Archives de catégorie : Récit

Bonjour,Philippines ! Chap.12 – Le serpent de mer

Voici le chapitre 12 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres précédents, cliquez dessus (ci-dessous !)

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Chapitre 8 – Douglas et moi

Chapitre 9 – Retour au Chalet

Chapitre 10 -Ananas, exocet et noix de cocos

Chapitre 11 – Les 5.000 dollars de Ratinet

La soirée au Chalet au cours de laquelle Ratinet s’était vu refuser 5000 dollars tant par la Banque Mondiale que par ses collègues de mission avait eu lieu un mercredi. Le jeudi matin, j’accompagnai Robertson à l’avion de Kuala-Lumpur, et je ne repassai pas au bureau de la journée. Comme le lendemain, c’était le week-end de Pâques qui commençait, je n’entendis plus parler de Ratinet jusqu’au mercredi suivant. Après-tout, c’était le problème d’un chef de mission de gérer ce genre de situation et pas le mien.

Depuis plusieurs semaines, Antoine, son ami Jean-Marc et moi, nous projetions de passer ce week-end quelque part au bord de la mer à faire de la plongée sous-marine. Cela paraissait compliqué. On nous avait bien indiqué qu’il était possible de louer des petites maisons dans les villages de pêcheurs de la presqu’ile de Mabini, mais c’était un endroit difficile d’accès et nous n’avions pas de voiture. On nous avait dit aussi qu’on pouvait rejoindre Lungsod en autocar, et de là prendre des taxis ou des jeepneys vers la presqu’ile. Mais on avait aussitôt ajouté : « Ne prenez par le car de 6 heures, il est régulièrement attaqué. Prenez plutôt celui de 10 heures. Continuer la lecture de Bonjour,Philippines ! Chap.12 – Le serpent de mer →

Bonjour, Philippines ! Chap.10 : Ananas, exocet et noix de coco

Voici le chapitre 10 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres précédents, cliquez dessus (ci-dessous !)

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Chapitre 8 – Douglas et moi

Chapitre 9 – Retour au Chalet

Chapitre 10 – Ananas, exocets et noix de coco

L’enquête de circulation à grand spectacle que j’ai lancée entre Iligan et Butuan se termine et le dépouillement des milliers de questionnaires qui en résultent va bientôt commencer. Il est temps que je retourne à Mindanao pour organiser le début de cette opération.

Lorsque j’arrive à l’aéroport de Cagayan de Oro, Placido Palangsang est là qui m’attend avec la Jeep Willys. Il a l’air très en forme. Pendant le trajet vers la ville, il m’explique en quelques mots qu’il a pris la décision d’arrêter l’enquête trois jours plus tôt que prévu à cause de la défection soudaine de nombreux enquêteurs, retournés dans leur famille pour on ne sait quelle raison, fête religieuse ou récolte. La phase de dépouillement a commencé hier. Placido a tout organisé. Il a trouvé des bureaux, choisi les enquêteurs à conserver pour l’opération, organisé leur formation et lancé un premier test depuis huit heures ce matin. Il m’emmène Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.10 : Ananas, exocet et noix de coco →

Are you narcissistic? Take The Test !

L’autre jour, on m’a gentiment fait suivre un article de l’un des blogs du New York Times. Son titre : « Is Social Media Making Us More Narcissistic ?  » (Les médias sociaux vous rendent-ils davantage narcissiste ?) Quelle question !

Ignorant total en matière de twitts, béotien débutant sur Facebook, mais créateur d’un blog dont le lectorat dépasse régulièrement les trente personnes (au moins), paranoïaque clairvoyant et complotiste averti, je me suis aussitôt demandé quelle était l’intention cachée derrière cet envoi. Voulait-on me faire comprendre que j’étais narcissique. Se pourrait-il que je le sois ? Est-ce un défaut ? Et si par extraordinaire je l’étais, serait-ce justifié ? Qu’en pense ma famille ? Mes amis ? Mes ennemis ? Dois-je leur demander ? Les pingouins ont-ils des genoux…? Un abîme de questions nouvelles s’ouvrait devant moi.

Perplexe, je lus l’article en entier. Ma méconnaissance de quelques idiomes nord-américains fit que je ne compris pas tout, fort heureusement, et je fus à moitié rassuré quand je réalisai que l’article concernait les teenagers, catégorie d’âge assez imprécise, mais qui à coup sûr ne s’étend pas jusqu’au mien. Mais d’un autre côté, je me dis qu’en commençant assez jeune, et sous réserve d’un entraînement régulier, on devait pouvoir être narcissique sans être teenager et faire mentir ainsi ce proverbe idiot qui affirme qu’on ne peut pas être et avoir été.

Je commençai à vaciller sous les coups de boutoir de l’incertitude quand je m’aperçus que la page de l’article perturbateur comportait un petit bouton sur lequel était écrit « Take the test« .

J’ai donc « pris l’essai », j’ai « fait le test » !

Je vous rassure, les résultats ne prêtent aucune confusion : avec un score de 6 sur 40, je ne suis évidemment pas narcissique. Je vais pouvoir continuer à me regarder en face et sans honte dans les miroirs des ascenseurs et les vitrines des magasins. Ouf !…à moins que mes réponses aux questions  de « Take The Test » n’aient pas été tout à fait sincères… Ah ! zut…Je ne saurai jamais vraiment.

Enfin, voyez vous-même…

Lisez l’article complet en cliquant ICI

Et prenez l’essai vous aussi, Take The Test, appuyez sur le bouton…BOUTON

Amère victoire (Couleur café n°18)

Couleur café n°18
Café Le Hibou, Carrefour de l’Odéon

Amère victoire ou l’Esprit d’escalier 

Il fait vraiment très chaud en cette fin d’après-midi de juin. La table que je choisis à la terrasse du Hibou est à l’ombre, juste derrière une autre, occupée par un couple.

Elle : parisienne, rive gauche, juste avant la cinquantaine ; brune, élégante, cheveux tirés en arrière, grosses lunettes de soleil remontées jusque derrière le front.

Lui : asiatique, trente-cinq ans peut-être mais, avec ces gens-là, on ne peut jamais savoir ; sa chemise, dessinée à la main, est un camaïeu de rouge sur brun ; chaque jambe de son jean noir est décorée d’un large galon jaune vif qui part de la hanche pour descendre jusqu’à la chaussure ; ses tennis, énormes, peintes à la main elles aussi ont l’air de sortir d’un tableau de Miro ; ses lunettes DG sont posées sur son crâne.

Lui, je le vois assez bien dans la mode, créateur par exemple. Elle, elle serait dans Continuer la lecture de Amère victoire (Couleur café n°18) →

ADOPTEZ UN INCIPIT ! (Couleur café n° 20)

Couleur café n° 20
Café La Palette 43 rue de Seine

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

De mémoire, je viens de taper ces quelques mots sur mon clavier et j’ai déjà l’impression d’entreprendre l’écriture de la Recherche du temps perdu. Formidable pouvoir d’évocation d’un incipit, surtout quand il s’agit du plus connu de la littérature occidentale.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

Bon, et après ? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire après ça ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire après ça ?

J’aligne des mots, dont les premiers ne sont pas les miens, un peu comme j’amorcerais la pompe du jardin avec Continuer la lecture de ADOPTEZ UN INCIPIT ! (Couleur café n° 20) →

La première Daille

Il fait beau. Froid. Bleu profond.

A la gare des Tufs, la balancelle avance vite. Il faut protéger le dos des cuisses du choc du métal en interposant sa main.

Le siège s’élève, vibre au passage du premier pylône puis se balance doucement.

Regard vers le bas ; fourmis noires en procession.

Silence ; long silence ; rêverie.

Regard vers le haut ; dernier pylône avant l’arrivée, léger grincement Continuer la lecture de La première Daille →

Profondeur de champ (Couleur café n°19)

Couleur café n°19
Le Pavillon de la Fontaine.
Jardin du Luxembourg

C’est la première fois que je viens ici. Pourtant, je suis passé mille fois devant ce petit pavillon proche du Sénat et de la fontaine Médicis qui lui a valu son nom. De style second empire, peint en un vert foncé élégant, ses panneaux vitrés étroits encadrés de fins montants en bois lui donnent l’aspect fragile d’une grande serre ou d’une petite caserne pour gardiens de square. Abritée sous les grands marronniers, sa terrasse est dans l’ombre, parsemée de tâches de lumière tremblante. Une soixantaine de tables métalliques vert d’eau y sont posées sur le gravier. Quelques touristes y achèvent leur brunch et quelques parisiens viennent y prendre un café. Je viens y chercher un sujet.

Le temps est beau. Un vent du Nord -Est a dégagé le ciel mais il a rafraichi la température. De temps en temps, Continuer la lecture de Profondeur de champ (Couleur café n°19) →

Tout va bientôt se taire

Tout va bientôt se taire.
Tout va bientôt s’éteindre

Le bruit de la fontaine
Couvre encore le silence
Le soleil, toujours lui,
Efface encore les ombres.
C’est une affaire d’heures
Ou de jours, on ne sait,
Mais elle va partir,
Bientôt, demain, dimanche?

Tout va bientôt se taire
Tout va bientôt s’éteindre.

Et tout va disparaître,
La maison, le jardin,
Les arbres et les chiens
Les amis, les enfants,
La mer et les oranges,
Les voyages, sa main.
Tout ça va s’en aller,
Tout ça va disparaître,

Tout va bientôt se taire,
Tout va bientôt s’éteindre.

Et nous, nous sommes là,
Cœur triste et bras ballants
A poser des questions,
A demander pourquoi,
A dire l’injustice,
A dire n’importe quoi.
On l’avait oubliée,
La mort, mais elle est là.

Tout va bientôt se taire
Tout va bientôt s’éteindre.

Et quelques temps encore
On se demandera
Ce qui peut justifier
Que l’on soit sur la terre
Naitre et puis mourir,
Quelle en est la raison?
« Pourquoi donc suis-je né
Si ce n’est pour toujours?
 »

 

Novembre

Le ciel bleu se drape d’une écharpe blanche au Sud, tandis que le soleil s’évanouit à l’ouest, sur le golfe, dans une clarté anémiée.
La terrasse s’assoupit sous un linceul de feuilles de platane, jetées de ci de là tristement.
Il fait « du mide » dans l’air, dirait la fermière du Jas de Bouffan. Les rayons d’automne ne sèchent plus la nature dont l’engourdissement vous raidit l’âme et les sens.
Les chiens aboient à la mort, dans l’unisson de deuil.
L’homme est imprégné de son environnement, quand il respire, malgré l’isolement urbain des forces vives. Y aurait-il une intime pression du dehors sur le dedans ? La fraicheur d’automne chasse vite les rêveries ; il faut retrouver l’abri douillet de la maison.

Lucien Claveirole
La Violette, 22 novembre 2002, 16 heures

Lettre d’un Malgré-Nous

Céline ou Soljenitsyne ?

En novembre 1945, mon père, Daniel Coutheillas, reçut la lettre manuscrite que je reproduis ci-dessous.

Elle était signée Hellbrun, dont je n’ai jamais réussi à déchiffrer le prénom. Alsacien, mobilisé comme tout le monde en septembre 1939, Hellbrun s’était retrouvé affecté à la 58/1 dans la région de Longwy où il s’était lié d’amitié avec mon père. Séparés dans la débâcle de juin 40, faits prisonniers et gardés dans des camps différents, ils connurent l’un et l’autre des sorts très différents. Cette lettre explique ce qui arrivé à cet Alsacien, devenu un « Malgré-Nous ».

Malgré-Nous : Alsacien ou Mosellan enrôlé de force dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1942, le gauleiter Robert Heinrich Wagner, responsable de l’Alsace, persuada Hitler d’introduire le service militaire obligatoire en Alsace-Moselle (…) Au final, 130 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans se retrouvèrent principalement sur le front de l’Est à combattre l’armée soviétique (les Malgré-Nous). La plupart furent affectés dans la Wehrmacht mais la moitié de la classe 26 (soit 2 000 hommes) fut versée d’autorité dans la Waffen-SS. (Extrait de Wikipedia)

Soixante-dix ans plus tard exactement, voici cette lettre, à laquelle je n’ai ajouté ni retranché un mot.

Strasbourg le 16 Novembre 1945

Mon cher vieux,

C’est avec un grand plaisir que j’ai trouvé ta gentille carte en rentrant de Russie, aussi je m’empresse à te répondre de suite. J’ai été bien content d’avoir des nouvelles d’un ancien de la 58/1.

J’aurai tellement de questions à te poser, mais cela, plus tard. Je vais tout d’abord te dire en quelques mots ce qui m’est arrivé à moi. Tu te rappelles peut-être encore que lorsque notre Compagnie stationnait à Longwy-haut, au début juin 40, j’ai eu comme mission de faire sauter les deux ponts de Lérouville. Lors de la retraite de nos troupes du 13 juin, je me suis acquitté de ma tâche avec beaucoup de chance parce que les premiers boches qui ont voulu passer le pont Continuer la lecture de Lettre d’un Malgré-Nous →