Ne serait-ce qu’en hommage à Nathalie Baye, cette actrice qui fut souvent excellente et cette femme qui fut surement aimable, il est temps de revoir La Nuit américaine.
La Nuit américaine, c’est la chronique de la fabrication d’un film depuis le début du tournage jusqu’au moment de la séparation de l’équipe. Tourné entièrement dans les studios de la Joliette à Nice, c’est le cinéma dans le cinéma, l’envers du décor, les secrets de fabrication, les trucages, les tromperies, les incidents, les crises, tout cela vu, arrangé et présenté par François Truffaut.
Les acteurs sont excellents : magnifique et désuet Jean-Pierre Aumont (dont on se souviendra toujours de la légèreté dans Drôle de Drame), Jacqueline Bisset, star hollywoodienne dépouillée, découverte dans Bullitt, Jean-Pierre Léaud, touchant de vérité dans son rôle de mauvais acteur, Jean-Paul Stévenin, assistant de Truffaut jouant son propre personnage dans le film, et Nathalie Baye, charmante, timide et efficace script et puis Truffaut, avec cette façon de jouer à plat, qu’il a inculquée si profondément à J-P.Léaud, cet passion fiévreuse, cette conception claire du scénario et de la mise en scène.
La vidéo que je vous propose ci-dessous est constituée de cette séquence de tournage d’une scène de rue dans les décors de la Joliette. C’est une scène sans importance scénaristique, faite d’une combinaison savante de déplacements de figurants et de mouvements de caméra avec, en voix off au mégaphone, les instructions du réalisateur et, en fin de séquence, cette musique de Georges Delerue, presque une musique du XVIIIème siècle qui accompagnerait un ballet parfaitement réglé. Bien sûr, dans cette séquence, il s’agit de montrer l’un des aspects du métier de metteur en scène, la création et la direction de la chorégraphie d’un ensemble de comédiens, de figurants dans un décor artificiel encombré d’accessoires, de machines et de techniciens de manière à ce que tout ce qui sera filmé paraisse naturel. Malgré son côté artificiel, que Truffaut met d’ailleurs en évidence à dessein puisque qu’il s’agit de cinéma dans le cinéma, cette scène, que j’appellerai « de la Grand’ Place », est cinématographiquement parfaitement fluide. Elle est tout simplement magnifique et me rappelle quelques séquences comme celle de la foule sur le Boulevard du Crime dans la scène d’ouverture des Enfants du Paradis de Carné ou comme celle de la soirée au château de La Règle du jeu de Renoir.
On notera que, comme Renoir dans la Règle, Truffaut joue un rôle majeur dans la Nuit. On se rappellera d’ailleurs que pour Truffaut, Renoir, c’était tout le cinéma français et enfin que La Nuit américaine a obtenu l’Oscar du meilleur film étranger en 1974. Et maintenant, consacrez quelques cinq petites minutes à un petit morceau de chef d’œuvre.