Archives de catégorie : Critiques

L’homme fidèle – Critique aisée n° 147

Critique aisée n°147

L’homme fidèle
Louis Garrel – 2018
Laeticia Casta, Lily-Rose Depp, Louis Garrel

En ces temps troublés où règnent le pessimisme, la frustration, l’envie, le conspirationisme, le mensonge, la violence et, par-dessus tout, la bêtise (au front de taureau, comme je dis toujours), à l’heure sombre où le Président des États-Unis persiste à tenir les effrayantes promesses de campagne auxquelles personne ne croyait, où le Royaume Uni ne va pas tarder à larguer les amarres ou à imploser, où l’Italie s’est placée en chantant sous la direction de l’alliance de la carpe à chemise brune et du lapin à gilet rouge, sans parler de la France, où un mouvement spontané néo-poujadiste et ultra-minoritaire ne sait Continuer la lecture de L’homme fidèle – Critique aisée n° 147 →

La littérature comparée

J’avais envoyé à Laurenzo Dell’Acqua ce morceau choisi extrait du roman Soumission (Pour la revoir cliquez ici ) dans lequel Houellebecq exprime entre tous les arts sa préférence pour la littérature.
Laurenzo m’a fait cette intéressante réponse en forme de Défense et Illustration de la peinture, de la musique, du cinéma et de la photographie.

Mon cher Philippe.

Je ne partage pas le point de vue de Houellebecq sur la supériorité de la littérature sur les autres arts. Pas du tout.

J’apprécie au moins quatre autres formes d’art en plus de la littérature : la peinture, la musique, le cinéma et la photographie.

Selon moi l’art doit répondre à deux exigences : exprimer ce qu’aucun autre art ne saurait exprimer et naître de rien : une feuille blanche, une portée nue, une toile vierge. C’est d’ailleurs le problème de la Continuer la lecture de La littérature comparée →

Une affaire de famille – Critique aisée n°146

Critique aisée n°146

Une affaire de famille
Hirokazu Kore-eda – 2018
Palme d’Or du Festival de Cannes – 2018

J’hésite beaucoup à dire ce que je pense de ce film. Tant de lauriers à Cannes, tant d’analyses élogieuses sur Télérama, tant de louanges dans les journaux… Je suis très impressionné. Je ne suis même plus certain d’avoir un avis.
Allons, courage !

Oui, c’est vrai, cette drôle de famille est aussi sympathique que déglinguée. C’est vrai aussi que les deux enfants sont excellents et que les adultes ne sont pas mal non plus. C’est vrai qu’il y a des Continuer la lecture de Une affaire de famille – Critique aisée n°146 →

Roméo et Juliette – Critique aisée n°145

Critique aisée n°145

Roméo et Juliette
Tragédie en 5 actes, en vers et en prose, de William Shakespeare (1595)
Traduction française de Victor Hugo. 
Mise en scène Eric Ruf.
Pièce filmée en direct en octobre 2016 dans la salle Richelieu à la Comédie Française et retransmise dans certains cinémas aux dates indiquées plus loin

“Two households, both alike in dignity
In fair Verona, where we lay our scene,
From ancient grudge break to new mutiny
Where civil blood makes civil hands unclean”
 
« Deux familles égales en noblesse
Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène
Sont entrainées par d’anciennes rancunes à des rixes nouvelles
Où le sang des citoyens souille les mains des citoyens »

En trois jours seulement, deux adolescents, l’un Montaigu, l’autre Capulet, , se rencontrent, s’aiment et se tuent. Pourquoi ? Parce que les Capulet haïssent les Montaigu et que les Montaigu détestent les Capulet. Alors, l’amour de Juliette et de Roméo est impossible. Ils vont donc mourir.

“For never was a story of more woe
Than this of Juliet and her Romeo.”

« Car jamais aventure ne fut plus douloureuse
Que celle de Juliet et de son Roméo. »

Romeo et Juliette, la plus belle, la plus triste, la plus tragique des histoires d’amour. Je l’ai vue tant de fois que j’en ai oublié le compte et Continuer la lecture de Roméo et Juliette – Critique aisée n°145 →

Comédies musicales – Critique aisée n°144

Critique aisée n°144

Comédies musicales
Philharmonie de Paris.
221 avenue Jean-Jaures
Paris 19°
Entrée 11 €
Metro Porte de Pantin

Les promoteurs de cette exposition la présentent comme ceci :

« UNE EXPOSITION IMMERSIVE
L’exposition prend le parti d’immerger les visiteurs dans les films eux-mêmes, par des projections géantes, accompagnées de photographies et de documents rares. La scénographie a été confiée à Pierre Giner qui a imaginé un espace ouvert, faisant la part belle aux montages d’extraits thématiques peuplés de personnages qui dansent, de Fred Astaire à John Travolta, de Cyd Charisse aux héroïnes de Jacques Demy, de West Side Story aux objets virevoltants de La Belle et la Bête. Un panorama en musique pour découvrir la richesse et la diversité des comédies musicales. »

Que dire devant une telle annonce ? Qu’elle est mensongère ou que l’exposition est ratée ?

Suivez-moi bien. On entre dans une première salle de dimensions modestes. L’un de ses murs exalte Chantons sous la pluie par le biais de quelques cartels explicatifs désordonnés qui entourent une affiche du film. Ils nous expliquent que ce film est la meilleure comédie musicale jamais tournée. Je suis d’accord. Sur le mur d’images d’en face, tourne en boucle un tout petit extrait de la plus fameuse scène dans laquelle Gene Kelly chante effectivement sous la pluie. Quelqu’un devrait Continuer la lecture de Comédies musicales – Critique aisée n°144 →

Les Veuves – Critique aisée n°143

Critique aisée n° 143

Les Veuves
Steve McQueen – 2018
Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Robert Duvall, Colin Farell, Liam Neeson.

Le pitch est totalement artificiel : les veuves de quatre braqueurs tués au cours de leur dernier casse se réunissent pour poursuivre leur travail et rembourser leurs dettes. McQueen — j’ai du mal à dire complètement le nom du réalisateur, Steve McQueen, car pour moi, il n’y a qu’un seul Steve McQueen et ce n’est pas lui — a tiré, dit-on, d’une série télévisée britannique, un puissant thriller qui est une vraie réussite du genre. Construit très classiquement  — braquage raté, recrutement et préparation du braquage suivant, braquage et chute — le film est très efficace, la fin n’est pas trop attendue et la scène d’ouverture — le casse des hommes qui tourne mal — coupe carrément le souffle.

A peine caricaturales, les quatre femmes sont assez réussies. On appréciera les performances, brèves mais excellentes, de Robert Duvall et de Colin Farrell. On voit si peu Liam Neeson qu’il en est supportable.

Si vous aimez le genre, vous ne devriez pas être déçus.

ET DEMAIN, TOM WOLFE VOUS PARLE

En Liberté ! – Critique aisée 142

Critique aisée 142

En Liberté !
Pierre Salvadori – 2018
Adèle Haenel, Pio Marmal, Audrey Tautou

Depuis quelques années, en fait depuis la disparition de Gérard Oury, de Philippe de Broca, d’Edouard Molinaro, d’Yves Robert et de quelques autres, la comédie n’est plus un genre très bien traité par le cinéma français. Bien sûr, de temps en temps, nous avons des bonnes surprises, mais pour un Ridicule ! combien de Taxis I, II, III, pour un Beaumarchais l’Insolent, combien de Tuches I, II, III, et pour un Intouchables, combien d’Alad’1, Alad’2 ?

La fin de cette année nous a pourtant donné une très honorable comédie, Le Grand Bain, dont j’ai fait une critique mesurée ici même il n’y a que quelques jours.

Elle nous donne aussi En Liberté !, comédie bien plus qu’honorable. Contrairement au Grand Bain qui accumulait les clichés et les stéréotypes dans tous les domaines de la réalisation, En Liberté ! est totalement original, ébouriffé et toujours surprenant. Pas une seule situation qui évolue dans le sens que vous anticipiez, pas un seul personnage qui fasse ou dise ce que vous attendiez de lui, vous êtes constamment pris à contre-pied, ce n’est pas courant, et c’est très drôle. Comme toujours, je ne vous raconterai pas le film. Pour ça, vous pouvez lire n’importe quelle critique professionnelle. Mais je me permets quand même de souligner à votre attention quelques gags d’arrière-plan parmi d’autres :

-des vigiles assistent médusés en direct à une scène de casse de bijouterie sur leurs écrans de surveillance et réagissent comme si c’était une série télévisée.

-un tueur en série repentant essaie à plusieurs reprises de se constituer prisonnier, mais les flics sont trop occupés par leurs problèmes personnels pour l’écouter.

-des flics en uniforme sortent d’urgence en intervention en courant en zigzag à cause des barrières de sécurité qui protègent le commissariat.

Bon film, vous pouvez y aller.

Le Grand Bain – Critique aisée n°141

Critique aisée n°141

 Le Grand Bain
Gilles Lellouche -2018
Et une bande de types très sympa.
Durée 118 minutes

Ce premier film du comédien Gilles Lellouche bénéficie d’un accueil extraordinaire. Les cinq permanents du Masque et la Plume sont unanimes (film touchant, euphorisant, galvanisant, visuellement inventif, sympathique, généreux, débordant d’amour), Le Figaro est enthousiaste (une comédie populaire drôle et branchée) Le Monde  apprécie (une comédie joyeusement mélancolique, décroissante (?) tendre et décalée). Mais que dit Télérama ? « Une des meilleures comédies de l’année !  » Quoi ? Même Télérama ? Et il n’y a pas que les critiques : le public aussi. Les dernières affiches placardées dans Paris parlent de plus de 2.500.000 entrées en deux semaines. Unanimité des critiques, bénédiction de Télérama, succès public… toutes les raisons de se méfier, donc.

Et moi ? Qu’est-ce que j’en pense, moi ?

Un scénario brouillon (ça part dans tous les sens), des situations Continuer la lecture de Le Grand Bain – Critique aisée n°141 →

Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture – Critique aisée n°140

Critique aisée 140

Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture
Fondation Cartier

Pour l’exposition « Junya Ishigami – Freeing Architecture« , c’est trop tard. La Fondation Cartier en a fermé les portes il y a deux mois déjà,  le 9 septembre dernier. Vous ne pourrez pas la voir. Dommage, vous auriez pu vous faire une opinion et me dire que je n’y avais rien compris. Mais maintenant vous allez être obligé de me croire sur écrits et sur photos.

Averti de la date de fermeture du 9, j’y suis allé d’urgence le 8 mais, malgré la proximité de la fermeture, il n’y avait encore rien de soldé, pas le moindre joli dessin, la moindre petite figurine en plastique poli, le moindre petit arbre en papier recyclé découpé. Je suis reparti bredouille. Mais avant, j’avais pu voir comment Junya Ishigami libère l’architecture.

Junya Ishigami est japonais et il a quarante-quatre ans. Il est diplômé de l’Université des Arts de Tokyo en 2000. D’après sa brève page Wikipédia,  « il travaille  aussi bien dans le design que dans l’architecture ».

À ce jour, ses réalisations architecturales Continuer la lecture de Exposition Junya Ishigami – Freeing Architecture – Critique aisée n°140 →

Schiele et Basquiat chez Vuitton – Critique aisée n°139

Critique aisée n°139

Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat chez Louis Vuitton 
Fondation Louis Vuitton – du 3/10/2018 au 14/01/2019 – Entrée 16 €

Même le soir, dans l’obscurité, le froid et le vent, le bâtiment reste magnifique. Quand on prend la queue à 17h45 avec ceux qui ont eu la sagesse de réserver leur entrée pour 18 heures, on a tout le temps de l’admirer. Oui, jusqu’à 18h15, on a largement le temps de s’extasier sur ces voiles de verre, ces courbes de lamellé-collé, ces noeuds de force métalliques. Et puis, au bout d’une demie heure, comme à un poste frontière entre la Roumanie et la Hongrie dans les années soixante, on entre dans une sorte baraque de chantier améliorée où l’on sera certifié « bon pour la visite ». Frank Gehry n’avait pas prévu le Bataclan de 2015. Pas question de lui en vouloir pour n’avoir pas inclus de local de contrôle des visiteurs dans son plan audacieux. Pas question, bien sûr, mais pourquoi, trois ans plus tard, en sommes-nous toujours à nous engouffrer épaule contre épaule dans un Algeco plus ou moins de luxe, bourré de courants d’air et de visiteurs enrhumés, pour piétiner jusqu’à un cerbère en costume Hugo Boss chargé de vous passer au peigne fin électronique. Espère-t-on la mort prochaine de tous les cinglés kamikaze pour ne pas donner dans le définitif et rester ainsi dans l’improvisation et le cafouillage ?

En ce moment, le splendide vaisseau amiral à voiles qu’est la Fondation Louis Vuitton abrite deux Continuer la lecture de Schiele et Basquiat chez Vuitton – Critique aisée n°139 →