Go West !
Ah ! Go West ! Intéressant, Go West !, probablement le plus personnel de mes écrits. Bien sûr, avant Go West !, j’avais raconté quelques souvenirs personnels, mais c’était seulement dans des textes courts qui recherchaient plutôt l’anecdotique et l’humour que le récit narratif. Bien sûr, dans des textes plus longs, il m’est arrivé de plus ou moins m’investir dans des personnages de fiction. Chacun sait en effet, et surtout depuis que Proust l’a dit, que dans tout personnage de fiction, il y a un peu de son auteur, comme dans Emma Bovary pour Flaubert, ou beaucoup, comme dans le Narrateur de la Recherche pour le petit Marcel. Mais, en ce qui me concerne, je crois plutôt que si, jusqu’à présent, j’avais mis un peu ou beaucoup de moi dans un personnage, c’était à la fois involontaire et inévitable, parce qu’on écrit avec son histoire et avec son âme, mais sans désir conscient de s’exposer, en quelque sorte à l’insu de son plein gré.
Pour Go West !, c’est petit à petit que je me suis investi dans le personnage.
<<>> Petit à petit ? Tu es sûr ? Moi, je crois que c’est d’un seul coup que tu t’y es mis ! Peut-être pas dès le début, mais d’un seul coup. Je suis persuadé qu’un jour, assez tôt dans l’écriture, tu t’es rendu compte que si tu continuais à raconter platement les pauvres aventures de ton voyage américain, tu lasserais vite ton lecteur et que ton récit deviendrait aussi ennuyeux qu’une séance de projection des photos de vacances au Portugal de tes voisins de palier.<<>>
Pourtant, il y avait eu d’abord l’hôtesse des Flying Tiger Lines vite suivie par la gifle de la fille aux bigoudis, et avec ça, j’étais persuadé que j’allais passionner les foules.
<<>> Pas faux ! C’est probablement à ce moment que tu as commencé à intéresser ceux de tes lecteurs qui ne t’avaient pas encore lâché !<<>>
Mais, après avoir écrit ma fuite honteuse à travers la nuit et les moustiques, j’ai posé la plume et me suis mis à réfléchir. À quelques pages à peine du début de mon livre, je venais de bâcler le récit d’un événement que je considérais comme l’un des points culminants de mon aventure. Bien sûr, il m’en restait trois au quatre autres intéressants, mais si je les racontais de façon factuelle, froide, extérieure comme je venais de le faire pour l’histoire du motel, Go West ! serait aussi passionnant à lire qu’un acte de notaire. Ne serait-ce que pour mon propre plaisir, celui d’écrire, il fallait reprendre tout ça et, tout en conservant la présentation des faits et des lieux, l’étoffer de descriptions plus approfondies de mon état d’esprit devant des situations extraordinaires ou seulement inhabituelles. Il fallait nourrir le texte en intercalant dans le récit des pensées instantanées sur mes craintes et mes espérances, des considérations sociologiques et même morales sur le monde d’où je venais et sur celui que je découvrais, et même des analyses de certains de mes comportements de jeune homme vus par l’homme que j’étais devenu.
<<>> Un peu ambitieux tout ça, tu ne trouves pas ? Décrire de façon lisible le développement des pensées d’un individu devant une nouvelle situation n’est pas chose facile. Identifier et exposer le processus logique qui, à partir de ses réflexions instantanées, de sa culture et de son passé, le conduit à se comporter de telle ou telle manière est encore plus difficile. Pour parvenir à ça dans le cas de Go West !, je vois deux grosses difficultés. Elles tiennent à l’auteur.
La première se situe sur le plan littéraire : dans un livre, la description par le menu du processus de pensée, des atermoiements, des motivations profondes, des prétextes et des tabous d’un personnage est souvent lassante. A l’inverse, elle peut être l’un des points forts du livre, mais pour cela il faut une grande finesse d’analyse et un grand talent d’écrivain pour la coucher sur le papier. Un bon exemple dans ce domaine est bien sûr « À la Recherche du temps perdu ». D’où la première difficulté évoquée plus haut.
La seconde concerne l’auteur lui-même. Pas son talent d’écrivain, mais sa personnalité. Cet auteur est-il prêt à s’exposer ? Est-il prêt à abandonner pudeur et modestie, à livrer ses pensées intimes, à avouer les vrais ressorts de ses actions ? Acceptera-t-il de se montrer tel qu’il a été dans certaines crises, éventuellement mesquin, envieux, lâche ? Accepterais-tu ? J’en doute. <<>>
Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon grillon intérieur, celui qui me dit souvent que je n’y arriverai pas, que je n’aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, Jimini, mais si je l’écoutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. Alors, je me suis dit deux choses :
A suivre
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Go West !

Passionnantes révélations! Nous attendons fébrilement la suite surtout moi qui suis le Jimini Criquet autant que lui c’est l’auteur tel son Marcel qui a fuit Cabourg et sa Côte Fleurie pour aller découvrir le Wild West et se rendre compte si c’est bien ce qu’on en dit.