Critique aisée n°154
Vice
Adam McKay – 2018
Christian Bale, Steve Carell, Amy Adams
Dick Cheney ? Qui est-ce ?
En 2015, sur le sujet de la crise des subprimes, Adam McKay avait réalisé le confus « Casse du siècle » (The Big short). Je n’y avais rien compris. C’est pour ça que je dis que c’était confus. Mais, après tout, c’était peut-être moi.
Et voilà que, sous forme d’une biographie décousue et virevoltante, il nous raconte de façon toute aussi confuse — mais c’est peut-être encore moi — l’ascension de Dick Cheyney. Le gros Dick, tonneau à bière bagarreur dans sa jeunesse, parvient — on ne comprend pas vraiment comment, mais on sait grâce à qui : sa femme — à des fonctions de plus en plus hautes, tout d’abord sous l’Administration Nixon (Assistant parlementaire), puis dans celle de Gerald Ford (Chef de Cabinet), puis de George H.W. Bush (Secrétaire à la Défense), enfin de George W.Bush (Vice-président).
Pour un Européen, et même pour un Français — comme moi par exemple — l’ascension du gros Dick est incompréhensible. Il peut y avoir plusieurs explications à cela :
a) je suis idiot,
b) c’est mal expliqué pour des non-américains,
c) c’est mal expliqué pour tout le monde.
Je ne suis pas très chaud pour petit a et, entre petit b et petit c, mon cœur balance. Toujours est-il que je n’ai pas compris.
Une fois que Dicky arrive à la Vice-Présidence, le film devient plus clair et en quelques scènes démonstratives à gros traits, on nous expose que :
1) l’invasion de l’Irak a été voulue par Dick Cheyney qui a profité de l’incroyable nullité et de la faiblesse de caractère d’un président des États Unis pour la lui imposer.
2) les USA ont entrainé derrière eux dans la guerre quelques pays en faisant valoir de fausses preuves d’une complicité de l’Irak avec Al Qaïda dans l’attentat contre le WTC et de l’existence d’armes de destruction massive.
3)la guerre d’Irak a entrainé la mort d’un million de personnes et l’exil de deux millions et demi d’autres personnes.
4)elle a déstabilisé la région et a conduit, notamment, à la création de Daesch, au renforcement du Chiisme et de l’Iran et du Sunnisme et de l’Arabie saoudite.
Bref, une vraie réussite.
Mais tout ça, nous, on le savait déjà et on peut penser quand même qu’après réflexion, une bonne partie des Américains l’avait compris aussi. On pourra toujours se dire que, peut-être, en ces temps où, par rapport au Donald, G.W.Bush apparait comme un dirigeant modéré et expérimenté, il fallait le rappeler aux Américains. Mais pour nous, vraiment, ce n’était pas la peine.
Si on laisse de côté son faible apport historique, on se dit qu’on aurait pu avoir un grand film politique montrant comment, en usant des réseaux, des ficelles et des arcanes de Capitol Hill, on parvient au sommet ou presque et comment on finit par détenir le sort du monde entre ses mains. Otto Preminger, par exemple, aurait fait ça très bien et, avec ses premières saisons, House of Cards fût une vraie réussite dans le genre. Mais dans Vice, tout est escamoté ou incompréhensible. Mais c’est peut-être moi.
On aurait pu avoir aussi un grand film psychologique, montrant l’ascension d’un homme à force de volonté ou de roueries ou des deux à la fois. Ce qu’Orson Welles aurait surement aimé faire, House of Cards l’a fait.
Mais McKay, tout occupé qu’il est à la seule peinture physique du personnage, ne nous donne pas grand-chose d’autre que les menaces ou les conseils de l’épouse de Cheyney et les grognements de Christian Bale pour expliquer l’ascension du futur VPotus.
Grossi de 25 kilos, parait-il, Christian Bale en Dick Cheney est rejoint dans la caricature par Steve Carell en Donald Rumsfeld.
Amy Adams en Lynne Cheyney et Sam Rockwell en George W.Bush s’en sortent très bien, et on pourra retenir comme scènes intéressantes celles qui mettent Cheney (le vice) et Bush (le fils) face à face.
Bientôt publié
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En sortant du film, Susan (Maîtresse es-Shakespeare) et moi pensions avoir reconnu les emprunts shakespeariens du film, à partir des tragédies regroupées dans la série anglaise “The Hollow Crown” (Richard II, Henry IV, V et VI, et Richard III) que nous avions visionnée quelques temps auparavant. Je viens de faire une petite recherche sur Internet, et apparemment ces emprunts dans Vice sont des fakes, en particulier le dialogue entre Lynne et Dick dans leur lit. Pour l’adresse finale de Cheney à la fin, il faudrait revoir la pièce Richard III, mais j’ai pas eu le temps.
Pour ce qui est du dialogue shakespearien entre Lynne et Dick, je verrais plutôt Macbeth qu’Henri V. Macbeth est une pièce très noire, couleur qui colle bien avec les deux Cheyney, alors qu’Henri V est une pièce patriotique à la gloire de ce roi qui avait fichu la pâtée aux armées françaises le jour de la Saint Crespin.
You are welcome Jean! Mon apprentissage puis mon intérêt pour ce qui se passe sur l’autre rive du grand lac, s’est fait comme pour toi avec les westerns.
Merci Jim pour tes éclaircissements. Il se trouve que je suis un parfait béotien quant à la politique américaine et je ne connais les gens que tu cites que de nom, par les infos (ou intox). J’en suis resté au temps des westerns, dont j’abuse.
Vos échanges respectifs sont intéressants dès qu’ils mêlent Shakespeare à l’actualité, et je comprends mieux, sans doute parce qu’ils réfèrent à un monde qui m’est plus familier.
Merci encore à tous.
Hey Jim, tu déconnes ou quoi? C’est pas Corneille qu’il faut citer à propos de Vice, c’est Shakespeare. Le film y fait référence deux fois. Une première fois quand Chesney se voit proposer le poste de VP de GWBush et qu’il réalise, avec sa femme ambitieuse, qu’il peut alors ne pas être un simple VP attendant son tour si le Président meure, mais au contraire exercer de fait le pouvoir, et ils récitent lui et sa femme les vers d’une des tragédies de Shakespeare (Henry IV je crois) exprimant cela. La deuxième fois, c’est à la fin du film, quand face à la caméra il paraphrase Richard III pour dire en substance “je ressens vos incriminations et votre jugement mais peu m’importe”.
Je dois être aussi un peu idiot car pour moi la question se résumait à ce qui avait pu se passer dans la tête de Bush : « Des musulmans m’ont cassé les tours jumelles, donnez-moi les moyens de casser l’islam en miettes, quoiqu’il en advienne ».
A mon avis, ses stratèges lui ont conseillé, bien que Saddam n’ait été pour rien dans l’affaire des tours, de casser l’Irak, le reste suivrait. Opération réussie, avec quel succès !
Mais c’est sans doute voir les choses de très loin.