Qui est à l’appareil ?
Si vous avez lu les dernières pages de mon carnet d’écriture (19, 20 et 21), vous avez compris que pour ce roman en gestation, encore sans pitch ni titre, j’avais une époque, 1935, un environnement, le Quartier Latin, huit personnages et leur apparence physique, un étudiant de bonne famille, son meilleur ami aristocrate, une fille entretenue, deux gouapes de Pigalle, un artisan du quartier, une patronne de bar et un garçon de café — un neuvième, supposément photographe, encore à l’état d’ectoplasme. Ce n’était pas grand chose, mais quand même plus qu’un simple incipit du genre « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »
Quoi que l’on écrive, roman, nouvelle, poème, réclamation, email, sms, il faut un point de vue. Le lecteur doit savoir qui parle, quelle est sa cause, son intérêt, etc…
Je réfléchis quelques jours et, plutôt que d’utiliser le point de vue fréquent du narrateur omniscient, je décidai de donner sa chance à chaque personnage. Chacun d’entre eux aurait son chapitre et, à son tour, il dirait à sa façon sa petite partie de l’histoire commune que je voulais raconter mais dont je n’avais encore aucune idée. Ce serait donc un roman choral. Pour ma première vraie tentative de roman, je voyais dans cette méthode un double avantage. Le premier, c’est que n’ayant pas moi-même de style établi, je pourrai travailler plusieurs styles en m’efforçant de les adapter aux différents narrateurs : une fille entretenue, un fils de bourgeois du 16eme et un artisan de la rue Monsieur le Prince ni ne voient les choses ni ne s’expriment de la même manière. Le second avantage, c’est que, grâce à ce découpage du récit, je pourrais peut-être maintenir le suspense sur le véritable noeud de mon histoire.
Afin de réduire le côté un peu artificiel de cette construction chorale, je décidai de donner à chaque chapitre la forme d’une interview : chaque chapitre serait constitué des réponses d’un personnage aux questions de l’un d’entre eux, toujours le même, qui serait le photographe invisible. Par recherche d’originalité, coquetterie littéraire peut-être, je laisserais le lecteur imaginer les questions.
Je commençai avec l’artisan, l’homme à la casquette debout au comptoir, « Moi, c’est Marteau. Marcel Marteau. Né le …. » et puis, presque comme prévu, les personnages commencèrent à vivre et l’intrigue à se dessiner.
Bien sûr, je n’ai pas respecté mes propres règles jusqu’au bout : certains de mes personnages ayant disparu tragiquement dans le cours du récit, il ne leur était pas possible de répondre aux questions du photographe. C’est donc soit par la bouche d’un autre personnage, non photographié, que je les ai fait parler, soit par les pages retrouvées d’un journal intime, soit encore à travers l’article d’un quotidien. Pour les besoins de l’intrigue, j’ai même été amené à créer une sorte de Deus ex Machina, un Suédois (de Norvège), dont finalement je ne suis pas mécontent.
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