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Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux !

Rabelais ! …
À l’école, dans les années 50, je pense qu’on l’étudiait en classe de Troisième. Est-ce qu’on l’étudie encore aujourd’hui ? J’en doute . En tout cas on n’entend plus beaucoup parler de lui. Pour que ça change, il faudrait au moins que Disney en fasse un dessin animé, mais ce n’est pas demain la veille. Personnellement, ça ne me gêne pas beaucoup, parce que Gargantua, Pantagruel et compagnie, ça ne m’a jamais vraiment passionné.
Mais aujourd’hui, quand je lis ce qui va suivre, je m’aperçois que je suis passé complètement à côté.

 » Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux, car à vous sont dédiés mes écrits,  Alcibiade, louant son précepteur Socrate, sans controverse prince des philosophes, entre autres paroles le dit être semblable aux Silènes.
Silènes  étaient
jadis petites boîtes, telles que nous voyons à présent  dans les boutiques des apothicaires, peintes au dessus de figures  joyeuses et frivoles, comme des harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants,  cerfs limoniers et autres telles peintures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire, mais au dedans, l’on conservait les fines drogues comme baumes, ambre gris, amome, musc, civette,  pierreries et autres choses précieuses.
Tel disait être Socrate, parce que le voyant au dehors et l’estimant par l’extérieure apparence, vous n’en eussiez donné un copeau d’oignon, tant laid il était de corps et ridicule en son maintien, le nez pointu, le regard d’un taureau, le visage d’un fou, simple en moeurs, rustique en vêtement, pauvre de fortune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la République, toujours riant, toujours buvant à qui mieux mieux avec un chacun, toujours se moquant, toujours dissimulant son divin savoir ; mais ouvrant cette boîte, vous eussiez au dedans trouvé une céleste et inappréciable drogue, entendement plus qu’humain, vertu merveilleuse, courage invincible, sobriété non pareille, contentement certain, assurance parfaite, déprisement incroyable de tout ce pourquoi les hommes tant veillent, courent, travaillent, naviguent et bataillent.  »
Rabelais- Gargantua

Si vous voulez entendre ce texte de Rabelais lu par un magnifique comédien, Nicolas Vaude, cliquez sur le lien ci-dessous. Et après le texte de Rabelais, vous pourrez assister à un procès mémorable, celui de Socrate !