{"id":878,"date":"2014-03-30T03:35:08","date_gmt":"2014-03-30T01:35:08","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=878"},"modified":"2014-07-06T12:15:29","modified_gmt":"2014-07-06T10:15:29","slug":"jaime-la-chasse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=878","title":{"rendered":"J&rsquo;aime la chasse"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 la chasse. Je ne la pratique plus depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, mais je continue \u00e0 l&rsquo;aimer.<br \/>\nJ&rsquo;aime la chasse.<br \/>\nCe n&rsquo;est plus tr\u00e8s bien port\u00e9, mais je l&rsquo;affirme quand j&rsquo;en ai l&rsquo;occasion. Je ne me sens pas oblig\u00e9 de la d\u00e9fendre. Je l&rsquo;affirme, c&rsquo;est tout.<br \/>\nJ&rsquo;aime la chasse.<br \/>\nJ&rsquo;ai commenc\u00e9 tr\u00e8s jeune, avec mon p\u00e8re, en Sologne. Il chassait alors \u00e0 Viglain, pr\u00e8s de Sully sur Loire. De Viglain, je n&rsquo;ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n&rsquo;est celui de mon premier coup de fusil sur une plaque de glace appuy\u00e9e contre un arbre. C&rsquo;\u00e9tait un fusil \u00e0 chiens que mon p\u00e8re m&rsquo;avait fait \u00e9pauler et m&rsquo;aidait \u00e0 tenir en joue (est-il n\u00e9cessaire de pr\u00e9ciser qu&rsquo;un fusil \u00e0 chiens n&rsquo;est pas une arme faite pour tirer sur les chiens, mais un fusil dont les percuteurs sont ext\u00e9rieurs et se situent au-dessus de chaque canon juxtapos\u00e9?). Sous l&rsquo;effet du recul, ces deux m\u00e9chants crochets m\u00e9talliques \u00e9taient venus heurter mon nez avec une grande vigueur. Bien entendu, je m&rsquo;\u00e9tais mis aussit\u00f4t \u00e0 pleurer et \u00e0 saigner du nez.<\/p>\n<p>Je me souviens mieux de Coullons, au Sud-Ouest de Gien. Nous avons chass\u00e9 l\u00e0 des ann\u00e9es durant. Jusqu\u2019\u00e0 16 ans, je n&rsquo;\u00e9tais arm\u00e9 que d\u2019un b\u00e2ton.<br \/>\nLes dimanches de chasse \u00e9taient remplis d&rsquo;une suite de plaisantes \u00e9tapes, dont la s\u00e9rie commen\u00e7ait en fait le samedi.<br \/>\nLa pr\u00e9paration de la voiture formait la premi\u00e8re d&rsquo;entre elles. Elle \u00e9tait d&rsquo;une lenteur voulue, qui exasp\u00e9rait mon impatience. Mon p\u00e8re, probablement tout aussi excit\u00e9 que moi mais ne voulant pas me le montrer, souhaitait, pour s&rsquo;occuper, commencer les pr\u00e9paratifs le plus t\u00f4t possible, mais ne pas les terminer avant l&rsquo;heure raisonnable du d\u00e9part qui lui permettrait d&rsquo;arriver \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel du Cheval Blanc un peu avant l&rsquo;heure du diner.<br \/>\nCette \u00e9tape se d\u00e9roulait donc le Samedi \u00e0 partir de deux heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi dans la cour du bureau, sous la surveillance constante de Vercors, notre b\u00e2tard \u00e0 tendance \u00e9pagneule.<br \/>\nLa malle arri\u00e8re (on ne disait pas encore coffre) de la Peugeot, successivement 203, 403 puis 404, (s\u00e9rie de num\u00e9ros entrecoup\u00e9e de Vend\u00f4me et de FIAT), restait b\u00e9ante tout le temps de la pr\u00e9paration pour recevoir au cours de l&rsquo;apr\u00e8s-midi un ou deux \u00e9tuis \u00e0 fusils, une bo\u00eete \u00e0 cartouche, des bottes, un tabouret de battue, une couverture pour le chien. Dans le m\u00eame temps, une porti\u00e8re arri\u00e8re restait \u00e9galement ouverte pour permettre \u00e0 la banquette de recevoir un carnier, une petite valise, un chapeau, une bouteille de Calvados ou un carton de vin.<br \/>\nQuelquefois, au milieu de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, un ami ou un invit\u00e9 chasseur venait nous rejoindre, en avance sur l\u2019horaire lui aussi, tout aussi impatient que nous de partir. Il garait sa voiture dans la cour du bureau et on m\u00e9nageait de la place pour ses bagages sur la banquette arri\u00e8re de la Peugeot.<br \/>\nFinalement, nous partions vers cinq heures.<\/p>\n<p>Porte d&rsquo;Orl\u00e9ans, Fontainebleau, Montargis, Gien&#8230;Dans la voiture, mon p\u00e8re fume sans arr\u00eat. Une alternance de Favorites et de Mecarillos. Il conduit vite, avec assurance et agressivit\u00e9. S&rsquo;il est seul avec moi, il entrecoupe notre conversation de \u00ab\u00a0mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il fout, celui-l\u00e0?\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0mais il va doubler, oui ou non?\u00a0\u00bb. S&rsquo;il y a un autre passager, un ami ou client, il ne dit rien mais n&rsquo;en pense pas moins. Quand je suis seul sur la banquette, j&rsquo;aime me mettre \u00e0 genoux et regarder par la vitre arri\u00e8re les feuilles mortes qui poursuivent quelques instants notre course et finissent par abandonner pour\u00a0 se reposer sur le sol et attendre la prochaine voiture.<br \/>\nNous arrivons \u00e0 Coullons vers sept heures et demie.<\/p>\n<p>L&rsquo;H\u00f4tel du Cheval Blanc est une construction typique solognote, sans charme. Briques rouges et cr\u00e9pi cr\u00e8me. Le b\u00e2timent fait face \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. La voiture passe sous le porche et se gare dans la cour. C\u2019est la fin de la premi\u00e8re \u00e9tape.<br \/>\nEn tant qu&rsquo;habitu\u00e9s de l&rsquo;\u00e9tablissement, nous passons par l&rsquo;arri\u00e8re, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la cuisine, pour acc\u00e9der directement \u00e0 la salle de caf\u00e9. Les trois ou quatre agriculteurs \u00e0 casquette et bleu de travail qui sont attabl\u00e9s nous reconnaissent et nous saluent d&rsquo;un petit mouvement de la t\u00eate. \u00ab\u00a0Bonsoir, Messieurs\u00a0\u00bb dit mon p\u00e8re d&rsquo;une voix m\u00e2le et enjou\u00e9e, tel le comte de Sully entrant dans l&rsquo;auberge du village d\u00e9pendant de son ch\u00e2teau.<br \/>\nDu groupe de parisiens qui chassera demain, nous sommes les premiers arriv\u00e9s, mais les autres nous suivront de peu. C&rsquo;est maintenant l&rsquo;heure du pastis et, pour moi, du jus d&rsquo;ananas, puis celle de passer \u00e0 table. \u00ab\u00a0Ce soir, c&rsquo;est chou farci!\u00a0\u00bb dit la patronne. Notre table s&rsquo;exclame et la f\u00e9licite pour ce choix judicieux. A cet \u00e2ge, je d\u00e9testais le chou farci, mais je ne l&rsquo;aurais avou\u00e9 pour rien au monde. Les hommes rient et boivent, le repas tra\u00eene et je suis fatigu\u00e9. Mais j&rsquo;\u00e9coute ces conversations d&rsquo;adultes, fier d&rsquo;y \u00eatre admis. Par prudence et timidit\u00e9, je n&rsquo;interviens presque jamais.<br \/>\nVers dix heures du soir, notre chambre se lib\u00e8re. Car\u00a0 nous devons occuper la chambre du boulanger, qui dort la journ\u00e9e et travaille la nuit. Il faut donc attendre qu&rsquo;il se l\u00e8ve et que la chambre soit faite. Nous sortons les bagages et le chien de la voiture et nous nous installons dans la chambre. Je me couche et m&rsquo;endors tandis que mon p\u00e8re redescend boire un dernier verre avec ses amis.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, le r\u00e9veil est \u00e0 sept heures car nous commencerons \u00e0 chasser \u00e0 neuf heures pr\u00e9cises. Petit d\u00e9jeuner \u00e0 sept heures trente. A huit heures, les voitures quittent la place de l&rsquo;\u00e9glise. Nous n&rsquo;avons que huit kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir, mais, avant neuf heures, il faudra avoir\u00a0 salu\u00e9 tout le monde, fait des commentaires sur l&rsquo;\u00e9tat de la route depuis Paris, fini de s&rsquo;\u00e9quiper, mont\u00e9 les fusils, choisi les cartouches, caress\u00e9 les chiens, interrog\u00e9 la cuisini\u00e8re sur ses intentions pour le d\u00e9jeuner (du chou farci), flatt\u00e9 le Pr\u00e9sident, honor\u00e9 le respectueux garde-chasse d&rsquo;une parole amicale, &#8230;<br \/>\nA neuf heures moins dix, le Pr\u00e9sident, Monsieur Armengeat, immense septuag\u00e9naire empreint d&rsquo;ironie et de dignit\u00e9, dresse le programme de la journ\u00e9e et la liste des gibiers interdits. Il rappelle aussi quelques consignes de s\u00e9curit\u00e9 et la signification des diff\u00e9rentes sonneries de trompe. Enfin, il demande \u00e0 un invit\u00e9 de bien vouloir ranger son fusil \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition pour se faire pr\u00eater une arme d\u00e9cente, c&rsquo;est a dire un fusil \u00e0 deux coups.<br \/>\nNous partons enfin dans le soleil, sur le chemin en pente douce bord\u00e9 de genets qui nous m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 \u00ab\u00a0post\u00e9s\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0marchants\u00a0\u00bb vont se s\u00e9parer. A partir de l\u00e0, le silence devra r\u00e9gner dans les rangs.<\/p>\n<p>Pour cette premi\u00e8re battue, je marche. On m&rsquo;a plac\u00e9 entre le garde-chasse et le plus \u00e2g\u00e9 des rabatteurs. Nous sommes dispos\u00e9s en ligne \u00e0 la lisi\u00e8re d&rsquo;un bois. Attente, puis long coup de trompe. \u00ab\u00a0En avant !\u00a0\u00bb crie le garde. Pour moi, c&rsquo;est l&rsquo;aventure, presque la charge qui commence. Je suis pouss\u00e9 vers l&rsquo;avant par l&rsquo;enthousiasme. J&rsquo;ai l&rsquo;impression de sortir d&rsquo;une tranch\u00e9e. Je franchis le petit foss\u00e9 et je commence \u00e0 taper sur les buissons et les baliveaux sonores en faisant \u00ab\u00a0Brou, brou, allez, allez\u00a0\u00bb comme j&rsquo;ai vu faire les autres. Le garde maintien la tension en criant: \u00ab\u00a0En ligne, en ligne!\u00a0\u00bb<br \/>\nLe premier bruit froufroutant devant moi signifie l&rsquo;envol d&rsquo;un gros oiseau. Le garde donne deux petits coups de trompette et crie : \u00ab\u00a0Faisan \u00e0 la ligne!\u00a0\u00bb. La marche en avant continue et devient encore plus excitante. Deux coups de feu saluent le passage du faisan annonc\u00e9 au-dessus de la ligne. Impossible d&rsquo;ici de savoir si le chasseur a \u00e9t\u00e9 adroit. Encore quelques dizaines de m\u00e8tres et les choses s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent. Les froufrous se multiplient, accompagn\u00e9s des gloussements de terreur des oiseaux qui s&rsquo;envolent maintenant vers toutes les directions. Coups de trompettes rapides : \u00ab\u00a0Tututututututut\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Faisan \u00e0 droite! Poule \u00e0 la ligne! Perdreau, perdreau! Coq en retour! \u00a0\u00bb Les coups de fusils se succ\u00e8dent. On entend des \u00ab\u00a0A vous, \u00e0 vous!\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0Apporte, apporte!\u00a0\u00bb. Les marcheurs avancent toujours en se rapprochant de la ligne des fusils post\u00e9s. Nouveau coup de trompette prolong\u00e9: \u00ab\u00a0En l&rsquo;air et en arri\u00e8re! Tirez en l&rsquo;air et en arri\u00e8re!\u00a0\u00bb Quelques coups de feu plus tard, j&rsquo;aper\u00e7ois devant moi \u00e0\u00a0 travers les feuilles une silhouette sombre qui me fait face, fusil au creux du bras, canons vers le sol: j&rsquo;ai atteint la limite du bois et la ligne des chasseurs qui nous attendent. Derniers coups de trompettes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s: c&rsquo;est la fin de la premi\u00e8re battue. La tension retombe, le calme revient, la guerre est finie.<\/p>\n<p>Les chasseurs allument des cigarettes et se rapprochent pour discuter et se complimenter. Quelques-uns d&rsquo;entre eux cherchent au sol leur gibier tomb\u00e9 avec l&rsquo;aide des chiens et des rabatteurs. Je rejoins mon p\u00e8re, qui faisait partie des post\u00e9s. Il fume la pipe et tousse en riant avec son ami Eug\u00e8ne. Il a tu\u00e9 un perdreau et une poule faisane. \u00c7a va.<br \/>\nOn se rassemble sur le chemin pour faire le tableau: le garde aligne sur le sol les animaux tu\u00e9s par esp\u00e8ce et par genre. Cinq coqs, six poules, un perdreau rouge, huit lapins.<br \/>\nLe tableau est d\u00e9clar\u00e9 satisfaisant pour une premi\u00e8re battue, pour la saison et compte tenu du temps qu&rsquo;il fait.<\/p>\n<p>Cette journ\u00e9e de septembre passera comme \u00e7a, avec d&rsquo;autres battues, sous un soleil encore ti\u00e8de, annon\u00e7ant pour les ann\u00e9es \u00e0 venir des dizaines d&rsquo;autres journ\u00e9es semblables, dans la chaleur, dans le brouillard, dans le froid ou sous la pluie.<br \/>\nUne autre fois, je raconterai la suite de ces journ\u00e9es, le casse-cro\u00fbte de onze heures qui nous arrivait dans une brouette, les \u00e9puisantes battues de plaine, le retour vers le \u00ab\u00a0pavillon\u00a0\u00bb en milieu d&rsquo;apr\u00e8s-midi, l&rsquo;\u00e9norme d\u00e9jeuner dans la salle sombre, pleine de plaisanteries et de fum\u00e9e, le partage du gibier, les adieux et enfin le retour dans la nuit, la porte de Ch\u00e2tillon derri\u00e8re laquelle surgissait la perspective de la rentr\u00e9e du lundi matin et l&rsquo;angoisse des devoirs non termin\u00e9s.<br \/>\nDe ces journ\u00e9es, je garderai un souvenir de pl\u00e9nitude, de confiance et de reconnaissance envers\u00a0 ces hommes m\u00fbrs\u00a0 qui me laissaient faire partie de leur groupe et partager, pour la plupart avec une grande bienveillance, leur plaisir du dimanche.<br \/>\nElles me laisseront aussi pour toujours le tendre souvenir d&rsquo;un p\u00e8re aimant, joyeux et entour\u00e9 d&rsquo;amis.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/le-piat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-881\" alt=\"le piat\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/le-piat-300x214.jpg\" width=\"300\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/le-piat-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/le-piat.jpg 909w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 la chasse. 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