PRÉFACE
A défaut d’être Proust, Vialatte ou Chandler, on peut toujours essayer d’être Asimov. Non pas que cela soit plus facile mais, mise à part une brève tentative avec « Une photo de la planète« , je n’avais jamais donné dans la Science-fiction. A court d’inspiration dans mes domaines habituels, j’ai voulu tenter le coup dans celui-là.
Quand on aborde un nouveau genre, on souhaite souvent se donner un maître et, quitte à prendre un maître, autant le choisir parmi les meilleurs, et j’ai choisi Isaac Asimov.
Je n’ai certainement pas tout lu de ce qu’a écrit Asimov, car sa production a été immense, mais j’ai dû lire quand même une bonne partie de ses œuvres de fiction.
Ce que je préférais, c’était ses nouvelles. Elles étaient très souvent pleines d’humour, de paradoxes et, par conséquent, d’humour paradoxal. Dans ses nouvelles, deux choses me plaisaient particulièrement : elles comportaient toujours une chute, un dénouement, un retournement inattendu, car le genre fin ouverte en points de suspension vers le silence des espaces infinis et effrayants n’était pas le sien. La deuxième chose qui me plaisait bien, c’était les quelques lignes qu’il plaçait en tête de la nouvelle, quelques lignes qui expliquaient pourquoi et comment il avait écrit ce qui allait suivre et aussi combien la nouvelle lui avait été achetée par une obscure officine du Lower East Side, en général une dizaine de dollars. Alors, pour faire comme Isaac, j’ai décidé d’écrire une préface. Et maintenant, si vous ne vous êtes pas encore endormi dessus, passons au texte que vous allez lire : ‘’Une douche froide’’
Je vous préviens : je ne l’aime pas ce texte. Je le traîne depuis trois ans dans les divers coins de mon MacBook. Partie sur une idée volontariste et contraignante de douche sans eau, la première page m’est venue d’elle-même en quelques minutes. Mais une fois la douche ratée, une fois le personnage principal sec et frigorifié, je n’ai plus su que faire de ce héros nu et lamentable. Je l’ai fait successivement et dans le désordre espion, révolutionnaire, soumis, héroïque, amoureux, stupide… sans pouvoir me décider. Aux premiers cinq cents mots qui étaient venus si facilement, trop facilement, j’en ai ajouté un millier, puis deux, puis six. J’ai créé des personnages supplémentaires. Je les ai fait disparaître dans des cages d’ascenseur ou d’horribles souffrances, et puis je les ai dé-créés pour en inventer d’autres tout aussi inutiles. J’ai coupé, taillé, collé du texte, j’ai changé le point de vue et les temps de narration, j’ai tout essayé. Rien n’y a fait.
Épuisé, découragé, je suis revenu au premier jet, trois mille cinq cents mots. Je vous en livre une première partie dès aujourd’hui.
Mais je vous l’ai dit : je n’aime pas ce texte.
Bon, tant pis ! Allons-y.
Ah ! Une dernière précision que je dois à mon maître Asimov : cette « Douche froide » ne m’a pas rapporté un seul dollar.
1- Le réveil de Ptlamn
Le jour était levé depuis plusieurs minutes mais la pièce baignait encore dans la lumière laiteuse et bleuâtre qui émanait du plafond. L’enceinte secondaire diffusait toujours le fond sonore apaisant du mélange « vent du sud sur plage tropicale » que le dormeur avait choisi la veille au soir et qu’il avait réglé hier sur « modéré ». Rien ne bougeait ni ne bruissait donc et, par dessus Continuer la lecture de Une douche froide (1/5) →