{"id":99,"date":"2020-05-11T07:46:01","date_gmt":"2020-05-11T05:46:01","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=99"},"modified":"2020-05-11T17:00:35","modified_gmt":"2020-05-11T15:00:35","slug":"le-regard-dorphee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=99","title":{"rendered":"Le regard d&rsquo;Orph\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #3366ff;\"><em>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une premi\u00e8re fois il y aura bient\u00f4t 7 ans, vous en souvenez-vous ? Pour moi, il est inoubliable.\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un tunnel \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9, envahi de vapeurs, empli de cris lamentables et d\u2019ombres vagabondes. Il avance, menton relev\u00e9, \u0153il ferme.<br \/>\n\u00ab C&rsquo;est comme \u00e7a, se dit-il, qu&rsquo;il faut parcourir cette foule de cr\u00e9atures, se frayer une place, \u00eatre un bloc, lourd de volont\u00e9, visible, bien aiguis\u00e9 pour rompre les paquets informes qui se pr\u00e9sentent de toute part. Ne tr\u00e9bucher sur aucun de ces reliefs improbables, ne bousculer aucun de ces d\u00e9mons grotesques, ne s\u2019attarder du regard sur aucune de ces pauvres \u00e2mes errantes, il faut filer, et ne pas jeter un \u0153il \u00e0 Eurydice. D\u2019ailleurs, comment prend-elle la chose ? Est-elle fi\u00e8re de l\u2019action de son amant, ou trop occup\u00e9e \u00e0 craindre que je la regarde ? Je suis arriv\u00e9 jusqu\u2019ici, je ne briserai pas tout par une simple faiblesse. Bien que la tentation soit grande\u2026 On ne me l\u2019a pas laiss\u00e9e voir depuis sa mort, m\u00eame pas ici ; le dieu m\u2019a dit\u00a0: \u00ab tiens voil\u00e0 Eurydice, va-t\u2019en\u00bb et dans ma main tendue en arri\u00e8re, on a mis sa main.<br \/>\nMais a-t-elle gard\u00e9 le teint rose, les yeux riants et la chevelure qui faisaient sa beaut\u00e9 avant la morsure du serpent ? Ou conserve-t-elle cette peau bleuie et le regard vitreux qu\u2019elle avait quand on l\u2019a enterr\u00e9e ? Apr\u00e8s tout je m\u2019en moque, c\u2019est bien d\u2019elle dont je suis<!--more--> amoureux, non des courbes de son visage ou de la cambrure de ses reins.<br \/>\nMais le son de sa voix ? Sera-t-il le m\u00eame ? La voix n\u2019est-elle pas le visage de l\u2019\u00e2me ? Qui sait de quel sentiment ind\u00e9l\u00e9bile une \u00e2me pass\u00e9e par la mort est marqu\u00e9e pour toujours ? Eh bien, Orph\u00e9e, es-tu donc si attach\u00e9 aux apparences, \u00e0 retrouver intact un bien que tu serais venu chercher ? Il me semble que si, de retour au village, elle \u00e9tait triste \u00e0 jamais, laide et pauvre d\u2019esprit comme un de ces fant\u00f4mes, l\u00e0 autour de nous, je la garderais avec moi et trouverais, quelque soit le peu de vie qui lui reste, suffisamment de souvenir de son charme, de sa gaiet\u00e9 et de son intelligence pour continuer \u00e0 la ch\u00e9rir. Elle ne peut parler pour le moment mais la main que je tiens est assur\u00e9ment la sienne, bien que froide, lourde et molle comme un gibier qu\u2019on porterait au c\u00f4t\u00e9. Allez, plus que quelques foul\u00e9es, je vois d\u00e9j\u00e0 une lumi\u00e8re l\u00e0-bas qui ressemble \u00e0 celle du jour. Toutes ces pens\u00e9es m\u2019occupent l\u2019esprit et je suis parvenu sans trop de peine \u00e0 avancer dans ce couloir.<br \/>\nSoudain une voix : \u00ab Orph\u00e9e, Orph\u00e9e \u00bb, sortie d\u2019outre-tombe, derri\u00e8re moi. C\u2019est elle, Eurydice, pas de doute. Le timbre est voil\u00e9, le ton est triste, mais c\u2019est elle. Ne nous retournons pas.<br \/>\n\u00ab Orph\u00e9e, tu sembles l\u2019ignorer, mais les morts entendent la pens\u00e9e des vivants. J\u2019ai per\u00e7u tous tes doutes, et tu avais raison, je ne souhaite plus revenir au monde des humains, je ne serai plus capable ni de t\u2019aimer, ni d\u2019appr\u00e9cier ma d\u00e9livrance. \u00bb<br \/>\nA peine achev\u00e9e cette plainte monotone et ponctu\u00e9e de soupirs, Orph\u00e9e se retourne interloqu\u00e9. Il baisse les yeux, regarde Eurydice. Elle n\u2019a pas chang\u00e9, pas boug\u00e9, semble parfaitement vivante, et lui rend son regard effray\u00e9. Sa bouche est close, elle n\u2019a pas dit un mot. Mais, derri\u00e8re elle, la surplombant comme un marionnettiste, une silhouette grimace et ne peut retenir un rire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8230;&#8230;<br \/>\n&#8230;..<br \/>\n&#8230;.<br \/>\n&#8230;<br \/>\n..<br \/>\n.<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/orph\u00e9e.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-101 aligncenter\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/orph\u00e9e-300x223.jpg\" alt=\"orph\u00e9e\" width=\"300\" height=\"223\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/orph\u00e9e-300x223.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/orph\u00e9e.jpg 393w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une premi\u00e8re fois il y aura bient\u00f4t 7 ans, vous en souvenez-vous ? 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