{"id":9510,"date":"2018-02-07T08:47:59","date_gmt":"2018-02-07T06:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=9510"},"modified":"2022-08-07T16:07:52","modified_gmt":"2022-08-07T14:07:52","slug":"une-journee-divan-denissovitch-critique-aisee-n99","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=9510","title":{"rendered":"Une journ\u00e9e d&rsquo;Ivan Denissovitch\u00a0&#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0116"},"content":{"rendered":"<p><em><span style=\"color: #008080;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png\" alt=\"\" width=\"40\" height=\"40\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 40px) 100vw, 40px\" \/>4 minutes<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e 116<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une journ\u00e9e d&rsquo;Ivan Denissovitch<\/strong><br \/>\n<em>Alexandre Solj\u00e9nitsyne\u00a0\u00a0\u00a0\u2013\u00a0 1962<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-10149\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/218-PREMIERS-PAS-SUR-LA-LUNE-copie-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Une journ\u00e9e d&rsquo;Ivan Denissovitch<\/em> fait partie des grands chocs litt\u00e9raires de ma vie. La liste n&rsquo;en est pas tr\u00e8s longue, une demi-douzaine de titres peut-\u00eatre : <em>Les Bienveillantes<\/em>, <em>The thin red line<\/em>, <em>Qui a peur de Virginia Woolf ?, L&rsquo;Iliade<\/em>, &#8230;. Me connaissant un peu, vous serez surpris que des chefs d&rsquo;\u0153uvre comme <em>Madame Bovary, La recherche du temps perdu, L&rsquo;Attrape-C\u0153ur<\/em> et quelques autres n&rsquo;y figurent pas. Comprenez-moi bien, quand je dis \u00ab\u00a0choc litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, j&rsquo;entends ces bouquins qui vous laissent pantois, \u00e9puis\u00e9, effar\u00e9, r\u00e9volt\u00e9. Pas les chefs d&rsquo;\u0153uvre qui vous laissent charm\u00e9, r\u00eaveur, admiratif, enthousiasm\u00e9. Pas ceux-l\u00e0, non ; mais ceux qui vous flanquent un coup de poing dans le plexus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre d&rsquo;Alexandre Solj\u00e9nitsyne a paru en URSS en 1962 pendant l&rsquo;\u00e8re Kroutchevienne. A l&rsquo;\u00e9poque, la censure l&rsquo;avait autoris\u00e9 car elle n&rsquo;y avait vu qu&rsquo;une critique de la p\u00e9riode stalinienne et non <!--more-->celle de la soci\u00e9t\u00e9 totalitaire communiste qui apparaissait derri\u00e8re. Des critiques de l&rsquo;univers communiste oppressant, il y en a eu des centaines, des milliers peut-\u00eatre. Mais combien ont atteint une telle efficacit\u00e9, combien ont atteint une telle qualit\u00e9 litt\u00e9raire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0<em>Journ\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb est un tr\u00e8s court roman qui raconte par le d\u00e9tail un moment ordinaire de la vie de Choukov (Denissovitch) dans un camp de travail sovi\u00e9tique. Cela commence \u00e0 l&rsquo;aube et se termine le soir du m\u00eame jour. Le style est oral, familier, \u00e9pur\u00e9, sans commentaire, sans lyrisme, sans pathos. Ivan vit sa journ\u00e9e sans plainte, sans r\u00e9volte. C&rsquo;est une journ\u00e9e ordinaire avec ses mauvais moments \u2014 les sorties de travail dans le froid intense \u2014 et ses bons moments \u2014 quelques instants vol\u00e9s aupr\u00e8s d&rsquo;un po\u00eale, un quignon de pain suppl\u00e9mentaire \u2014 et globalement, pour Choukov, ce sera plut\u00f4t une bonne journ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En voici les premi\u00e8res lignes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le r\u00e9veil\u00a0: \u00e0 coups de marteau contre le rail devant la baraque de l&rsquo;administration. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du carreau tartin\u00e9 de deux doigts de glace, \u00e7a tintait \u00e0 peine et s&rsquo;arr\u00eata vite\u00a0: par des froids pareils, le surveillant n&rsquo;avait pas le c\u0153ur \u00e0 carillonner.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La sonnerie s&rsquo;\u00e9tait tue. Dehors, il faisait noir, noir comme en pleine nuit, quand Choukhov \u00e9tait all\u00e9 \u00e0 la\u00a0paracha. Sauf les trois phares jaunes tapant dans la fen\u00eatre\u00a0: deux depuis l&rsquo;enceinte, et un de l&rsquo;int\u00e9rieur du camp.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Personne, comme qui dirait, n&rsquo;\u00e9tait venu d\u00e9cadenasser la porte. Et on n&rsquo;avait pas, non plus, entendu les dortoiriers enfiler leur perche dans les oreilles du jules, signe qu&rsquo;ils vont l&#8217;emporter.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Il ne dormait jamais une seconde de trop, Choukhov\u00a0: toujours debout, sit\u00f4t le r\u00e9veil sonn\u00e9, ce qui lui donnait une heure et demie de temps devant soi d&rsquo;ici au rassemblement, du temps \u00e0 soi, pas \u00e0 l&rsquo;administration, et, au camp, qui conna\u00eet la vie peut toujours profiter de ce r\u00e9pit\u00a0: pour coudre \u00e0 quelqu&rsquo;un un \u00e9tui \u00e0 mitaines dans de la vieille doublure\u00a0; pour apporter ses\u00a0valienki\u00a0\u2013 secs et au lit \u2013 \u00e0 un riche de votre brigade, histoire que le gars n&rsquo;ait pas \u00e0 tournailler nu-pieds tant qu&rsquo;il ne les a point retrouv\u00e9s dans le tas\u00a0; pour trotter d&rsquo;un magasinier \u00e0 l&rsquo;autre, voir s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;un coup de main ou de balai\u00a0; ou, encore, pour s&rsquo;en aller au r\u00e9fectoire empiler les \u00e9cuelles laiss\u00e9es sur les tables et les porter \u00e0 la plonge, ce qui vous vaudra aussi du rabiot, mais, l\u00e0, les amateurs ne manquent pas, \u00e7a d\u00e9semplit jamais et, le principal, s&rsquo;il y a un reste dans une \u00e9cuelle, vous r\u00e9sistez mal \u00e0 l&rsquo;envie de licher. Or Choukhov s&rsquo;\u00e9tait enfonc\u00e9 dans la t\u00eate la le\u00e7on de son premier brigadier Kouziomine, vieux cheval de retour (en 43, il avait d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 douze ans) qui, dans une clairi\u00e8re pr\u00e8s du feu, avait expliqu\u00e9 au renfort qui lui arrivait du front\u00a0:<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u2013\u00a0Ici, les gars, c&rsquo;est la loi de la ta\u00efga. N&#8217;emp\u00eache que, m\u00eame ici, on peut vivre. Ce qui ne fait jamais de vieux os au camp, c&rsquo;est le licheur d&rsquo;\u00e9cuelles, le pilier d&rsquo;infirmerie et celui qui va moucharder chez le Parrain.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>L\u00e0, il en rajoutait. Qui va moucharder chez le Parrain s&rsquo;en tire toujours. Avec la peau des autres.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Il restait donc couch\u00e9, Choukhov, lui toujours debout sit\u00f4t le r\u00e9veil sonn\u00e9. Depuis la veille au soir, \u00e7a n&rsquo;allait pas\u00a0: des esp\u00e8ces de frissons, ou bien de courbatures. De toute la nuit, il n&rsquo;\u00e9tait pas arriv\u00e9 \u00e0 se r\u00e9chauffer. M\u00eame qu&rsquo;il y avait eu des moments o\u00f9, au travers de son sommeil, il se sentait vraiment mal, alors qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;autres le mal avait l&rsquo;air de passer. Si seulement le matin avait pu ne pas venir\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4 minutes Critique ais\u00e9e 116 Une journ\u00e9e d&rsquo;Ivan Denissovitch Alexandre Solj\u00e9nitsyne\u00a0\u00a0\u00a0\u2013\u00a0 1962 Une journ\u00e9e d&rsquo;Ivan Denissovitch fait partie des grands chocs litt\u00e9raires de ma vie. La liste n&rsquo;en est pas tr\u00e8s longue, une demi-douzaine de titres peut-\u00eatre : Les Bienveillantes, The thin red line, Qui a peur de Virginia Woolf ?, L&rsquo;Iliade, &#8230;. 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