Chapitre 2 – Antoinette Gazagnes
Première partie
Ah ! Je me disais bien que je vous avais déjà vu quelque part ! Alors comme ça, c’est vous qui aviez pris cette photo ! Vous n’avez pas trop changé, dites-donc !
…
Oh si, oh si, moi j’ai changé ! Pensez-donc, à l’époque je ne devais pas avoir cinquante ans, alors ! Aujourd’hui, j’ai passé la soixantaine, je suis une vieille femme. Mais si, mais si ! Vous, les hommes, vous ne pouvez pas savoir, vous vieillissez beaucoup moins vite. Un homme à la soixantaine, il est encore dans la force de l’âge, tandis qu’une femme au même âge, eh bien… eh bien, ce n’est plus une femme. Enfin, c’est la vie…Bon, qu’est-ce que je vous sers ? C’est pour la maison, bien sûr.
…
Un café américain ? Ah, ben non, j’ai pas ça moi. On commence tout juste à retrouver du vrai café à Paris, mais du café américain, ça non. Un petit verre de vin, peut-être ? Ça, du vin, j’en ai. J’en ai jamais manqué, même pendant l’Occupation. Écoutez, j’ai un petit Givry que je me fais livrer directement par un cousin de Chalon, je ne vous dis que ça. Alors ? Un Givry ? Allez, je vous accompagne… Ah, ben ça fait plaisir de revoir quelqu’un d’avant, je veux dire d’avant la guerre. Vous étiez tout jeune, pas vingt ans, hein ? Et étudiant aussi… je ne me rappelle plus en quoi, mais votre passion, c’était Continuer la lecture de Le Cujas (2) →