir à travers le cerveau. Le souvenir n’est pas un bloc compact mais un petit train d’informations. Dans le premier wagon, l’époque, dans le second, les personnages, dans le troisième l’événement, etc etc etc. L’ensemble est stocké de manière morcelée dans les zones corticales de la mémoire. Quand vous faites « appel » à ce souvenir, se met en branle un ensemble de mécanismes pour reconstituer le petit train. Mais le cerveau n’y parvient pas toujours. Il arrive que le petit train prenne des wagons qu’il trouve sur son chemin mais qui ne faisaient pas partie du train de départ. Il arrive aussi qu’il ne retrouve pas un ou plusieurs wagons. Arrivé au niveau conscient, le petit train, autrement dit le souvenir, est modifié involontairement pour des raisons qui relèvent du hasard.
    Merci de vos commentaires surtout s’il y a des neuroscientifiques parmi vous.

  17. Chez l’homme ( et chez la femme, oui, je n’oublie pas, chez la femme) la mémoire a plusieurs fonctions dont la moindre n’est pas de mettre à notre disposition des souvenirs, souvenirs d’événements, de lieux, de conversations… Elle nous les procure par le truchement d’images. Mais les images, c’est elle qui les choisit, et comme dit le petit Marcel dans Sodome et Gomorrhe :
    « Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables, que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites.  »
    Les images choisies par la mémoire sont arbitraires. Il ne faut donc pas s’étonner que les souvenirs d’un même événement diffèrent selon les personnes. C’est le défaut de la mémoire volontaire.
    J’oserai dire que par contre, la mémoire involontaire, elle, ne trompe pas, celle qui naît d’une odeur, d’un goût, d’un son, pour tout dire d’une sensation – pour Marcel, le son d’un couvert contre une assiette, pour moi l’odeur du bitume chaud après la pluie…
    Mais ces surgissements de la mémoire involontaire sont personnels, il n’y a en général personne pour vous les contester.

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