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Le Système Ribadier. Critique aisée (3)

Le système Ribadier, de Georges Feydeau – Théâtre du Vieux Colombier.
-J’étais seul l’autre soir au Théâtre Français,
-Racontait Lamartine ou bien alors Musset,
-…
Que l’on se rassure, je ne vais pas recommencer mes exercices alexandrins et approximatifs, mais je trouve que ça sonnait bien pour débuter la critique d’une pièce du Répertoire,  « Le système Ribadier ». Donc, j’étais seul l’autre soir devant le théâtre du Vieux Colombier, l’autre salle de la Comédie Française, lorsque qu’une affiche pour ce spectacle a attiré mon attention toujours en éveil.
J’avais vu, il y a quelques années, cette pièce de Feydeau assez peu connue. Le rôle principal y était tenu par Bruno Solo qui, malgré ses premiers emplois de clown de télévision, se révèle au fil des spectacles un excellent acteur. Sans arriver à la perfection de la Puce à l’Oreille ou du Fil à la Patte, j’avais trouvé qu’avec moins de moyen, cinq personnages seulement, Ribadier arrivait à un très bon résultat, c’est à dire, comme toujours  avec Feydeau, au rire aux éclats, au rire qui essouffle, au rire qui fait pleurer. Le sympathique petit Bruno y était pour quelque chose bien sûr, mais surtout le grand Georges. Revoir cette pièce, montée par la Comédie Française, me tentait donc beaucoup. Mais, déception, rage, désespoir, la pièce se jouait à guichets fermés jusqu’à la fin de la saison.
Mais, espoir re-né, joie céleste, plaisir anticipé, le spectacle était diffusé tel soir à la télévision. Mise en scène de Zabou Breitman, rôles principaux tenus par Laurent Laffitte et Laurent Stocker, l’affaire était dans la poche. Je me suis donc installé plein de bonne volonté devant mon étrange lucarne ( vous n’aurez pas été sans remarquer que l’usage de cette métaphore, destinée bien sûr à éviter une répétition, celle du mot télévision, me fait tomber immédiatement dans un cliché très usagé.)
Hé bien, non. Je n’ai pas ri, ou si peu que Feydeau en aurait développé un ulcère à l’estomac. Pourquoi? Parce que Zabou a cassé la mécanique. Malgré des acteurs pleins de bonne volonté,  malgré un très joli saut de l’ange de Stocker à travers une fenêtre ouverte, malgré un petit chien très bien dressé, malgré un décor parfait et des costumes réussis, malgré un mari cocu joué à la perfection par un acteur dont j’ai oublié le nom mais remarqué la silhouette à la Daumier, malgré tout cela, le rire n’y est pas.
Vous avez sûrement remarqué que, dans les meilleurs pièces de Feydeau, il n’y a pratiquement jamais de silences, que les répliques se marchent les unes sur les autres, qu’une affirmation d’un personnage est immédiatement contredite par une porte qui s’ouvre, que la crainte d’un autre est aussitôt réalisée par l’annonce d’un valet de chambre, que tout ça doit aller très vite pour créer l’absurdité, réaliser l’impossible et finalement engendrer la folie. Hé bien, rien ou pas grand chose de tout ça dans ce spectacle.
Zabou a provoqué de multiples cassures du rythme en ménageant des espaces, et par conséquent des silences, pour y placer quelques pantomimes, parfois inutilement vulgaires, qui ont probablement pour but de faire référence à des scènes de cinéma muet.
Mais Feydeau, c’est comme le café Maxwell Qualité Filtre, ce n’est pas la peine d’en rajouter. Tout y est déjà.
Zabou a cassé la belle mécanique.
Si vous voulez vous faire un avis par vous-même, vous pouvez encore voir la pièce pendant quelques jours sur francetv-pluzz

Théâtre sans animaux. Critique aisée (2)

Théâtre sans animaux. Jean Michel Ribes
Non, à la ville, je n’aime pas Jean-Michel Ribes. A la ville, cet antipathique petit bonhomme me fait penser à un Tryphon Tournesol qui aurait abusé de gâteaux à la crème, et, ce faisant, aurait accumulé des kilos d’autosatisfaction et de suffisance.
Mais, à la scène, il me ravit. À la scène, il avait commencé à beaucoup me plaire avec une émission de télévision régulière: « Merci Bernard ». Je ne l’ai jamais revue. On a dû en perdre les bobines. À moins que la pensée unique qui règne aujourd’hui en matière d’humour ne la juge trop originale ou trop décapante pour la rediffuser sans risque. (Je me souviens d’une rubrique présentée par une femme en robe du soir et un homme en smoking et dont le titre était « Bonsoir les pauvres !») La déconnexion, pour ne pas dire déconnade, du titre d’avec le contenu de n’importe laquelle des parties de cette émission promettait déjà du très bon. La promesse fut tenue. Mais ce n’était là qu’un début, un galop d’essai, un pilote, un teaser pour ce que fut quelques années plus tard la production la plus connue de J.M.R., « Palace », quelques fois appelée « Ça c’est Palace ». C’est étonnant comme cette série télévisée qui n’a connu que six épisodes a laissé des souvenirs de rigolades de bon aloi. C’est étonnant comme cette série couronnée par le succès n’a pas eu d’imitateur. C’est sans doute qu’elle était inimitable. (Par charité pour les acteurs qui y participent et que j’aime bien, je ne citerai pas les plates imitations créées pour la MAAF, sketches auxquels on ne sourit que par nostalgie en mémoire de Philippe Khorsand). Oui, ça c’était Palace: les premières brèves de comptoir de Jean Carmet, les évidences pompeuses et vacuités trompeuses du professeur Rollin, les confidences de Claude Piéplu aux clés d’or, les conseils de la comtesse Renée Saint-Cyr pour péter élégamment en public, les raisonnements de l’impossible du directeur Khorsand pour désarçonner l’éternel client soupe au lait et crédule, etc…,etc…
Je me souviendrai longtemps (par superstition, aujourd’hui, on ne dit plus « je me souviendrai toujours… ») je me souviendrai longtemps de cet extraordinaire petit-déjeuner dans la salle de restaurant du Palace où le bacon vint à manquer. L’épisode était traité selon un mélange de deux genres, le film catastrophe où le Boeing 747 vient à manquer de carburant, et le film de guerre où un petit commando d’hommes décidés va tout faire pour apporter à la forteresse assiégée les munitions qui lui manquent pour résister à l’ennemi et finalement le vaincre.
La perfection, vous dis-je. Pour ça, merci Bernard. Pardon, merci, Jean-Michel.
Et puis je viens de voir « Théâtre sans animaux » de J.M.R., mis en scène par J.M.R., joué par la troupe de J.M.R. dans le théâtre de J.M.R. Et pour ça, encore merci , J.M.R.
Après ces avalanches de théâtre de boulevard si prévisible et convenu, ces cascades de petites pièces trouées qui relèvent plus du patronage que du café-théâtre, ces coulées d’ironie et de dérision péniblement transposées des plateaux de télévision jusqu’au théâtre par des animateurs pouvant se payer sans risque le frisson de la scène, après ces déferlements de facilité et ces inondations de bêtise, qu’il est bon d’entendre du texte, absurde certes, mais du texte. On pense à Obaldia et aux Brèves de Comptoir. On pense à Dubillard et finalement à Ribes. Je ne connaissais aucun des cinq acteurs par leur nom, mais je les connaissais tous de vue. Ils sont excellents, surtout trois d’entre eux. Vous verrez bien lesquels. Dans ce spectacle réjouissant, composé de six ou sept petits actes indépendants, j’ai cependant noté une faiblesse : les chutes. Les chutes ne m’ont pas paru, dans l’échelle de l’absurdité, au niveau de qualité des actes qui les précèdent. Bon, il fallait bien que je trouve une critique.
De toute façon, la pièce ne se joue plus. Alors….