Nous n’en pouvions plus de rester dans l’obscurité totale, le bruit assourdissant et les odeurs écœurantes. Cela devait faire trois ou quatre jours que nous étions enfermés dans la cale, « par sécurité » nous avait dit le commandant, mais nous avions perdu la notion du temps et nous ignorions où et quand nous allions arriver. C’était devenu l’unique objet de nos discussions qui tournaient de plus en plus souvent à la bagarre.
Tout à coup, une lumière se fit vers le haut de la cale où un rectangle clair venait d’apparaitre. Quelqu’un avait dû réussir à ouvrir une porte. Nous nous précipitâmes en nous bousculant dans l’escalier pour sortir et nous retrouver une cinquantaine, entassés à l’avant du bateau dans l’air froid et humide. Le commandant était furieux. Il hurlait dans son micro, mais personne ne bougeait. Nous regardions tous avidement vers l’avant. Sur tribord, le brouillard nous laissait deviner une dizaine de ces grues qui ressemblent à d’immenses girafes. Bientôt, sur bâbord, apparut Continuer la lecture de Les immigrants
Le train a démarré. Nous en avons bien pour une demi-heure. Qui de nous deux va parler le premier ? Il ne faut pas laisser la gêne s’installer, sinon ça va être très pénible. Il faut dire quelque chose, maintenant, tout de suite.
« Vous prenez le train ? » me demande-t-il tout à coup.
Quarante minutes à attendre. Je me suis trompé sur Internet : le prochain train pour Le Mans ne partira qu’à 11 heures 35. Il va falloir attendre quarante minutes dans cette toute petite gare de cette toute petite ville. Le café le plus proche se trouve de l’autre côté de la place, étonnamment grande. Trop écrasée de soleil pour que je la traverse… Il ne fait pas trop chaud dans le hall de la gare. Un routard, sac à dos, est assis par terre. Adossé contre un distributeur de barres de chocolat, il somnole sous sa casquette. Son chien — maigre, longs poils noirs et blancs — est couché à côté de lui. Il a posé son museau dans le creux de l’aine du jeune homme. Il lève un sourcil et me regarde passer. Je lui souris. Le chien cligne de l’œil, exhale un soupir dans le short de son maitre et se rendort.
Cette année-là, alors que la température restait étrangement douce, la pluie avait commencé à tomber la veille de la Toussaint et, depuis ce jour, il n’avait pas cessé de pleuvoir. Les chemins s’étaient transformés en bourbiers, les ruisseaux en torrents et les torrents en rivière. On disait que si ça continuait comme ça, demain, la route qui menait de St-Géraud à La Claux serait coupée.