Archives de catégorie : Critiques

Dunkerque – Critique aisée 96

Dunkerque
Christopher Nolan – 2017

Voici Dunkerque. C’est un film. C’est Christopher Nolan qui nous l’apporte.

Comment classer Dunkerque (faut-il classer Dunkerque ?) dans l’œuvre de Nolan ?
Je n’ai vu que deux autres films de lui (qui je crois en a fait 6). Ils m’ont plutôt ennuyé. Il y avait le compliqué Inception avec triple mise en abime et mal de tête assuré, je rêve que je rêve que je rêve que je …
Et il y a eu le prétentieux, l’interminable Interstellar, avec sa philosophie de bazar bio-bobo : seul l’amour télépathique sauvera la planète…

Heureusement, Dunkerque ne ressemble à aucun de ces deux-là. C’est un film d’été, mais bien que ça se passe souvent sur la plage, ce n’est pas Continuer la lecture de Dunkerque – Critique aisée 96

Les Fantômes d’Ismaël (Critique aisée n° 95)

Critique aisée n° 95

 Les Fantômes d’Ismaël 
Arnaud Desplechin – mai 2017
Charlotte Gainsbourg-Mathieu Amalric-Marion Cotillard

 Après avoir lu la critique incompréhensible, comme souvent, de Télérama parue sous la plume de Louis Guichard, j’étais plutôt hésitant, comme toujours, mais comme l’article était accompagné, comme il se doit, d’un petit émoticône, comme la lune, et que cet idéogramme pour débiles mentaux était au beau fixe, j’ai tenté le coup.

Eh bien, si je n’ai rien compris à la critique, je n’ai pas compris grand-chose au film. Par acquis de conscience, je suis retourné voir Télérama et j’ai consulté le synopsis qui m’avait échappé en première lecture. Alors, voilà : Synopsis : Ismaël Vuillard réalise le portrait d’Ivan, un diplomate atypique inspiré de son frère. Avec Bloom, son maître et beau-père, Ismaël ne se remet pas de la mort de Carlotta, disparue il y a vingt ans. Aux côtés de Sylvia, Ismaël est heureux. Mais un jour, Carlotta, déclarée officiellement morte, revient. Sylvia s’enfuit. Ismaël refuse que Carlotta revienne dans sa vie. Il a peur de devenir fou et quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix. Là, il s’enferme, assailli par ses fantômes…

Je suis sorti rassuré de ma lecture : cette intrigue était à peu de choses près effectivement celle que j’avais pu reconstituer au cours de la projection. Mais ce n’était que de justesse et grâce à quelques efforts de concentration et à une lutte, d’ailleurs pas toujours victorieuse, contre le sommeil.

Le découpage de l’histoire et le montage du film entretiennent chez le spectateur que j’étais une confusion sur la progression de l’histoire. Elle n’est probablement pas voulue par l’auteur, qui l’a d’ailleurs pressentie puisqu’il parsème les images du film de surimpressions qui annoncent par exemple : « Deux ans plus tôt.. ». En ce qui me concerne, ces précisions n’ont fait qu’épaissir le brouillard.

Tout comme l’histoire, les dialogues sont loin d’être fluides, peut-être un effet du montage. Les répliques sont rarement naturelles. Elles tombent souvent dans le cliché :

Carlotta-Marion
Je voulais déchirer ma vie …

Ismaël-Mathieu
C’est ma vie que tu as déchirée !

ou dans le ridicule :

Ismaël ( à Carlotta)
A travers toi, c’est lui (ton père) que j’aimais !

Quant aux images, elles ne sont ni belles ni laides, en dépit d’extérieurs tournés sur les dunes de Noirmoutier. Pourtant, malgré le sommeil venant, un  effet m’a tenu éveillé tout en me faisant fermer les yeux pour y échapper : le tressaillement des séquences tournées en camera portée. L’instabilité de l’image obtenue par cette technique est en général censée provoquer chez le spectateur un sentiment de malaise ; mission accomplie en ce qui me concerne : ce maniérisme horripilant m’a mis vraiment mal à l’aise et mené au bord de la nausée.

Charlotte Gainsbourg et Mathieu Amalric sont pour moi parmi les meilleurs acteurs français du moment et ils ont ensemble deux ou trois bonnes scènes au début du film. Pourtant, on peut regretter qu’ils ne sortent que rarement des registres dans lesquels on sait qu’ils sont les meilleurs : fragilité pour Charlotte et névrose pour Mathieu. Mais comment se fait-il que pratiquement toutes les scènes de Marion Cotillard soient mauvaises ? Mauvaise actrice ? Mauvaise direction ? Je ne sais pas.

Bon, tout ça n’est pas très motivant, mais aujourd’hui, quand je me rappelle que j’avais lu dans Télérama : « Les Fantômes d’Ismaël est, bizarrement, présenté (à Cannes)  hors compétition, alors qu’il s’annonce déjà comme l’un des meilleurs films de l’édition 2017… » je me dis que, c’est sûr, j’aurais dû me  méfier.

L’hiver, des singes égarés… (Critique aisée 94)

temps de lecture : 4 minutes grand maximum

Critique aisée 94

L’hiver, des singes égarés…

Est-ce que je vous ai déjà dit que j’aime les incipit, vous savez, ces premiers mots que l’auteur a mis en ouverture de son roman? Ils sont importants, ces mots. Importants pour l’auteur, car souvent, c’est eux qu’il a réellement écrits en premier, ceux qui l’ont lancé dans l’aventure, ceux qui ont imprimé le style, le rythme qu’il va s’efforcer de suivre pendant des nuits et des jours pour écrire les dizaines et les dizaines de milliers de mots qu’il veut extraire de sa tête. Mais ils sont encore plus importants pour le lecteur. L’incipit est une porte et selon qu’elle sera verrouillée, et bardée de fer, ou peinte en bleu et enluminée, ou entrouverte et mystérieuse, le lecteur se sentira averti de ce qui l’attend s’il en franchit le seuil.

Bien sûr, le « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » du petit Marcel ne peut à lui tout seul annoncer l’ampleur du plus grand roman du XXème siècle, mais au moins, le lecteur comprend qu’il se lance dans un roman de l’intime.

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que le « Il était étendu à plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras croisés et, très haut au-dessus de sa tête, le vent soufflait sur la cime des arbres » du grand Ernest va vous plonger dans l’aventure virile dans le milieu plutôt montagneux de « Pour qui sonne le glas« 

Le « Marley était mort, pour commencer. » de Dickens ouvre son Conte de Noël de Dickens et on sent bien dans ces premiers mots, avec l’aide il est vrai des deux ou trois courtes phrases qui suivent, que Marley ne va pas rester mort très longtemps et qu’on va entrer dans le fantastique.

Le plus parlant reste sans doute celui de l’énorme Gustave, le fameux « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » de Salammbô. Avec lui, le décor, l’époque, le souffle, le rythme sont plantés, vous êtes prévenus.

Mais ces incipit là, vous les connaissiez, ne serait-ce que pour avoir lu le JdC de temps en temps. Alors, laissez-moi vous donner aujourd’hui celui du roman le plus connu d’un auteur, Antoine Blondin, un peu moins monumental que les quatre précédents, mais que, moi, j’aime particulièrement, peut-être même plus que Jacques Perret :

« Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau : trois mille kilomètres jusqu’à l’estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d’alcool de riz si l’équipage indigène négligeait de se mutiner. Autant dire qu’il n’y avait pas de temps à perdre. »

Vous ne sentez rien, là ? Vous ne sentez pas Continuer la lecture de L’hiver, des singes égarés… (Critique aisée 94)

La Garçonnière (Critique aisée 93)

Critique aisée n°93

La garçonnière
D’après le film de Billy Wilder (1960)
Adaptation de J.Elmaleh et G. Sibleyras
Metteur en scène : José Paul
Théâtre de Paris
Guillaume de Tonquedec
Claire Keim

Les adaptations pour le théâtre de grands films semblent à la mode en ce moment. Après « Les Damnés » (de Visconti) et « La Règle du Jeu » (de Renoir), voici « La Garçonnière » de Billy Wilder, présenté au Théâtre de Paris.

Le film de Billy Wilder date de la splendeur de la comédie sentimentale américaine. Dans un New York en noir et blanc et en Cinémascope, un petit employé d’assurance monte dans la hiérarchie de sa compagnie en prêtant à ses supérieurs, pour quelques heures et quelques frasques, son petit appartement de Manhattan. Mais il va tomber amoureux de la liftière qui est aussi la maitresse du grand patron. Inutile d’en raconter davantage, vous verrez bien vous-même.
Les deux principaux comédiens, parmi les meilleurs de leur temps, étaient Jack Lemmon et Shirley MacLaine. Ils donnaient à ce film un ton de naïveté, de tendresse et de drôlerie. En 1961, le film obtint cinq Oscars, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.

Quand quelqu’un, un producteur par exemple, vous demande de monter au théâtre une adaptation de La Garçonnière, on se dit que ça ne va pas être trop difficile. On visionne le film une douzaine de fois, on choisit un comédien au jeu léger, plutôt connu de préférence, et s’il ressemble un peu à Jack Lemmon, c’est tant mieux. On prend une jolie comédienne, et si elle n’a pas l’air innocent et naïf de Shirley MacLaine, c’est tant pis. On leur fait voir le film et apprendre le texte. Ensuite, on imagine un décor magnifique et compliqué qui permettra de représenter par quelques tours de plateau et quelques glissades de meuble, presque tous les lieux où l’action du film se déroule. Et voilà, c’est fait. Inutile de tenter d’adapter vraiment pour le théâtre cette douce comédie puisque quelques habiletés de décors vous en dispensent.

On a donc ici un excellent travail de décorateur, un travail honnête de comédiens, un travail paresseux de mise en scène et un travail inexistant d’adaptation.
Alors, à quoi bon aller voir la pièce, qui ne sera qu’une pale, très pale, copie du film, copie dans laquelle auront été effacées toutes les tendres scènes de séduction d’une liftière suicidaire par un employé de bureau timide. Ce n’est ni la faute des acteurs, sympathiques, ni celle de l’adaptation, inexistante, mais celle du choix d’un décor trop  compliqué et d’une salle trop grande, deux obstacles à l’intimité de certaines scènes. On veut montrer trop de choses à la fois et le charme disparait.

Allez donc plutôt revoir le film.

P.S. Dans le cadre de cette vague d’adaptation au théâtre de films que nous avons aimé, on attend avec impatience celles de Apocalypse Now ou de Laurence d’Arabie.

La Règle du Jeu (Théâtre) (Critique aisée 92)

Critique aisée n°92

La Règle du Jeu
Par la troupe de la Comédie Française -2017
Adaptation et mise en scène de Christiane Jatahy
d’après le film de Jean Renoir.

La Comédie Française a décidé de confier à Christiane Jatahy l’adaptation théâtrale de La Règle du Jeu de Jean Renoir.

La Règle du Jeu… Ah, la Règle du Jeu… sans aucun doute le meilleur Renoir, probablement le meilleur film français de tous les temps, peut-être l’un des dix meilleurs films au monde.

Sorti en 1939, à la veille de la guerre, ce film avait fait un bide total, tout le monde sait ça.  Bien qu’apprécié par les cinéphiles dès après la guerre, il n’a été reconnu comme un véritable chef d’œuvre qu’en 1959 à la Mostra de Venise.

A propos de son film, Renoir avait dit qu’il avait voulu faire un drame gai ou une fantaisie dramatique et c’est exactement ce qu’il a réussi à faire : un mélange à la Marivaux d’élégance, d’esprit, de drôlerie, de mélancolie et de drame, un film parfait.

Alors pourquoi vouloir en faire une pièce de théâtre ?
Si, dans le programme Continuer la lecture de La Règle du Jeu (Théâtre) (Critique aisée 92)

Le Misanthrope (Critique aisée 91)

Qui a dit que le théâtre, c’était cher, inconfortable et ennuyeux ?
Moi ? J’ai dit ça, moi ?
Ah bon, peut-être.
Aussi, admettez que c’est souvent cher, inconfortable et ennuyeux.

Mais , non.

Mais c’est quoi, ce là, là ? Eh bien, c’est la projection en salle de cinéma de la version du Misanthrope que la Comédie Française a donnée dans la salle Richelieu du Palais Royal en fin 2016.

Vous avez pris vos billets sur internet (2×18,50 = 37€), vous avez pris un Uber pour la porte des Lilas (22,50€ ; ah oui ! quand même !) ; vous êtes entrés dans un multisalles, vous vous êtes assis confortablement dans deux des vastes fauteuils de la salle n°6, vous avez compté les 128 sièges, vous avez compté les 9 spectateurs ; à un moment, il a été 14 heures, la lumière s’est éteinte et vous avez vu Le Misanthrope ; trois heures plus tard, vous êtes ressortis de la salle obscure éblouis, pas par le soleil, non, il pleuvait, mais par le spectacle.

Le Misanthrope…

Mais dites-moi, Marquis ? De quoi s’agit-il ?
Eh bien voilà :
Alceste aime beaucoup Célimène qui aime un peu Alceste, mais Alceste est un enquiquineur de première, et Célimène, une coquette. Alceste n’aime pas le monde, enfin pas beaucoup de monde, et Célimène adore avoir du monde, du beau monde, autour d’elle. Alors Alceste fait des scènes à tout le monde et à Célimène. L’ami d’Alceste, Philinte, a beau lui conseiller de faire des concessions au monde, de ne pas nécessairement dire ce qu’il pense de tout le monde à tout le monde, Alceste fait des efforts mais échoue lamentablement, son autisme naturel revenant au galop. A force, il se met tout le monde à dos et ça ne finit pas très bien pour lui : il se retire du monde ; pour Célimène non plus d’ailleurs : le grand monde lui tourne le dos.

Bon, ce n’est certainement pas la pièce la plus drôle de Molière, mais c’est vraiment la plus belle. Et la façon dont elle a été présentée cette année au Palais Royal est vraiment excellente.

Le décor est plutôt triste : une antichambre d’un hôtel particulier qui aurait besoin d’un petit coup de peinture. Il met tout de suite dans l’ambiance : ce n’est pas le côté comédie du Misanthrope que l’on va privilégier.

La mise en scène (Clément Hervieu-Léger), est sévère, peut-être un peu trop : parfois de longs silences entre alexandrins, ou de grands cris de colère, ou des gestes très dramatiques peuvent donner l’impression d’un théâtre plus récent et plus ennuyeux que celui de Molière. Mais à part le long, trop long silence qui dure avant la première réplique, on s’y fait très bien, de même qu’aux costumes, modernes, et une fois la surprise passée, on se met à comprendre et, de là, à admirer. Quoi ? La langue de Molière, bien sûr, mais l’esprit de Molière, sa finesse, sa profondeur, sa vision pessimiste et tolérante du monde.

Mais pourquoi comprend-on si bien tout ça ? Parce que la diction est claire, que les alexandrins sont respectés, mais avec ce qu’il faut de discrétion et de liberté ; parce que les comédiens sont merveilleux, fins et émouvants pour Alceste (Loïc Corbery) et Célimène (Adeline d’Hermy), solides et convaincants pour Philinte (Eric Génovèse) et Oronte (Serge Bagdassarian), beaux et arrogants pour les petits marquis Acaste (Christophe Montenez) et Clitandre (Pierre Hancisse), sans parler d’Arsinoé (Florence Viala), grandiose. Parce que leur direction est impeccable : la scène des portraits est tellement 17ème qu’elle en est contemporaine .

Parmi ces acteurs, j’ai eu un faible pour Adeline d’Hermy, qui joue une Célimène beaucoup plus amoureuse légère que méchante coquette, qui a des airs de Romy Schneider dans sa douceur et son chagrin, et pour Christophe Montenez, merveilleux d’arrogance dans son personnage de dandy nonchalant avec ses airs de Maurice Ronet.

Si vous voulez voir Le Misanthrope dans ces conditions, ça se jouera du 27/02 au 30/06 dans certains cinémas Gaumont-Pathé. Quels cinémas ? Quand ? Google vous le dira peut-être, moi je n’en sais rien. Essayez donc de CLIQUER ICI

Ne vous privez pas de ça… plutôt que d’aller voir La La Land …

Note de la rédaction à l’auteur :
Tu vois que tu y arrives ! C’est pas si difficile d’écrire une bonne critique !

Nous n’irons plus au Bois (Critique aisée 90)

Je l’ai dit à plusieurs reprises et sur tous les tons : à Paris, l’immeuble le plus moche est sans conteste le centre de recherche Imagine du boulevard du Montparnasse.

Eh bien je me suis trompé, et je dois rendre justice à son architecte, Jean Nouvel, qui, dans mon Guinness book, ne détient plus ce record.

J’ai découvert mon erreur il y a peu de temps en traversant la porte Maillot pour aller de l’avenue de la Grande Armée à l’Avenue de Neuilly. Quand on fait ce trajet, le plus souvent, on est en voiture et on garde le nez sur le coffre arrière de celle qui vous précède. On ne jette qu’un coup d’œil rapide et exaspéré sur la façade inclinée du Palais des Congrès sans y prêter plus d’attention. On a bien d’autres soucis.

Seulement voilà, j’allais au Bois de Boulogne et je faisais ce trajet à pied. J’ai contourné l’énorme rond-point par le côté Sud. Et là, grâce au recul et au large angle de vision dont le piéton moyen bénéficie, une évidence m’a frappé : j’avais là, sous les yeux, Continuer la lecture de Nous n’irons plus au Bois (Critique aisée 90)

La La Land (Critique aisée 89)

La La Land
Damien Chazelle – 2016
Emma Stone, Ryan Gosling
126 minutes

Une jeune femme de Boulder City.
Elle est serveuse dans une cafeteria près des studios d’Hollywood.

Un jeune homme d’on ne sait où, peu importe.
Il est pianiste de jazz à Los Angeles.

Entre deux capuccinos servis à des acteurs de passage, elle court les auditions.
Pour gagner de quoi vivre, il joue des mélodies sirupeuses dans des restaurants bourgeois.

Elle va de refus en refus.
Il se fait renvoyer.

Elle veut faire du cinéma.
Il veut monter un club de jazz.

Quelque chose nous dit qu’ils vont réussir.
La même intuition nous dit qu’ils vont se rencontrer.

C’est La La Land, le nouveau film de Damien Chazelle.

On a vu ça cent fois. Et alors ? Dans une comédie musicale —j’entends une vraie comédie musicale, pas une adaptation ronflante de Quo Vadis ou des Trois Mousquetaires— il n’y pas trente-six intrigues possibles : « deux jeunes gens veulent réussir dans leur art » ou bien « une troupe veut monter un spectacle à Broadway« . C’est la loi du genre et c’est très bien comme ça, et de ce côté-là, La La Land se range tout de suite dans le classicisme.

Une grande scène d’ouverture, hors intrigue —ballet sur fond d’embouteillage autoroute urbaine— confirme le classicisme recherché : un grand nombre de jeunes gens de toutes couleurs chantent et dansent avec enthousiasme en sautant gaiment de toit de Chrysler en capot de Chevrolet sur une musique entrainante. A la sortie de cette première scène, on se dit que la chorégraphie n’est pas totalement réussie et que, malgré le monde mis en œuvre, la réalisation manque un peu d’ampleur, mais on se sent bien quand même : on va voir une vraie comédie musicale.

Eh bien, non.

Il n’y a pas de moment de comédie, peu de moments musicaux, et, en dehors de cette scène d’ouverture à moitié réussie, pratiquement pas de moment de danse.

Emma Stone est jolie et touchante. Elle a un joli tout petit filet de voix. Ryan Gosling est beau garçon, sympathique, mais il n’a que trois expressions et ne sait pas chanter. Ni l’un ni l’autre ne savent danser. Heureusement, ils n’ont que trois ou quatre pas à faire.

Le personnage d’Emma veut devenir comédienne, mais on ne nous donne pas de scène d’audition ou de répétition digne de ce nom. Celui de Gosling est un pianiste de jazz pur et dur, mais on ne le voit pratiquement jamais exercer son art.

L’intrigue se traine un peu pendant deux heures sur un scenario plutôt paresseux et distendu pour s’achever de façon prévisible —mais pour moi ce n’est pas un défaut— sur la réussite individuelle, mais séparée, des deux héros.

Pas vraiment mauvais, mais décevant, décevant, décevant…

N.B :
1-Dans la fiche technique, j’ai vainement cherché le nom du chorégraphe. Peut-être n’y en avait-il pas ?
2Damien Chazelle nous avait donné un excellent Whiplash dont j’avais fait ici la critique. Cliquez sur  : Whiplash-Critique aisée 

Chtchoukine (Critique aisée 88)

  • Critique aisée 88

 Chtchoukine

 —Vu quelque chose d’intéressant ces temps-ci ?

—Fichtre oui ! La Collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton.

—Ah oui, bien sûr, tout le monde en parle. Mais est-ce vraiment épatant et, si oui, pourquoi, s’il vous plait ?

—Ecoutez, je ne suis un amateur d’art ni éclairé ni savant, et je ne me sens ni le goût ni la compétence pour vous expliquer pourquoi il ne faut pas manquer cette collection, qui, depuis qu’elle a quitté les salons de son propriétaire en 1917, n’avait jamais été à nouveau réunie et ne le sera peut-être jamais plus. Vous me demandez mon avis, je vous le donne. Maintenant, il faut que je vous laisse, j’ai un truc sur le feu.

­—Mais enfin, il parait que l’entrée à l’exposition coute 16 Euros. Mazette ! Et pour ce prix-là, peut-on vous demander combien d’œuvres il nous sera loisible d’admirer ?

—Cent cinquante-huit, m’a-t-on dit. Je ne les ai pas comptées bien sûr. Quand on admire, on ne compte pas. Mais si on tient à compter, Continuer la lecture de Chtchoukine (Critique aisée 88)

Les Femmes savantes (Critique aisée n°87)

La grande salle du théâtre de la Porte Saint-Martin est pleine et bruisse gentiment d’un public plein bonne volonté : on est dimanche après-midi.

Je m’installe à la place 2A à 58 Euros au deuxième rang de corbeille en me demandant une fois de plus si un siège de théâtre peut véritablement être appelé fauteuil. Je me glisse donc dans mon abus de langage et force mes genoux à glisser le long du dossier du siège qui est devant le mien. L’homme de bonne taille qui y est assis et qui me cache un gros tiers de ce qui n’est encore qu’un rideau rouge me fait comprendre par un mouvement des épaules et du fessier que ça-va-bien-pour-cette-fois-mais-bon…
Une annonce donne les consignes relatives aux téléphones portables et aux photographies.
Les lumières baissent, le rideau se lève sur Continuer la lecture de Les Femmes savantes (Critique aisée n°87)