Il n’existe pas d’être capable d’aimer un autre être tel qu’il est. On demande des modifications, car on n’aime jamais qu’un fantôme. Ce qui est réel ne peut être désiré, car il est réel.
Paul Valéry
Il n’existe pas d’être capable d’aimer un autre être tel qu’il est. On demande des modifications, car on n’aime jamais qu’un fantôme. Ce qui est réel ne peut être désiré, car il est réel.
Paul Valéry
Avant toute chose, le JdC tient à vous informer qu’il est plus tard que vous ne pensez : aujourd’hui, c’est le jour du changement d’heure. Désolé !
Morceau choisi
Vous aviez un Baleinié, vous ? Vous savez, ce dictionnaire des tracas, comme l’intitulaient ses auteurs1 ? Non ? Moi, j’ai retrouvé le mien. On me l’avait offert il y a une quinzaine d’années. Le genre de bouquin qu’on feuillette au moment où on le reçoit, on en lit en riant quelques passages devant la famille réunie, et puis on le glisse dans la bibliothèque et on l’oublie.
Quinze ans plus tard, alors qu’on cherchait un guide d’Italie, il ressort, tout neuf, tout fier. En voici quelques passages.
Pour que vous compreniez bien votre lecture, sachez que le Baleinié est un dictionnaire de mots inventés censés définir les petits tracas de l’existence. La première définition devrait vous mettre bien dans le coup.
bârue
(bâ-ru) n.f.
perte de temps quand on a rien à faire
« (…) Dehors je jubjotais encore.
Le pani-pané de la nuit dans mon aftoube m’avait paradoxalement mis à plat. Ma valvarope était comme le ciel. Dans la limogoulème tout était fermé…
Je me suis dit : « Bon, pas d’hembernoët aujourd’hui. » Mais sur le chemin du retour, l’idée de ne pas avoir ma guézette du matin… J’étais parti pour une bonne journée de bârues, à essayer d’éviter les chacards. » Continuer la lecture de J’ai retrouvé mon Baleinié
Michel Houellebecq, entre autres talents, a celui de la vacherie spirituelle. Sans avoir l’air d’y toucher, il assassine. Alors il apprécie quand d’autres savent aussi le faire, par exemple Cioran (1), à propos de Blanchot (2):
Blanchot est l’auteur idéal pour apprendre à taper à la machine : on n’est pas dérangé par le sens. (3)
1-Emil Cioran : 1911- 1995, philosophe, poète, écrivain,
2-Maurice Blanchot : 1907-2003, philosophe, romancier
3-Cité par Houellebecq dans son roman « Sérotonine »
…(during the 1920’s, observations were made) that the farther other galaxies are from us, the faster they are moving away. The universe is expanding (…)
A static universe could have existed forever or could have been created in its present form at sometimes in the past. However, if galaxies are moving apart now, it means that they must have been closer together in the past. About fifteen billion years ago, they would have been on top of each other and the density would have been very large. This state was called the « primeval atom » by the Catholic priest Georges Lemaitre, who was the first to investigate the origin of the universe, that we now call the big bang.
Stephen Hawking – The universe in a nutshell – 2001
( pendant les années 1920, on observa) que plus les autres galaxies sont éloignées de nous, plus elles s’en éloignent rapidement. L’univers est en expansion (…)
Un univers statique aurait pu exister depuis toujours ou avoir été créé en son état actuel à un moment quelconque dans le passé.Cependant, si les galaxies sont en train de s’éloigner les unes des autres, cela signifie qu’elles doivent avoir été plus proches par le passé. Il y a environ quinze milliards d’années, elles auraient été les unes sur les autres et la densité aurait été très grande. Cet état fut nommé « l’atome primitif » par le prêtre catholique Georges Lemaitre (1), qui fut le premier à rechercher l’origine de l’univers, que nous appelons aujourd’hui le « Big Bang »
Note 1 : Georges Lemaitre (1894-1966) prêtre catholique belge.
Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
En voilà une question idiote ! Et pourtant, elle a fait la célébrité d’un petit bibliothécaire de province, Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716).
En voici quelques autres, tout aussi existentielles et tout aussi bêtes. Leurs auteurs ont préféré demeurer dans l’anonymat. C’est pas comme ce prétentieux de Gottfried.
Pourquoi les femmes ne peuvent-elles se mettre du mascara
la bouche fermée ?
Pourquoi faut-il cliquer sur « Démarrer » pour arrêter Windows ?
Pourquoi le jus de citron est-il fait de saveurs artificielles
et le liquide vaisselle est fait de vrais citrons ?
Pourquoi n’y a-t-il pas de nourriture pour chat à saveur
de souris ?
Pourquoi est-ce qu’on appuie plus fort sur les touches
de la télécommande quand ses piles sont presque à plat ?
Pourquoi les pilotes Continuer la lecture de Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
En réalité, nous découvrons toujours après coup que nos adversaires avaient une raison d’être du parti où ils sont et qui ne tient pas à ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti, et que ceux qui pensent comme nous c’est que l’intelligence, si leur nature morale est trop basse pour être invoquée, ou leur droiture, si leur pénétration est faible, les y a contraints.
Marcel Proust – Sodome et Gomorrhe
Pas facile, cette phrase, hein?
Proust fait cette remarque à propos de l’affaire Dreyfus pour expliquer les positions successives de certains de ses personnages :
—Le grand monde pense que Swann est dreyfusard parce qu’il est juif
—Le narrateur pense que Robert de Saint-Loup est dreyfusard malgré sa noblesse parce qu’il est intelligent
—Le grand monde pense que Saint-Loup est dreyfusard parce que sa maitresse est juive
—Swann pense que le Prince de Guermantes est anti-dreyfusard parce qu’il est aristocrate
—Le Prince de Guermantes devient dreyfusard par droiture
Aucune de ces raisons ne tient compte de ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti.
Aujourd’hui, alors que le moindre évènement politique prend une allure d’affaire Dreyfus, la phrase du petit Marcel reprend toute son actualité. Demandons-nous à quelle raison nous attribuons les positions de ceux qui ne pensent pas comme nous. On verra que rarement ce sera « ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti. »
Cette question, c’est celle qu’imposent à leurs élèves comme thème d’écriture tous les ateliers du même nom. C’est celle que se posent un jour ou l’autre tous ceux qui tiennent un journal. Ou bien tous ceux qui écrivent des petites histoires. C’est aussi celle que tous les journalistes, tous les biographes, tous les importuns de passage posent aux véritables écrivains. Parfois, comme ici, il n’est pas besoin de leur poser la question. En ce qui me concerne, j’ai écrit au moins deux fois sur le sujet (titre cliquable):
Une émission de Berthe Grandval
En tout cas voici les raisons de Simone de Beauvoir . Vous allez pouvoir comparer.
« J’avais décidé depuis longtemps de consacrer ma vie à des travaux intellectuels. Zaza me scandalisa en déclarant d’un ton provocant : « Mettre neuf enfants au monde comme l’a fait maman, ça vaut bien autant que d’écrire des livres. » Je ne voyais pas de commune mesure entre ces deux destins. Avoir des enfants, qui à leur tour auraient des enfants, c’était rabâcher à l’infini la même ennuyeuse ritournelle ; le savant, l’artiste, l’écrivain, le penseur créaient un autre monde, lumineux et joyeux, où tout avait sa raison d’être. C’était là que je voulais passer mes jours ; j’étais bien décidée à m’y tailler Continuer la lecture de Pourquoi avoir choisi d’écrire ?
Ce matin après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette.
Emil Cioran
The world has changed far more in the past hundred years than any other century. The reason has not been new political or economic doctrines but the vast development in technology made possible by advances in basic science. Who better symbolizes those advances than Albert Einstein ?
Stephen Hawking – The universe in a nutshell – 2001
Le monde a changé bien davantage au cours des cent dernières années que pendant n’importe quel autre siècle. La raison n’en a pas été de nouvelles doctrines politiques ou économiques mais l’immense développement de la technologie rendu possible par les avancées dans les sciences fondamentales. Pour symboliser ces avancées, qui mieux que Albert Einstein.
Dans mes oreilles, les conversations passent,
les unes par-dessus les autres, comme de longues vagues de marée basse.
J’avais lu ça quelque part et je l’avais noté. Impossible de retrouver qui l’avait écrit. Dommage pour l’auteur, mais j’eusse aimé que ce fut moi.