{"id":8221,"date":"2017-04-25T08:07:59","date_gmt":"2017-04-25T06:07:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=8221"},"modified":"2017-04-24T21:06:39","modified_gmt":"2017-04-24T19:06:39","slug":"flaubert-au-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=8221","title":{"rendered":"Flaubert au travail"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Morceau choisi<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Voici un les 5 versions de travail et la version d\u00e9finitive d&rsquo;un tr\u00e8s court extrait de Madame Bovary. Dans ce passage, Flaubert d\u00e9crit le panorama de la ville de Rouen d\u00e9couvert par Emma Bovary lorsqu&rsquo;elle se rend \u00e0 Rouen pour y rejoindre son amant L\u00e9on Dupuis.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"> L&rsquo;examen des six versions de ce qui n&rsquo;est que l&rsquo;un des paragraphes qui compose la description de ce paysage met en \u00e9vidence l&rsquo;ampleur du travail de r\u00e9\u00e9criture, de dilatation puis de condensation \u00a0auquel se livrait le grand Gustave avant de se montrer satisfait.<\/span><\/p>\n<p><strong>1<\/strong><\/p>\n<p>Toute la ville apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant en amphith\u00e9\u00e2tre, noy\u00e9e dans le brouillard\u2026 Entre deux lacs, le champ de Mars, lac blanc \u00e0 gauche, et la prairie de Bapaume \u00e0 droite, tandis que, du c\u00f4t\u00e9 de Guivelly, les maisons allaient ind\u00e9finiment jusqu\u2019au m\u00f4le, \u00e0 <em>l\u2019horizon qui remontait. <\/em>La rivi\u00e8re <em>pleine jusqu\u2019au bord. Sa courbe. <\/em>Les bateaux dessus. <em>For\u00eat de m\u00e2ts <\/em>rayant le ciel gris dans hauteur de bord, aplatis, \u00e9tant vus \u00e0 vol d\u2019oiseau et avec une <em>immobilit\u00e9 d\u2019estampe. <\/em>Les \u00eeles sans feuilles <em>comme de grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s&#8230;.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><strong>2\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p>On longeait un grand mur, et la ville enti\u00e8re apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant tout en amphith\u00e9\u00e2tre jusqu\u2019au fleuve et perdue dans le brouillard, elle semblait resserr\u00e9e <em>entre deux lacs<\/em>, le champ de Mars \u00e0 gauche qui \u00e9tait blanc, et la prairie de Bapaume \u00e0 droite, qui \u00e9tait verte, tandis qu\u2019<em>elle s\u2019\u00e9talait <\/em>(s\u2019\u00e9largissait) au-dessous et peu \u00e0 peu s\u2019\u00e9parpillait in\u00e9galement, elle se r\u00e9pandait en filets, comme de grandes rainures jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon, travers\u00e9e par une barre d\u2019un livide sombre\u00a0: la for\u00eat des sapins. <em>Ainsi vue <\/em>d\u2019en haut et presque \u00e0 vol d\u2019oiseau (d\u2019horizon), la Seine, <em>pleine jusqu\u2019au bord, arrondissant sa courbe<\/em>, semblait ne pas couler. Les <em>navires tass\u00e9s <\/em>contre les maisons avaient l\u2019air <em>aplatis sur l\u2019eau, <\/em>et leurs m\u00e2ts, comme une for\u00eat d\u2019aiguilles, per\u00e7aient le ciel gris avec une <em>immobilit\u00e9 d\u2019estampe<\/em>, <em>et les longues \u00eeles <\/em>sans feuilles semblaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 sur la rivi\u00e8re de <em>grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><strong>3<\/strong><\/p>\n<p>Enfin, <em>d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il<\/em>, la ville apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant tout en amphith\u00e9\u00e2tre et noy\u00e9e dans le brouillard, elle s\u2019\u00e9largissait au-del\u00e0 des ponts confus\u00e9ment, <em>qui allaient en s\u2019interrompant \u00e7\u00e0 et l\u00e0. <\/em>La campagne prolongeait in\u00e9galement ses constructions blanches jusqu\u2019au <em>renflement de l\u2019horizon <\/em>(jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du paysage que terminait comme une longue barre verte la for\u00eat des sapins). Ainsi vu d\u2019en haut et presque \u00e0 vol d\u2019oiseau, le paysage tout entier avait l\u2019air <em>immobile comme<\/em> <em>une peinture. <\/em>La Seine, <em>pleine jusqu\u2019aux bords arrondissait<\/em> (allongeait) <em>sa courbe <\/em>au pied des coteaux verts. Les navires du port, tass\u00e9s tous ensemble \u00e0 l\u2019ancre, aplatis sur l\u2019eau, restaient avec une <em>immobilit\u00e9 d\u2019estampe. <\/em>Les \u00eeles <em>de forme ovale <\/em>semblaient de <em>grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s<\/em>.<\/p>\n<p><strong>4<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019un seul coup d\u2019\u0153il, la ville apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant tout en amphith\u00e9\u00e2tre et noy\u00e9e dans le brouillard, <em>elle s\u2019\u00e9largissait au-del\u00e0 des ponts confus\u00e9ment\u00a0<\/em>; puis elle rayait (les prairies) <em>la pleine campagne<\/em>, avec le prolongement multipli\u00e9 de ses constructions plus blanches, qui s\u2019arr\u00eataient \u00e0 la fois in\u00e9galement \u00e9parpill\u00e9es, et ensuite, une large surface verte, que coupait comme une barre sombre la for\u00eat de sapins, montait toujours d\u2019un <em>mouvement \u00e9gal et monotone <\/em>jusqu\u2019\u00e0 toucher au loin <em>la base ind\u00e9cise du ciel p\u00e2le. <\/em>Ainsi vu d\u2019en haut <em>(et presque perpendiculairement) le paysage tout entier avait l\u2019air immobile comme une peinture. <\/em>Les navires du port, que l\u2019on e\u00fbt crus aplatis sur l\u2019eau, <em>se tassaient dans un coin<\/em>, amarr\u00e9s contre les maisons, avec <em>leurs m\u00e2ts plus serr\u00e9s <\/em>qu\u2019un <em>bataillon d\u2019aiguilles. <\/em>Le fleuve, plein jusqu\u2019au bord, s\u2019arrondissait largement au pied des coteaux, des collines vertes, et les \u00eeles de forme ovale <em>semblaient de grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><strong>5 <\/strong><\/p>\n<p>Elle longeait un mur et la ville enti\u00e8re apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant tout en amphith\u00e9\u00e2tre et noy\u00e9e dans le brouillard, elle s\u2019\u00e9largissait au-del\u00e0 des ponts, confus\u00e9ment. La pleine campagne <em>que traversait comme une ligne sombre la for\u00eat des sapins<\/em>, remontait ensuite d\u2019un mouvement monotone, jusqu\u2019\u00e0 toucher au loin la ligne ind\u00e9cise du ciel p\u00e2le. Ainsi vu <em>presque perpendiculairement<strong>, <\/strong><\/em>le paysage tout entier avait l\u2019air immobile comme une peinture\u00a0: les navires <em>ancr\u00e9s avec leurs m\u00e2ts<\/em>, <em>tassaient leurs m\u00e2ts comme une for\u00eat d\u2019aiguilles<\/em>\u00a0; le fleuve <em>plein jusqu\u2019aux bords<\/em>, <em>s\u2019arrondissait largement <\/em>au pied des collines vertes et les \u00eeles, de forme oblongue, <em>semblaient \u00eatre <\/em>sur l\u2019eau, de grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Version d\u00e9finitive<\/strong><\/p>\n<p>Puis, d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il, la ville apparaissait.<\/p>\n<p>Descendant tout en amphith\u00e9\u00e2tre et noy\u00e9e dans le brouillard, elle s\u2019\u00e9largissait au-del\u00e0 des ponts, confus\u00e9ment. La pleine campagne remontait ensuite d\u2019un mouvement monotone, jusqu\u2019\u00e0 toucher au loin la base ind\u00e9cise du ciel p\u00e2le. Ainsi vu d\u2019en haut, le paysage tout entier avait l\u2019air immobile comme une peinture\u00a0; les navires \u00e0 l\u2019ancre se tassaient dans un coin\u00a0; le fleuve arrondissait sa courbe au pied des collines vertes, et les \u00eeles, de forme oblongue, semblaient sur l\u2019eau de grands poissons noirs arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">N.B. J&rsquo;ai perdu le nom de l&rsquo;auteur qui a recueilli ces diff\u00e9rentes versions. S&rsquo;il a lu ces lignes, ce qui serait fort \u00e9tonnant mais tr\u00e8s \u00e9patant tout \u00e0 la fois, qu&rsquo;il veuille bien m&rsquo;en excuser et se signaler au Journal des Coutheillas pour que justice lui soit rendue.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Morceau choisi Voici un les 5 versions de travail et la version d\u00e9finitive d&rsquo;un tr\u00e8s court extrait de Madame Bovary. 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