{"id":821,"date":"2015-07-04T07:07:43","date_gmt":"2015-07-04T05:07:43","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=821"},"modified":"2015-07-03T11:57:32","modified_gmt":"2015-07-03T09:57:32","slug":"quest-ce-que-tas-fait-a-la-guerre-papa-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=821","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa ? (3-Les bouteillons)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Journal du sergent Daniel Coutheillas, 4 juillet 1940<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>4 juillet 1940\u00a0<\/b><br \/>\n<b>Les bouteillons<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, vilain temps. Il pleut. <b><\/b><br \/>\nSans doute par ironie, les Allemands nous font distribuer un petit savon par personne et du savon \u00e0 barbe. Jamais l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ne nous en avait donn\u00e9\u00a0! \u00c7a a beau \u00eatre\u00a0 un ersatz made in Germany, \u00e7a\u00a0 lave quand m\u00eame.<br \/>\nLe d\u00e9jeuner de midi consiste en flocons d\u2019avoine avec de la t\u00e9tine de vache, le tout tenant dans la plus petite<!--more--> de nos gamelles. Le pain ne nous est distribu\u00e9 que le soir. Les premiers jours, ce fut une boule pour neuf, puis pour huit,\u00a0 maintenant c&rsquo;est une boule pour quatre. C&rsquo;est un pain bis\u00a0assez agr\u00e9able au go\u00fbt. Il est lourd, moins cependant que celui en forme de cake qui nous \u00e9tait distribu\u00e9 au d\u00e9but.<br \/>\nLa journ\u00e9e s&rsquo;\u00e9coule : le matin, toilettes, corv\u00e9es, chacun vaque o\u00f9 il veut&#8230; le tant\u00f4t, sit\u00f4t d\u00e9jeun\u00e9, c&rsquo;est le calme. On dort, on lit, on joue aux cartes suivant son go\u00fbt jusqu&rsquo;au diner de six heures (heure fran\u00e7aise, car ici tout est \u00e0 l&rsquo;heure de l&rsquo;Europe Centrale, en avance d&rsquo;une heure sur la n\u00f4tre). J&rsquo;ai la coquetterie de conserver notre heure, mais en v\u00e9rit\u00e9, \u00e7a complique tout. C&rsquo;est donc vers sept heures que tout s&rsquo;anime, les potins, les bruits, les cancans. Nous appelons \u00e7a les bouteillons, car ce sont des ragots de \u00ab\u00a0cuisine\u00a0\u00bb. Le bon bouteillon se place discr\u00e8tement dans l&rsquo;oreille d&rsquo;un camarade. Plausible, plein de promesses, il traverse le camp comme une fl\u00e8che : d\u00e9mobilisation pour le 14 juillet; chacun commente, interpr\u00e8te: nous irons \u00e0 pied par \u00e9tapes jusqu&rsquo;\u00e0 Paris\u00a0; et voil\u00e0 qu\u2019on pr\u00e9cise la route et qu\u2019en moins de huit jours nous franchissons la distance et qu\u2019on s&rsquo;invite \u00e0 diner chez Drouant \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Wetzel, sceptique, ironise en affirmant qu\u2019en plus les Allemands donneront \u00e0 chacun un lampion et une bougie pour f\u00eater le 14 juillet! Patatras, le r\u00eave tombe. Et puis, un nouveau bouteillon tout aussi faux, tout aussi invraisemblable nous renvoie \u00e0 de nouvelles conjectures. Un peu avant neuf heures, nous regagnons nos dures places ciment\u00e9es! A neuf heures pr\u00e9cises, un clairon sonne l&rsquo;extinction des feux. C&rsquo;est un vieil Autrichien qui joue la sonnerie fran\u00e7aise avec parfois un \u00ab\u00a0bonsoir la classe\u00a0\u00bb qui fait hurler tout le camp !<br \/>\nLe sommeil nous gagne et, dans chaque lit de prisonnier, les \u00eatres chers et la vie d&rsquo;avant, peuplent les r\u00eaves&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>S\u2019\u00e9vader\u00a0? Pour quoi faire\u00a0?<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 des jours que nous sommes l\u00e0. Nous n&rsquo;avons eu le droit d&rsquo;envoyer qu&rsquo;une seule carte ! Parviendra-t-elle ? Nous n\u2019avons pas d\u2019adresse. Pourquoi ? Myst\u00e8re.<br \/>\nQue sont devenus les miens ? Je n\u2019en sais rien. Comme c&rsquo;est long.<br \/>\nJe suis l\u00e0, dans la chambr\u00e9e, assis sur un seau renvers\u00e9, et j\u2019\u00e9cris sur une caisse devant la fen\u00eatre. Sous mes yeux d\u00e9filent des prisonniers habill\u00e9s n\u2019importe comment, sans amour-propre. Je les excuse. L\u2019oisivet\u00e9, c&rsquo;est terrible.<br \/>\nNous manquons d&rsquo;eau. Une citerne en apporte. Bousculade, bidons, tintamarre.<br \/>\nJe me rase tous les deux jours. Je dors habill\u00e9. Je n&rsquo;ai plus de linge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des avions \u00e0 croix gamm\u00e9e survolent le camp. Dans deux heures, ils seront \u00e0 Paris&#8230; Si je pouvais m&rsquo;\u00e9vader? Chacun y pense, mais cela parait irr\u00e9alisable. Plus de 250 kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir en territoire occup\u00e9, sans provisions\u2026Et puis tout nous dit que bient\u00f4t nous serons libres. Espoir tenace auquel tous s&rsquo;accrochent. M\u00eame le sergent Peneau, fermier dans la Ni\u00e8vre, qui ne vit que couch\u00e9, \u00e9tendu sur sa paille, l&rsquo;\u0153il triste et doux du paysan loin de sa terre.<br \/>\nJe fais de mon mieux pour\u00a0 garder un peu de moral. Et tout \u00e0 coup, tout m&rsquo;\u00e9nerve : je ne supporte plus tous ces bavards qui parlent finance, v\u00e9lo et \u00e9conomie politique avec la m\u00eame assurance et la m\u00eame b\u00eatise. Quand cinquante bonshommes sont r\u00e9unis, que de b\u00eatises peuvent \u00eatres dites !<b> <\/b><br \/>\nUn barbu \u00e0 gueule d&rsquo;ap\u00f4tre joue les Christ avec emphase et conviction. Il est serviable pour chacun, se croit sup\u00e9rieur \u00e0 tous, au centre d&rsquo;une cour qui l&rsquo;\u00e9coute, b\u00e9ate, en guettant le r\u00e9chaud dont il est pourvu !<br \/>\nA cinq heures du matin, ce bon dieu de r\u00e9chaud se met \u00e0 siffler, souffler, p\u00e9tarader, grincer comme une locomotive essouffl\u00e9e qui entre en gare. Je me retourne sur mon ciment pour \u00e9changer avec Prunet un regard de supplici\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>A suivre<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Prochaine \u00e9dition le 5 juillet<\/i><\/b><br \/>\n<em>Sergent vaguemestre Coutheillas Daniel, <i>1er Compagnie du G\u00e9nie<\/i>, <i>S.P.241<\/i><\/em><br \/>\n<i>58\u00e8me Division d&rsquo;Infanterie<\/i><br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-743\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg\" alt=\"sergent\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><i>Daniel Coutheillas et Eug\u00e8ne Prunet, <\/i><i>mai 1940<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal du sergent Daniel Coutheillas, 4 juillet 1940 4 juillet 1940\u00a0 Les bouteillons Aujourd\u2019hui, vilain temps. Il pleut. Sans doute par ironie, les Allemands nous font distribuer un petit savon par personne et du savon \u00e0 barbe. Jamais l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ne nous en avait donn\u00e9\u00a0! \u00c7a a beau \u00eatre\u00a0 un ersatz made in Germany, \u00e7a\u00a0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=821\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa ? (3-Les bouteillons)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[188,189,226,191],"class_list":["post-821","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-188","tag-daniel-coutheillas","tag-evasion","tag-prisonnier"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/821","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=821"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/821\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=821"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=821"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=821"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}