Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Les bonnes manières

Un jeune Lord anglais rentre chez lui plus tôt que prévu. Ouvrant la porte du grand salon, il y trouve sa femme agenouillée devant l’un de ses amis. Elle est en train de lui faire ce que l’on désigne habituellement dans le monde par « une bonne manière ».

— Mais enfin , Madame ! Imaginez que ce soit quelqu’un d’autre que moi qui soit entré dans la pièce !

Retour sur le chaudron

Retour sur le Chaudron de Freud

C’est très curieux : depuis sa première parution le 25 septembre 2014, le « Chaudron de Freud » a été lu 434 fois. C’est, juste derrière « Walter Mitty, c’est moi » (513 lectures), le record absolu pour le JdC.
A la Rédaction du JdC, on se perd en conjecture sur la raison du succès de cette histoire on ne peut plus banale. On a tous entendu quelque chose de ce genre dit par l’un de nos enfants.

Est-ce l’auteur qui attire les foules ? Freud ? Quand on voit Freud écrit quelque part, on se précipite en espèrant toujours en découvrir sur le fonctionnement des êtres qui nous entourent ou sur le sien propre.

Est-ce le titre ? Le Chaudron de Freud …qu’est-ce que le petit barbu viennois peut bien entendre par là ?

Je le lui ai demandé et voici ce qu’il m’a dit : « Mon chaudron est un exemple remarquable d’un effet purement comique en laissant libre cours à un mode de pensée inconscient. C’est précisément cette suppression mutuelle [Einanderaufheben] de plusieurs pensées, dont chacune en elle-même est un bon motif, qui fait défaut dans l’inconscient« 

Je n’ai strictement rien compris, mais maintenant, grâce à Sigmund, je m’en fous, totalement !

Voici enfin Le Chaudron de Freud :

A emprunte un chaudron de cuivre à B.

Une fois qu’il l’a rendu, B fait traduire A en justice en l’accusant d’être responsable du gros trou qui se trouve maintenant dans le chaudron, et qui rend l’ustensile inutilisable.

A présente sa défense en ces termes :

-Primo, je n’ai jamais emprunté de chaudron à B
-Secundo, le chaudron avait déjà un trou lorsque B me l’a donné
-Tertio, j’ai rendu le chaudron en parfait état.

Freud  (Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient)

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE SEBASTIEN

L’écriture et la vie vécue

Il n’y a pas d’écriture qui vous laisse le temps de vivre. On ne peut pas faire l’économie de ça. Si vous faites l’économie de ça en faveur de la vie vécue, vous n’écrivez pas. On n’est personne dans la vie vécue, on est quelqu’un dans les livres. Plus on est quelqu’un dans les livres, moins on est dans la vie vécue.

Marguerite Duras – Interview

ET DEMAIN, RETOUR AU THÉÂTRE…

Un despotisme tempéré

En 1762, le tsar Pierre III de Russie est assassiné sur ordre de son épouse Catherine II par Alexei Orlov, le frère de son amant. Elle régnera ensuite sur la Russie pendant 34 ans.

A propos de cet assassinat, Madame de Staël écrivit cet aphorisme qui me comble par son sens de l’humour et de l’actualité :

 La Russie est un despotisme tempéré par la strangulation 

Madame de Staël, écrivain, philosophe, 1766-1817

Remarque : plus ça  change et plus c’est la même chose

Vingt et un siècles de consumérisme

Morceau choisi

Tel s’est précipité hors sa vaste demeure
Lassé d’être chez lui, puis soudain y retourne,
Ne sentant aucun mieux à séjourner dehors.
Il presse le pas, court, harcèle sa monture
Comme allant au secours de sa maison en flammes.
Le seuil à peine atteint, il se met à bailler,
Tombant d’un lourd sommeil pour y chercher l’oubli
À moins qu’il ne se hâte à nouveau vers la ville.
Chacun cherche à se fuir, personne n’y parvient
Et puis l’on tourne en rond dans le cercle de vivre
Où nul plaisir nouveau ne peut plus nous surprendre.
Tant que nous n’avons pas l’objet tant convoité
Le manque fait son prix. L’avons-nous obtenu,
C’est un autre aussitôt que visent nos désirs.

Lucrèce – poète, philosophe, 94-54 avant JC
De rerum natura
Traduction d’André Comte-Sponville – philodophe, écrivain, 1952-

 

ET DEMAIN, PARTEZ DANS LE DÉCOR

C’est vrai, ça à la fin ! (2)

(…) C’est à ce moment que la pensée de la mort fit irruption dans ma vie quotidienne. Je mesurais les années qui me séparaient de ma fin. Je cherchais des exemples d’hommes de mon âge qui fussent déjà morts. Et j’étais tourmenté par l’idée que je n’aurais pas le temps d’accomplir ma tâche. Quelle tâche ? Je n’en savais rien. À franchement parler, ce que je faisais valait-il la peine d’être continué ? Mais ce n’était pas exactement cela. Une crainte ridicule me poursuivait, en effet : on ne pouvait mourir sans avoir avoué tous ses mensonges. Non pas à Dieu, ni à un de ses représentants, j’étais au-dessus de ça, vous le pensez bien. Non, il s’agissait de l’avouer aux hommes, à un ami, ou à une femme aimée, par exemple. Autrement, et n’y eût-il qu’un seul mensonge de caché dans une vie, la mort le rendait définitif. (…)

Albert Camus – La chute

ET DEMAIN, APRES LA CHUTE, LES SQUELETTES