Pour bien pratiquer leurs activités préférées, les hommes (et les femmes aussi, bien sûr, les femmes aussi) ont tous leurs petites manies. Ils peuvent avoir besoin de préliminaires, d’accessoires, de musique, de silence, de parfum, d’alcool ou peut-être d’un tas d’autres choses qui n’a de limite, le tas, que leur imagination. Et encore, je ne parle pas de la pratique de l’activité sexuelle.
Prenez la chasse par exemple. Je me souviens de mon père, grand chasseur devant l’éternel, avec qui j’ai beaucoup chassé et qui a chassé sans moi bien davantage. A part quelques « chasses du mercredi », chasses de privilégiés, chasses bénies, chasses trop rares, la chasse, pour lui, c’était surtout le dimanche. Elle se tenait au sud de la Loire et, selon les époques, pas loin de Sully sur Loire ou d’Orléans. Comme elle débutait à 9 heures précises, il aurait suffi de quitter Paris avant 7 heures du matin pour être largement dans les temps. Mais le fait de coucher sur place la veille au soir permettait à mon père de profiter de l’ambiance chasse dès le début du samedi après-midi. Dès après le déjeuner donc, il se rendait à son bureau pour commencer les préparatifs : voiture garée dans la cour, coffre ouvert pour que Vercors, épagneul approximatif breton, puisse s’y blottir, rassuré, certain qu’ainsi on ne l’oublierait pas ; placard « spécial chasse » ouvert permettant une vérification aisée de l’équipement ; inspection des bottes et lavage si besoin était ; sortie du « carnier » et rangement des bottes dans son compartiment imperméable après nettoyage éventuel des traces qu’aurait pu y laisser quelque gibier de la semaine précédente ; inspection de la veste et du pantalon de chasse et rangement du côté entoilé du carnier ; sortie des calibres 12 et 20 de leur étui pour inspection complète, avec nouveau nettoyage et retour aux étuis ; ouverture de la mallette à cartouches pour vérification de la suffisance des munitions par calibre et par numéro de plomb ; prélèvement d’une bouteille d’Armagnac, de Cognac, ou de Scotch hors d’âge à offrir à l’assemblée des actionnaires et invités de la chasse ; vérification de tous les niveaux
liquides de la voiture et nettoyage du pare-brise. Toutes ces choses accomplies (Omnibus completis, comme disait Jules César), ne restait plus qu’à attendre les éventuels autres passagers, souvent moi, souvent son copain de régiment Eugène, parfois un invité, ami ou client.
Aucune chasse, ou plutôt aucun départ pour la chasse n’aurait pu se faire sans ce cérémonial.
«Bon, me direz-vous, d’abord, bien qu’un chasseur sachant chasser sache chasser sans son chien, il faut quand même reconnaitre que la plupart du temps, il l’emmène avec lui, son chien, avec ses bottes, son fusil, ses cartouches et, parfois même son fils. Alors c’est bien joli la description de cette liturgie du départ, mais pour nous, ce ne sont là que de simples préparatifs, qu’on aurait pu tout aussi bien décrire par « Il ne chassait que le dimanche, mais c’est dès le samedi après-midi qu’il préparait ses affaires et les rangeait soigneusement dans sa voiture. » Ensuite, avec tout ce verbiage, on ne voit pas très bien où vous voulez en venir. Un peu de concision aurait fait gagner du temps à tout le monde sans rien enlever à la transmission au lecteur de ce plaisir anticipé du chasseur. « Il s’écoute parler » est une locution utilisée pour définir un certain type de discours. « Il se regarde écrire » pourrait être son pendant pour l’écriture, et nous avons bien l’impression que c’est ce que vous faites.»
Patience ! Vous allez comprendre.
À SUIVRE
Comprendre quoi encore? Pour moi c’est « il s’évertue à publier chaque matin » pour attiser notre curiosité.