Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins

(…) Et c’est ainsi qu’un peu honteux, j’ai pris la décision de m’accorder sous ces conditions toutes ces libertés littéraires. Avec le plaisir d’écrire que je retrouvais grâce à cette licence, je ne tardai pas à découvrir que j’avais réinventé un genre dont j’ignorais le nom jusqu’alors, l’autofiction. Ce n’était plus du mensonge, c’était un genre littéraire. Je ne mentais plus, je faisais de l’autofiction. Ça me fit d’autant plus plaisir que je réalisai que Proust n’avait pratiquement fait que ça toute sa vie.

Je l’ai dit dans le carnet précédent : l’autofiction assumée me permit de retrouver un grand plaisir d’écrire. Ça n’est pas pour autant que l’écriture de la suite de Go West ! fut facile. Je n’avais pratiquement aucune expérience dans l’analyse psychologique des motivations des gens en général et des miennes en particulier. Je me souvenais que j’avais mis pas mal de moi-même dans le troisième conte des « Trois Premières fois », « La matinée de Sainte Firmine d’Amelia », mais, si j’avais placé la scène principale dans un lieu réel dont j’avais changé le nom, l’intrigue demeurait essentiellement fictive, en tout cas beaucoup plus que celle de Go West !
Retrouver, reconstruire, ou inventer les pensées qui m’avaient agité à chaque tournant de mon histoire, qu’il soit véridique, amélioré ou inventé, fut souvent difficile, surtout au début. J’hésitais beaucoup. Puis-je écrire ça ? Vraiment ? N’est-ce pas un peu ridicule, ou mesquin, ou cliché, ou puéril, ou eau de rose, ou … Si j’écris ceci ou cela, que vont penser de moi les gens, mes lecteurs, en particulier ce qui en constitue l’essentiel, c’est à dire mes amis, ma famille ? Ceux qui ont commencé une expérience sincère d’écriture comprendront sans doute mes hésitations, car l’idée que l’on risque d’être jugé personnellement sur ce qu’on écrit est, au début en tout cas, un énorme frein à l’écriture. Mais dans Go West !, ce que je crois avoir réussi à faire, c’est lâcher les freins. Et puis je me suis dit que mes lecteurs sauraient d’eux-mêmes faire ce qu’on ne leur a pas appris au lycée : la différence entre l’auteur et le narrateur, pour ne pas dire entre l’homme et l’écrivain. Et s’ils n’étaient pas capables de le faire, eh bien, finalement, tant mieux…

À suivre (peut-être)

 

ET DEMAIN :
LE RETOUR DE JEAN -PIERRE ET GISELE

Une réflexion sur « Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins »

  1. L’autofiction, c’est à dire le vécu véritable (le réel) magnifié par l’imaginaire qui est la définition que j’en ai donné dernièrement, est un genre littéraire dans le JDC que j’apprécie d’autant plus que l’on mesure la qualité de l’imaginaire utilisé pour parler d’un réel que l’on connaît plus ou moins. C’est dans l’imaginaire que le style se révèle. Sans l’imaginaire ce qu’on lirait serait que de simples mémoires, une redaction sans grand intérêt. J’ai le souvenir d’un remarquable professeur de français (Alfred Simon) en classe de seconde qui notait et commentait nos rédactions imposées sur un thème vécut en fonction de l’hyperbolisation introduite. C’est le meilleur professeur de français que je n’ai jamais eu et pourtant je n’ai pas su profiter de ses enseignements.

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