Voici l’âge de se taire, à quoi notre tête n’est pas préparée ; on dirait la montre qui continue de marcher au poignet d’un mort.
Chardonne
ET DEMAIN, LE PRINCIPE D’INCERTITUDE
Voici l’âge de se taire, à quoi notre tête n’est pas préparée ; on dirait la montre qui continue de marcher au poignet d’un mort.
Chardonne
ET DEMAIN, LE PRINCIPE D’INCERTITUDE
Morceau choisi
Le texte qui suit est la traduction non autorisée et bénévole de « The Toad, the Turtle, and the Duck », une petite fable de David Sedaris(*), extraite de « Squirrel Seeks Chipmunk, a modest bestiary »- 2010 – Little & Brown, publishers
Le Crapaud, la Tortue et le Canard
La queue des réclamations commençait au bord du marais et s’étirait vers l’ouest, pour finir là où la tortue venait enfin d’arriver, au pied d’une souche de pin calcinée. Elle avait trouvé sa place derrière un crapaud à l’œil vitreux et entrepris un bâillement à se décrocher la mâchoire quand un canard se pointa et pris place derrière elle en grommelant « Quelle bande de crétins. »
La bouche encore ouverte, la tortue acquiesça de la tête.
« C’est la deuxième fois que je fais cette queue, vous pouvez croire ça ? », râla le canard. « D’abord, ils m’ont dit que je n’aurais pas besoin de pièce d’identité, et puis, après presque trois heures, voilà que cette casse-couilles de rate de rivière me dit ‘Je suis désolée, Monsieur, mais si vous n’avez aucun justificatif d’identité, je ne peux rien faire pour vous’.
« Alors, je fais : ‘Bordel de merde, pourquoi vous ne m’avez pas dit ça plus tôt ?’ Et elle me fait genre « Si vous ne pouvez pas rester poli, je crains de devoir vous demander de partir. ‘ »
La tortue gémit de sympathie, car quelque chose de semblable lui était déjà arrivé. « C’est un vieux truc », dit-elle. « Ils merdouillent, mais en fait, c’est de votre faute. »
« Je lui ai dit, ‘Vous voulez de la politesse, essayez donc de travailler pour une société qui ne fasse pas Continuer la lecture de Le Crapaud, la Tortue et le Canard
Cimetière de Trinity Church, 75 Broadway, New York

Here lies the body of Mr.WILLIAM BRADFORD
Printer who departed this Life May 23
1752 aged 92 years : He was born in
Leicestershire, in Old Elgland, in 1660
and came over to America in 1682 before
The City of Philadelphia was laid out : He
was Printer to this Government for upwards
of 50 years and being quite worn out
with Old age and labour, he left this
mortal State in the lively Hopes of a
blessed Immortality.
Reader, reflect how soon you’ll quit this Stage
You’ll find but few atain to such an Age
Life’s full of Pain. Lo her’s a Place of Rest.
Prepare to meet your GOD then you are blessed.
Here also lies the Body of Elizabeth Wife to
the said William Bradford who departed
this life July 8 1731 aged 68 years
Ici repose le corps de M.WILLIAM BRADFORD
Imprimeur qui a quitté cette vie le 23 Mai
1752 à l’âge de 92 ans : Il était né dans
le Leicestershire, en Vieille Angleterre, en 1660
et passé en Amérique en 1682 avant
que la Cité de Philadelphie soit fondée : Il
fut Imprimeur pour ce Gouvernement pendant plus
de 50 ans et étant tout à fait épuisé
par le grand Age et le travail, il a quitté cet
Etat mortel dans l’Espérance vivante d’une
Immortalité bénie.
Lecteur, pense que bientôt tu quitteras cet Etat
Tu trouveras que peu atteignent cet Age
La Vie est remplie de douleur. Regarde, voici un Endroit de Repos
Prépare-toi à rencontrer ton DIEU et tu seras béni.
Ici repose aussi le Corps d’Elizabeth Epouse
dudit William Bradford qui quitta
cette vie le 8 Juillet 1731 à l’âge de 68 Ans.
ET DEMAIN, LA FABLE, UN GENRE OUBLIÉ
S’indigner, c’est déplorer la famine au sud Soudan puis se mettre à table et s’indigner de nouveau avec la même intensité à l’idée de devoir remplir sa feuille d’impôt !
S’indigner à la Stéphane Hessel, sur tout et sur rien, pour surtout ne rien faire.
Barbara Lefebvre
Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie, on sent,
N’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal,
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure.
Edmond Rostand
Cyrano de Bergerac – Acte V – Scène II – Le Comte de Guiche
ET DEMAIN, UN COLLAGE
Si vous ne savez plus très bien qui était la princesse palatine (1) , reportez-vous à la note de bas de page. Sinon, lisez directement cet extrait de sa correspondance.
11 septembre 1721
Paris
En Suède, on prétend que les noyés ne sont pas réellement morts ; lorsqu’on en retire de l’eau, on les met dans une barrique, dans une chambre bien chauffée, et on roule la barrique en tous sens jusqu’à ce que le noyé ait rendu, par haut et par bas, toute l’eau qui est entrée dans son corps. Quand il s’en est délivré et qu’il a été réchauffé, il revient à lui ; mais il faut qu’aucun de ses parents ne se trouve parmi les assistants, autrement il ne peut guérir. Si un de ses parents vient à entrer dans la chambre, le sang coule par le nez, les oreilles et la bouche du patient. Des personnes qui ont vu tout cela me l’ont assuré.
Note
Lorsqu’elle arrive d’Allemagne à la Cour de Louis XIV en 1672 en tant qu’épouse du frère du Roi, Elisabeth-Charlotte du Palatinat a 20 ans. Par son mariage, cette princesse palatine devient Madame, duchesse d’Orléans. Voici le portrait qu’en faisait Saint-Simon :
« Madame tenait beaucoup plus de l’homme que de la femme ; elle était forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières ; petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû : elle était sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, se prenant aisément d’aversion ; nulle complaisance, nul tour dans l’esprit, quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; la figure et le rustre d’un Suisse; capable avec cela, d’une amitié tendre et inviolable. »
ET DEMAIN, LA CAMPAGNE ? J’ADORE !
Une lettre de Gustave Flaubert à Ernest Chevalier
Rouen, 23 ocotbre 1841
Qu’as-tu donc mon vieil Ernest ? Es-tu malade, mort, enterré, pourri ? Attends-tu pour venir que ton brûle-gueule soit fini, que ton petit verre soit pris ? finis-les et arrive nom de Dieu ou je te !…
sed placuit…*
Quel sacré nom de Dieu de bougre de mâtin de mille foutre couillon de nom d’un pet tu fais ! Comment, sacré mâtin, je t’attends depuis une semaine et tu n’arrives pas, tu ne réponds même pas. Ah ah ah c’est plus fort que moi, je ne me tiens pas, qu’on m’attache, qu’on m’enchaîne, qu’on me passe le caleçon de force, le gilet de force, la culotte de force, les bottes de force, le collier de force. Oh je m’attendais à te voir arriver, je te voyais déjà à côté de Jean vous langottant tous deux. J’apercevais ta balle, nous prenions de l’absinthe au café Rouennais et personne, personne. Je suis un lion, un tigre — tigre d’Inde, boa constrictor !
Il faut que tu sois ici lundi et bien vite, à la place où j’écris maintenant, à fumer, à te rôtir les jambes, et à causer avec ton serviteur et ami.
Mme Mignit revenue de Forges est tout étonnée que tu n’arrives pas.
Néo s’en mord la queue d’impatience. Mes pipes se dessèchent d’ennui.
Les latrines elles-mêmes trouvent qu’il y a longtemps que tu ne leur as pas donné de ta merde.
Ton feu se tord de ne plus être ensalivé par toi.
Et mes pincettes sentent le besoin d’être maniée par tes mains pour que tu m’ennuies avec à tripoter mes tisons.
Et l’auteur grille d’envie de te donner une poignée de main.
Note *
Flaubert fait référence à un vers de l’Enéïde :
Quos ego — sed motos praestat componere fluctus.
imité par Racine dans Athalie :
Je devrais sur l’autel où ta main sacrifie
Te…mais du prix qu’on m’offre il faut me contenter
Que voulez-vous, on est entre lettrés.
ET DEMAIN, ON DÉJEUNE À LA BRASSERIE SAINT LOUIS
Si vous ne savez plus très bien qui était la princesse palatine (1), reportez-vous à la note de bas de page. Sinon, lisez directement cet extrait de sa correspondance.
10 septembre 1715
Paris
Mon fils… me semble bien résolu à se conformer aux derniers ordres du roi (2) et à vivre en paix avec ses voisins. Je crois que si cela ne dépendait que de lui, il viendrait volontiers en aide à tous les opprimés… Mais pour prouver qu’il ne veut pas gouverner à sa fantaisie, il a déjà institué différents conseils… et il est difficile de croire que le conseil des affaires ecclésiastiques, qui ne sera composé que de prêtres, se montre favorables aux réfugiés. J’ai pris la résolution de ne me mêler de rien. Malheureusement, la France, soit dit entre nous, a trop longtemps été gouvernée par des femmes ; pour ce qui est de moi, je ne veux pas être cause qu’on puisse faire ce reproche à mon fils…
Notes
1-Lorsqu’elle arrive d’Allemagne à la Cour de Louis XIV en 1672 en tant qu’épouse du frère du Roi, Elisabeth-Charlotte du Palatinat a 20 ans. Par son mariage, cette princesse palatine devient Madame, duchesse d’Orléans. Voici le portrait qu’en faisait Saint-Simon :
« Madame tenait beaucoup plus de l’homme que de la femme ; elle était forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières ; petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû : elle était sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, se prenant aisément d’aversion ; nulle complaisance, nul tour dans l’esprit, quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; la figure et le rustre d’un Suisse; capable avec cela, d’une amitié tendre et inviolable. »
2-Louis XIV est mort le 1er septembre 1715 à Versailles. Par testament, il nomme le duc d’Orléans, fils de la Princesse Palatine, président du conseil de régence.
ET DEMAIN, J’ÉCRIS AU MAIRE
Un jour, John Wayne m’a envoyé un scénario qu’il avait écrit quelques années auparavant. Je ne l’ai pas rappelé. C’est lui qui, finalement, m’a téléphoné. Il m’a tout de suite dit : « Je pense que j’aurais dû mettre un peu plus de feu dans le scénar, non ? » Je lui ai répondu : « Et vice versa » et j’ai raccroché.
John Huston
Je fais connaitre une vérité, en disant que plus il y aura d’hommes vertueux sur la terre, moins il y aura d’hommes criminels.
J.A. Grégoire – Les Quatre Vérités – 1842