Archives de catégorie : Critiques

La Règle du Jeu – Critique aisée n°235 – (2/3)

temps de lecture : 8 minutes

(…) mais jamais encore je n’avais été et jamais plus je ne serai pris à ce point dans un film, enveloppé, transporté par lui, du début jusqu’à la fin. Tous mes visionnages ultérieurs de La Règle du jeu ont confirmé, et même parfois, grâce à une meilleure connaissance du cinéma, renforcé cette première impression.

Pourquoi ?
Par la suite, j’ai souvent été tenté de faire partager ma passion pour La Règle du jeu à d’autres, parents, amis, tous plus ou moins cinéphiles, mais jamais je n’ai rencontré de véritable âme sœur sur ce sujet. J’obtenais surtout deux types de réactions à mon enthousiasme : d’abord celle que j’appellerai la réaction Proustienne, et ensuite l’autre, la réaction Alternative.
Le nom de la première vient de ce qu’elle ressemble à la position de beaucoup devant qui Continuer la lecture de La Règle du Jeu – Critique aisée n°235 – (2/3) →

La Règle du Jeu – Critique aisée n°235 – (1/3)

temps de lecture : 8 minutes

Critique aisée n°235

La Règle du jeu
Jean Renoir – 1939
Marcel Dalio, Nora Grégor, Jean Renoir, Roland Toutain, Paulette Dubost, Julien Carette, Gaston Modot…

La première fois
La première fois que j’ai vu La Règle du jeu, c’était au Champollion. Pas à l’Actua-Champo, non, dans la grande salle, au Champo.
La grande salle du Champollion ! Cent places ? Cent cinquante ? Légèrement en pente, elle était si petite que, pour pouvoir projeter sur un écran de taille acceptable, le propriétaire avait fait installer un système très particulier : par le truchement d’un périscope, le film était projeté sur le mur du fond de la salle où un miroir renvoyait les images sur l’écran. L’Actua-Champo, dont la salle était encore plus petite, ne bénéficiait pas, je crois, de ce système ; c’est dire la taille de l’écran.
Mais la première fois que j’ai vu La Règle du jeu, c’était bien au Champollion, dans la grande salle.
Je devais avoir 17, 18, 19 ans tout au plus. C’était l’été, les vacances… le mois d’août plus précisément. Il faisait chaud, sûrement. J’étais seul. À ce moment-là, je n’avais pas de petite amie, ou alors elle n’était pas là, je ne sais plus. Il devait être 4 heures de l’après-midi et je passais Continuer la lecture de La Règle du Jeu – Critique aisée n°235 – (1/3) →

Le Grand Jabadao – Critique aisée 234

6 minutes

Critique aisée n°234

Le Grand Jabadao
Jean-Luc Coatalem
Le dilettante – 188 pages – 17€

Ça fait bien longtemps que je n’ai pas lu de Série Noire, une dizaine d’années peut-être, peut-être vingt. En tout cas, ça fait au moins trente ans que je n’en ai pas achetée. Les bibliothèques de ma maison en sont pleines. À vue de nez, il y en a surement plus de deux cents, et contrairement aux autres collections qui trônent sur mes étagères, ceux-là, je suis sûr de les avoir lus. Si je les ai tous lus, je ne les ai pas tous achetés car une partie d’entre eux m’est venue Continuer la lecture de Le Grand Jabadao – Critique aisée 234 →

La Grande illusion – Critique aisée n°233

Critique aisée 233

La grande illusion
Jean Renoir – 1937
Gabin, Fresnay, Dalio, Von Stroheim, Carette

Il y a deux différences essentielles entre les deux films les plus célèbres de Jean Renoir, La Grand illusion (1937) et La Règle du jeu (1939) : la première est que La Grande illusion est un film d’un grand classicisme, tandis que La Règle du jeu est un film moderne, fantasque et foisonnant. La deuxième différence, c’est que le premier connut un grand succès commercial et critique, dont l’Oscar du film étranger en 1939, alors que le second fut un colossal échec critique et commercial. Ce n’est qu’avec l’apparition de la Nouvelle Vague qu’il fut reconnut progressivement par tous comme l’un des plus grand films de l’histoire du cinéma. 

Un de leurs points communs est que Continuer la lecture de La Grande illusion – Critique aisée n°233 →

Top gun : Maverick – Critique aisée n°232

temps de lecture : 4 minutes 

Critique aisée n°232

Top Gun : Maverick
Joseph Kosinski – 2022
Tom Cruise…

Quand on m’a dit que ‘Top Gun, Maverick’ sortait le même jour à Paris et à Cannes, j’étais comme un gamin. Il fallait absolument que je vois ça, ce jour-là, maintenant, tout de suite. Caprice d’adolescent, urgence absolue, rien ne devait pouvoir s’y opposer.

Quand j’avais vu le premier Top Gun, c’était au milieu des années 80. Je n’avais plus quinze ans depuis longtemps. Pourtant, j’aimais encore et j’aime toujours ces scènes de porte-avions…
…l’étrave du gigantesque navire déchire la mer dans la lumière orange du Continuer la lecture de Top gun : Maverick – Critique aisée n°232 →

L’Avare – Critique aisée n°231

Critique aisée n°231

L’Avare
Molière – 1668
Mise en scène : Lilo Baur
Harpagon : Laurent Stocker

Disons tout de suite que l’Avare n’est pas la pièce de Molière que je préfère. Vous me connaissez, moi, je serais plutôt du genre misanthrope, bourgeois gentilhomme, malade imaginaire ; ou alors femme savante, précieuse ridicule même, quelques fois, mais pas trop, tartuffe. Mais l’avare, non, pas vraiment.

Et puis, vous me connaissez aussi sur ce point : je trouve que le théâtre, c’est tard le soir, loin de chez moi, inconfortable, cher et souvent décevant. Alors… Par contre,  j’ai déjà eu l’occasion de vous dire tout le bien que je pense de ces classiques , filmés dans la salle de la Comédie Française un soir de spectacle et que l’on peut voir (une seule fois) en direct dans certaines salles de cinéma ou (en différé) certains jours Continuer la lecture de L’Avare – Critique aisée n°231 →

Rendez-vous à cinq heures : les révoltes de J-M. Rouart

La page de 16h47 est ouverte…

Mes Révoltes
Jean-Marie Rouart

Je viens de terminer Mes Révoltes, l’autobiographie romancée de Jean-Marie Rouart, de l’Académie Française. Ce livre est intéressant et les portraits des membres de sa famille, de ses amis et de ses ennemis sont très réussis. Vifs, acérés, sans la moindre indulgence mais empreints d’une affectueuse  bienveillance, il ne s’agit à aucun moment de sordides règlements de compte. Il est passionnant et souvent émouvant de découvrir les membres de son illustre famille depuis Berthe Morisot en passant par Julie Manet et tous les Rouart. Force est de reconnaitre que bon sang ne saurait mentir : avec de tels aïeux on comprend que Jean-Marie Rouart excelle dans le portrait.

Le style est agréable et facile à lire. Il n’y a pas d’adverbe, Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : les révoltes de J-M. Rouart →

Beaucoup de bruit pour rien – Critique aisée n°230

Critique aisée n°230

Much ado about nothing
William Shakespeare – 1599
Kenneth Branagh -1993
K.Branagh, Emma Thompson, Denzel Washington, Keanu Reeves, Michael Keaton…

Puisque ce journal s’est consacré récemment à la véritable histoire de William Shakespeare, dont on ne sait toujours pas s’il a vraiment existé, il est temps de parler  des pièces dont on sait au moins qu’elles ont été signées de son nom.

Aujourd’hui, ce sera « Much ado about nothing ».

En anglais, le premier sens de ado c’est foin. Bien sûr, Beaucoup de foin pour rien, on aurait compris, mais ça faisait trop penser à un discours de François Hollande, alors on a choisi Beaucoup de bruit pour rien (ce qui fait penser à un concert de Johnny Halliday, mais bon…)

Beaucoup de bruit pour rien. Rarement jouée en dehors du Royaume Uni, cette comédie a fait l’objet d’un film en Continuer la lecture de Beaucoup de bruit pour rien – Critique aisée n°230 →

Les années retrouvées de Marcel Proust – Critique aisée 229

Critique aisée n°229

Les années retrouvées de Marcel Proust
Essai de biographie
Jérôme Bastianelli – 2022
Sorbonne Université Presses – 8,90€

 C’est sur la recommandation expresse d’un ancien ambassadeur de France, François Bujon de l’Estang, que j’ai acheté ce livre. Je ne connais pas ce monsieur, mais je suis ses fréquentes interventions dans l’émission podcastée de Philippe Meyer, Le Nouvel Esprit Public. Elles révèlent une personnalité tellement réfléchie, modérée, intelligente et distinguée que j’ai suivi son conseil, me disant que moi si semblable à lui, je ne pourrai qu’aimer cette biographie du petit Marcel ouvertement inventée.

Je me suis donc retrouvé à la tête de ce petit bouquin d’un peu plus de deux cents pages, sans compter les annexes.

Vous vous souvenez certainement et très précisément que Marcel Proust est mort d’une bronchite le samedi 18 novembre 1922 dans son appartement du 44 de la rue de l’Amiral Hamelin à Paris. Vous vous rappelez peut-être aussi ce Conte de Noël écrit en 1843 par Charles Dickens et qui commence comme ça :
« Marley était mort, pour commencer. Là dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était Continuer la lecture de Les années retrouvées de Marcel Proust – Critique aisée 229 →