Archives de catégorie : Critiques

Magic in the Moonlight (Critique aisée 40)

Magic in the Moonlight    (Woody Allen)

Comme avant lui Renoir, Ford, Hitchcock, Altman, Truffaut ou Rohmer, Woody Allen est un homme qui, depuis près de cinquante  ans, construit une œuvre, pierre après pierre. Commencée avec la farce, dont le meilleur exemple est Prends l’oseille et tire-toi (1969), il est passé rapidement à la chronique New Yorkaise intellectuelle et sophistiquée dont Annie Hall (1977) et le magnifique Manhattan    (1978- Ah ! L’ouverture de Manhattan !) sont les modèles. Viendront ensuite dans le désordre des fantaisies (Zelig), des comédies de mœurs (Hannah et ses Sœurs), des chroniques sociales (Radio Days), d’innombrables comédies psychanalytiques (Hollywood Endings) et même de films noirs (Le Rêve de Cassandre).

Depuis quarante ans, Allen sort pratiquement un film par an. Ses quatre dernières productions ont été: Continuer la lecture de Magic in the Moonlight (Critique aisée 40)

Fury (Critique aisée 39)

Fury
Film de David Ayer, avec Brad Pitt et d’autres acteurs que vous ne connaissez probablement pas.

C’est un film de genre ; et moi, à part les films de kung-fu et autres poignards volants mal  aiguisés, à part les films médiévaux et autres sorcelleries potterisées, à part les films d’épouvante et autres loup-garoutines, à part les films de fin du monde et autres aventures catastrophiques, à part les films érotiques et autres cuculteries, à part ça, j’aime les films de genre.
Le genre « film de guerre » a produit énormément d’âneries, beaucoup de bons films et quelques chefs d’œuvre. Parmi les chefs d’œuvre et pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit :  A l’Ouest rien de nouveau, Le Pont, Attack, King and Country, Lawrence d’Arabie, Le pont de la rivière Kwaï, la 317ème section, Full metal jacket, Il faut sauver le soldat Ryan.
Fury ne se classe pas d’emblée parmi les chefs d’œuvre, on verra ça dans une dizaine d’années, mais je le place, moi, parmi les premiers du groupe qui vient juste derrière.

Le scénario est classique. Les personnages le sont aussi. On ne peut plus classiques. Je ne décrirai donc pas les personnalités tranchées des cinq tankistes que l’on va suivre pendant deux heures et douze minutes, enfermés dans leur Sherman, à travers l’Allemagne d’avril 1945.
Je peux vous dire que les scènes d’action sont formidablement menées, et je n’oublierai pas plus le combat de 4 tanks Sherman contre un seul char Tigre que je n’ai oublié le matin du 6 juin 44 de Spielberg dans le soldat Ryan. Du jamais vu.
La réalisation est classique, au sens où elle est rigoureuse et sans maniérisme.
La guerre est montrée dans son horreur, c’est un euphémisme, et dans son inutilité, surtout quand on réalise que, dans moins de deux mois, la paix sera signée. Ce classicisme dans la dénonciation de la guerre est bien plus efficace que celle de tant de films engagés et démonstratifs, car pour faire haïr la guerre, ce n’est pas la peine d’expliquer ; il suffit de la montrer.
Brad Pitt, comme souvent, reste un peu monolithique, mais d’une part, j’ai toujours eu un préjugé contre Brad Pitt, et d’autre part, c’est dans le personnage. Par moment, il me fait penser à Burt Lancaster. C’est gentil de ma part, non ?

Avant Fury, que je vous recommande donc, je n’avais vu qu’un seul film de David Ayer : End of Watch. Ce film a été une surprise et un vrai choc. Je vous le recommande tout autant, peut-être plus, pour son originalité dans le thème si classique des deux flics en voiture dans Los Angeles.

Je suis un pilier de bistrot

couleur café 12
Je suis un pilier de bistrot.
Le Sorbon, rue des Écoles

Je suis un pilier de bistrot. Oh, pas du genre Antoine Blondin, malheureusement. Ce cher Antoine! Non que je l’aie connu. Mais j’aurais bien aimé écrire comme lui, ne serait-ce qu’un peu, un tout petit peu. Je sais qu’il fréquentait beaucoup un café de la rue du Bac, le Bar Bac, près du domicile qu’il partageait avec sa mère. Il disait : « La littérature, c’est des litres et des ratures». J’ignore s’il écrivait dans ce bistrot ou s’il travaillait ailleurs. Je le vois plutôt chez lui, par exemple sous les lambris de ce grand appartement, au coin d’une fenêtre donnant probablement sur la Seine, tapant à la machine, une cigarette au coin de la bouche, un œil à demi fermé sous la piqure de la fumée, juste après Continuer la lecture de Je suis un pilier de bistrot

Maestro (Critique aisée 38)

Ça fait snob, c’est certain. Mais je dois à la vérité de dire que je viens de voir Maestro depuis le siège 24F du vol AF 0012. Ce ne sont assurément pas les meilleures conditions pour voir un film. Mais sans cela, sans ces sept heures de vol à ne rien faire d’autre qu’à se demander quand ils vont servir le champagne, lire les articles de tourisme chic de la revue Air France, essayer de me protéger le crâne du soufflement inextinguible de l’air conditionné, regarder du coin de l’œil les écrans des autres passagers et surveiller le bruit des réacteurs, Continuer la lecture de Maestro (Critique aisée 38)

Les Indésirables (Critique aisée 37)

Les emails d’alerte « Les nouveaux radars routiers sont cancérigènes« , les rumeurs « Sarkozy était le premier amour de Ségolène« , les bouteillons « Pour ne plus payer d’impôts, changez de nom« , les « Faites tourner, c’est important !« , les « Il faut que les gens sachent! » , les « Il est temps que ça cesse!« , les « on nous dit rien« , les « on nous cache tout« , les théories de complots des grands contre les petits, des brunes contre les blondes, de Paris contre la Province, des verts contre les bleus, des ronds contre les carrés, et autres perpétuelles, permanentes paranoïas pathétiques, je n’en peux plus.

Avec ce genre de produit, Internet a remplacé la conversation de café du commerce, la brève de comptoir, celle que l’on dégustait le matin au zinc entre un résultat de football Continuer la lecture de Les Indésirables (Critique aisée 37)

May I introduce Winston ? (Critique aisée 36)

Puis-je vous présenter  un jeune auteur : Winston Leonard Spencer-Churchill?
Que le fait qu’il ait été pas mal soldat, fréquemment ministre et énormément chef de gouvernement ne vous trompe pas sur ses qualités d’écrivain.
Que le fait qu’il ait été prix Nobel de littérature ne vous dissuade pas d’en entreprendre la lecture.
Tous ses écrits – discours, articles, essais, mémoires – se lisent comme des romans (sauf son unique roman qui se lit comme un pensum).

Quand j’ai pris ma retraite il y cinq ans (déjà!), je me suis lancé dans la lecture de ses Mémoires de Guerre. Je ne les ai lâchées qu’à la toute fin, pour passer aux Mémoires de Guerre de De Gaulle. Évidemment, Charles, c’est bien, c’est même très bien. Mais vouloir le comparer sur le plan littéraire à Winston, c’est comparer Jules César à Homère ou Corneille à Shakespeare.

Je suis vite revenu à W.C. L’ouvrage suivant sur lequel je suis tombé était « Mes jeunes années« . Et ça, c’est extraordinaire. « Mes jeunes années », c’est Tintin à la Guerre des Boers, c’est Spirou aux Indes…

J’avais d’abord pensé conclure ce petit mot par une ou deux citations du bonhomme, car il en a faites énormément (et on lui en attribue encore bien davantage), mais, après tout, allez donc les chercher vous-mêmes dans le texte.

Allez ! Au boulot !…

 

Tu seras un poète, mon fils…(Critique aisée 35)

Prends ta tête à deux mains,
Mon cousin,
Écorche la grammaire,
Mon p´tit frère!

Oublie donc l’orthographe,
Tête de piaf,
Et la ponctuation,
Tête de thon!

Truismes et clichés,
Stéréotypes, poncifs,
Use du pré-mâché!
Les lieux communs, ils kiffent!

Pars à leur découverte
Et puis, joyeusement,
Des portes grand ’ouvertes
Enfonce les battants !

Ensuite prends ton luth
Et tes allégories
Et tes anacoluthes
Dans ta catégorie:

Sois ange ou bien démon,
Romantique ou cruel,
Lyre ou accordéon,
Ou encore arc-en-ciel.

Muni des ces préceptes,
Maintenant écris-moi
Quelques phrases ineptes,
Des trucs bien à la noix.

Découpe-moi bientôt
Ces éléments sublimes
En tout petits morceaux
Sans rechercher la rime.

Personne ne comprend
Ce que tu voulais dire?
Injurie largement,
Méprise ou bien soupire,

Mais n’explique jamais
En mots intelligibles
Car déchoir ce serait
D’être compréhensible.

Si tu peux faire tout ça
Sans rire ni cannabis
Si tu peux, tu seras
Un poète, mon fils.

La Guerre des Gaules (Critique aisée 34)

Voici deux extraits des Commentaires sur la Guerre des Gaules
écrits par Jules César à l’attention du Sénat.

Extrait n°1: Est-il possible de rendre compte d’une action militaire plus clairement dans un style aussi simple et aussi laconique?

« Les ennemis, quand l’agitation nocturne et les veilles de nos soldats leur eurent fait comprendre que ceux-ci allaient partir, dressèrent une double embuscade dans les bois, sur un terrain favorable et couvert, à deux mille pas environ du camp, et ils y attendirent les Romains; la plus grande partie de la colonne venait de s’engager dans un grand vallon, quand soudain ils se montrèrent aux deux bouts de cette vallée, et tombant sur l’arrière-garde, interdisant à la tête de colonne de progresser vers les hauteurs, forcèrent nos troupes à combattre dans une position fort désavantageuse. »

Extrait n°2: César parle de lui, rappelle sobrement ses campagnes victorieuses et part en vacances. Elles vont être écourtées…

« Après ces événements, César avait tout lieu de penser que la Gaule était pacifiée: les belges avaient été battus, les Germains chassés, les Sédunes vaincus dans les Alpes; il était, dans ces conditions, parti après le commencement de l’hiver pour l’Illyricum, dont il voulait aussi visiter les peuples et connaître le territoire: soudain, la guerre éclata en Gaule. La cause en fut la suivante. Le jeune Publius Crassus, avec la 7eme légion, avait établi ses quartiers d’hiver chez les Andes: c’était lui qui était le plus près de l’Océan. Le blé manquant dans cette région, il envoya un bon nombre de préfets et de tribuns militaires chez les peuples voisins pour y chercher du blé….. »

 

 

 

Jeu d’écriture. (Critique aisée 33)

 -On me dit que tu voudrais écrire? C’est nouveau ça ! Mais écrire quoi?

 -Je ne sais pas…juste écrire…

-Écrire tes mémoires? C’est ridicule! Tu n’en as pas!

 -Pas forcément des mémoires. Des histoires, des souvenirs, je ne sais pas vraiment…ce serait juste histoire d’écrire.

-Ecrire n’importe quoi, alors. Bon, si tu ne sais pas encore quoi écrire, tu sais peut-être pourquoi tu veux écrire. Alors pourquoi?

 -Je ne sais pas vraiment…

-Dis-donc, tu ne sais pas grand-chose!

 -…peut-être d’abord pour me faire plaisir. Quand je travaillais, j’aimais Continuer la lecture de Jeu d’écriture. (Critique aisée 33)