{"id":9992,"date":"2017-09-17T08:08:36","date_gmt":"2017-09-17T06:08:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=9992"},"modified":"2017-09-17T08:35:17","modified_gmt":"2017-09-17T06:35:17","slug":"petit-paysan-critique-aisee-n100","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=9992","title":{"rendered":"Petit paysan &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0100"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Petit paysan<\/strong><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Hubert Charuel &#8211; 2017<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"> <em>Swann Arlaud, Sara Giraudeau<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de voir un film, \u00ab\u00a0Petit paysan\u00a0\u00bb, et j&rsquo;ai brusquement r\u00e9alis\u00e9 que j&rsquo;avais v\u00e9cu des centaines et des centaines de week-ends \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9leveur de vaches laiti\u00e8res, un tout petit \u00e9leveur, encore plus petit que celui du film. Sans que je m&rsquo;en aper\u00e7oive, ou plut\u00f4t sans que j&rsquo;y pr\u00eate attention, pendant ces week-ends et pendant les semaines qu&rsquo;ils encadraient, mon tout petit paysan travaillait, peinait, s&rsquo;inqui\u00e9tait du temps, pourri, du prix du gas-oil, trop cher, de celui du lait, trop bas, des nouvelles normes, incompr\u00e9hensibles\u2026 En fait, mon voisin des fins de semaine s&rsquo;inqui\u00e9tait de tout. Est-ce que sa voiture allait tenir encore longtemps, est-ce qu&rsquo;il faudra vraiment remplacer le tank \u00e0 lait, est-ce que le toit de l&rsquo;\u00e9table supportera encore un hiver\u2026 ? Mais je ne le voyais pas, ou plut\u00f4t, je n&rsquo;y pr\u00eatais pas attention. Et puis, apr\u00e8s des centaines de week-ends et de semaines intercal\u00e9es, il a vendu ses vaches laiti\u00e8res et il a \u00e9lev\u00e9 quelques veaux. Il a un peu chang\u00e9 d&rsquo;inqui\u00e9tudes : est-ce que le prix de la viande va encore baisser, combien va couter la r\u00e9paration du chauffage de l&rsquo;\u00e9table\u2026 Mais toujours : est-ce que ma voiture\u2026, pourvu que le toit\u2026, s&rsquo;il se met \u00e0 faire vraiment froid\u2026. Mais je ne le voyais pas, ou plut\u00f4t, je n&rsquo;y pr\u00eatais pas attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, il a pris sa retraite. Il a v\u00e9cu enfin tranquille pendant quelques ann\u00e9es, sans trop d&rsquo;inqui\u00e9tudes. Mais je ne le voyais pas, ou plut\u00f4t, je n&rsquo;y pr\u00eatais pas attention. Et puis il est mort. Sa voiture, son toit, sa chaudi\u00e8re avaient tenu jusqu&rsquo;au bout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute sa vie de voisin, il avait \u00e9t\u00e9 aimable, discret, souriant m\u00eame. Il disait <em>bonjour, \u00e7a pousse les enfants, comment \u00e7a va dans la banque ?<\/em> car il me croyait banquier. Je disais <em>bonjour, il fait dr\u00f4lement froid, hein, vous avez voyag\u00e9 un peu pour vos vacances ?<\/em> car je croyais qu&rsquo;il en prenait. Mais nous ne nous parlions pas, nous ne nous disions rien, que des petites paroles, banales, sans poids.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0, j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 tout \u00e7a. Je me suis dit que si je l&rsquo;avais vu plus t\u00f4t, ce film, quelques centaines de week-ends plus t\u00f4t par exemple, je lui aurais pr\u00eat\u00e9 attention, \u00e0 mon voisin des fins de semaine, un peu plus peut-\u00eatre. Je lui aurais peut-\u00eatre dit des choses, il m&rsquo;aurait peut-\u00eatre r\u00e9pondu. Va savoir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, on secoue les \u00e9paules et on pense \u00e0 autre chose. Au film, par exemple. Je ne vous ai encore rien dit du film, ou si peu. Alors disons que le h\u00e9ros, Pierre, est un petit paysan, jeune, 30 ans, \u00e9leveur de vaches laiti\u00e8res, vingt-six. Il a une s\u0153ur, v\u00e9t\u00e9rinaire, des parents, retrait\u00e9s, il a repris leur ferme, des voisins, un gentil vieillard \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e9gar\u00e9, un autre \u00e9leveur, gros celui-l\u00e0, cinq-cents hectares, un patron de bistrot, chaleureux. Il y a aussi une boulang\u00e8re, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre vit avec ses vaches, par elles, pour elles. Il r\u00eave d&rsquo;elles, il en est fier, il les soigne, il les lave, il les caresse, il les trait, il ne fait jamais rien d&rsquo;autre. Mais une m\u00e9chante \u00e9pid\u00e9mie arrive de Belgique. Une de ses vaches est atteinte. Elle devrait \u00eatre abattue, et le reste du troupeau avec. Mais non, il ne veut pas. Alors\u2026Mais je ne vous dirai rien de plus. Ce n&rsquo;est pas que l&rsquo;histoire soit inattendue mais, m\u00eame pr\u00e9visible, sa progression est prenante, inexorable, comme celle d&rsquo;une trag\u00e9die antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand vous irez voir ce film \u2014 parce qu&rsquo;il le faut \u2014 ne vous attendez pas \u00e0 un documentaire d&rsquo;Arte sur la condition paysanne, avec petit matin brumeux sur p\u00e2ture luisante, tasse de caf\u00e9 et tartines silencieuses sur toile cir\u00e9e \u00e0 carreaux, dialogues renfrogn\u00e9s en contre-jour, gadoue et mis\u00e8re latente. Non, Pierre n&rsquo;est pas renfrogn\u00e9, il n&rsquo;est pas pauvre, pas vraiment en tout cas, enfin on n&rsquo;en parle pas. Il aime ce qu&rsquo;il fait, il ne fait que \u00e7a, il n&rsquo;a de temps pour rien d&rsquo;autre. M\u00eame qu&rsquo;il est peut-\u00eatre heureux. On ne sait pas vraiment. Mais Pierre ne veut pas qu&rsquo;on tue ses vaches. Alors avec obstination, avec lenteur, avec douleur, il fait ce qu&rsquo;il ne devrait pas faire\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Film noir, thriller, drame psychologique, le film est tout \u00e7a \u00e0 la fois. Il est dense. Il est tendu sur une action unique, sauver le troupeau. Il n&rsquo;y a aucune complaisance sur l&rsquo;\u00e9ventuelle beaut\u00e9 de la campagne, sur l&rsquo;hypoth\u00e9tique philosophie bucolique ou une pr\u00e9tendue amiti\u00e9 campagnarde. Mais il n&rsquo;y a pas non plus de pathos, d&rsquo;affectation, de clich\u00e9. On est toujours dans le sujet et, quand le film diverge bri\u00e8vement sur un diner au restaurant, une partie de chasse ou une nuit de bowling, c&rsquo;est pour montrer la perte de temps que ces distractions constituent dans l&rsquo;itin\u00e9raire du petit paysan et faire ainsi monter encore un peu la tension.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Swann Arlaud est tellement convainquant dans son obstination douloureuse qu&rsquo;on dirait un paysan dou\u00e9 pour le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, j&rsquo;ai un tr\u00e8s gros faible pour Sara Giraudeau. Elle m&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 emball\u00e9 dans son r\u00f4le dans la s\u00e9rie \u00ab\u00a0<em>Le bureau des l\u00e9gendes<\/em>\u00ab\u00a0. Elle est ici sensible et volontaire dans son personnage de s\u0153ur-v\u00e9t\u00e9rinaire. Et puis, elle ressemble tellement \u00e0 son p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On doit voir ce film, m\u00eame quand on n&rsquo;a pas de paysan dans ses voisins de fin de semaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petit paysan Hubert Charuel &#8211; 2017 Swann Arlaud, Sara Giraudeau Je viens de voir un film, \u00ab\u00a0Petit paysan\u00a0\u00bb, et j&rsquo;ai brusquement r\u00e9alis\u00e9 que j&rsquo;avais v\u00e9cu des centaines et des centaines de week-ends \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un \u00e9leveur de vaches laiti\u00e8res, un tout petit \u00e9leveur, encore plus petit que celui du film. 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