{"id":819,"date":"2015-07-02T07:07:39","date_gmt":"2015-07-02T05:07:39","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=819"},"modified":"2015-06-26T08:58:17","modified_gmt":"2015-06-26T06:58:17","slug":"quest-ce-que-tas-fait-a-la-guerre-papa-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=819","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa? (2-La longue marche)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><i>Journal du sergent Daniel Coutheillas 2-3 juillet 1940<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La longue marche <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>2 juillet 1940<\/b><br \/>\nJe suis prisonnier, comme \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands!<br \/>\nDepuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re?<\/p>\n<p><b>3 juillet 1940<\/b><br \/>\nC\u2019est pas marrant d\u2019\u00eatre prisonnier\u00a0!<br \/>\nApr\u00e8s notre reddition d\u2019honneur (?), nos adversaires ont \u00e9t\u00e9 charmants. Je retrouvais l\u2019amabilit\u00e9 qui m\u2019avait plu quand j\u2019\u00e9tais all\u00e9 en Allemagne.<br \/>\nMais, le lendemain tout changeait. Ils ont <!--more--><\/p>\n<p>pris ma voiture, mes affaires et ne m\u2019ont laiss\u00e9 que mon portefeuille et une trousse de toilette. Une premi\u00e8re nuit dans une usine, sur le ciment, rien \u00e0 manger, rien \u00e0 boire. Au matin, d\u00e9part pour St-Mihiel en passant par Commercy. Pr\u00e8s de soixante kilom\u00e8tres sans manger, naturellement. Des mitraillettes sont braqu\u00e9es sur nous, immense colonne, milliers d\u2019hommes.<br \/>\nParfois nos gardiens, jeunes et arrogants, tirent en l\u2019air afin de faire lever les trainards. Une sale gueule de feldwebel me crie dans la figure: \u00ab\u00a0Vous avez d\u00e9clar\u00e9 la guerre. C\u2019est \u00e7a la guerre\u00a0!\u00a0\u00bb Ne rien r\u00e9pondre.<br \/>\nImpossible de dire ce voyage, aggrav\u00e9 de deux orages qui nous d\u00e9trempent. Sans couverture, sans capote, sans toile de tente.<br \/>\nJe suis mort. Je m\u2019\u00e9vanouis \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Mas me jette une couverture dessus. Nous dormons c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans l\u2019eau. Au r\u00e9veil, je claque des dents. Prunet cherche un docteur. Je me l\u00e8ve. Dumousseau et Lauriol ont construit une tente. Je m\u2019y r\u00e9fugie. Prunet est crev\u00e9, m\u00e9connaissable. Toujours rien \u00e0 manger.<br \/>\nDeux jours plus tard, d\u00e9part pour Verdun. Je traverse St-Mihiel avec Boyer, Prunet, Dumousseau etc\u2026, la bonne \u00e9quipe. Le pont a saut\u00e9. Il \u00e9tait tout neuf. Il est ratatin\u00e9 \u00e0 z\u00e9ro. On passe un par un. Des prisonniers ont des voitures \u00e0 bras. C\u2019est tout un boulot pour passer. Nous avons perdu la guerre. Les dotations en\u00a0 voitures d\u2019enfant sont nettement insuffisantes dans l\u2019infanterie.<br \/>\nLe voyage devient plus facile. 38 kilom\u00e8tres, vieux gardiens. Des gens partout sur notre passage, pleins de sollicitude, \u00e0 boire, quelque fois un bout de pain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le camp<\/b><br \/>\nJe suis maintenant \u00e0 la caserne Niel \u00e0 Verdun. Peu nourris les premiers jours. La vie s\u2019organise doucement. Je connais la faim. \u00c7a me manquait\u00a0! C\u2019est supportable quand on ne bouge pas et nous limitons nos efforts\u00a0au strict minimum! Prunet a achet\u00e9 une boule allemande 25 francs. Il la partage g\u00e9n\u00e9reusement.<br \/>\nJe couche avec lui et Dumousseau sur un m\u00eame lit de paille \u00e9tal\u00e9 sur le ciment. Nous sommes cinquante dans une pi\u00e8ce construite au maximum pour vingt. Pas d\u2019eau, pas d\u2019hygi\u00e8ne, m\u00eame \u00e9l\u00e9mentaire.<br \/>\nDans cette crasse, nous sommes environ vingt mille\u00a0! Il fait chaud, je ne souffre pas. Je ne suis m\u00eame plus inquiet sur le sort des miens. Je suis concentr\u00e9 sur moi-m\u00eame. Je m\u2019animalise\u00a0!<br \/>\nDans cette foule, le moindre espoir nait, s\u2019amplifie, circule \u00e0 toute vitesse. Il parvient aux oreilles de chacun et chacun croit \u00e0 tout.<br \/>\nEspoirs\u2026La Paix est sign\u00e9e, dit-on, lib\u00e9ration demain, dit-on\u2026<br \/>\nEspoirs qui tombent\u2026<br \/>\nEn v\u00e9rit\u00e9, nous ne savons rien\u2026Rien.<br \/>\nLes Allemands nous mentent tant et plus. Ils ne doivent rien savoir non plus. Ils sont humains. Ce sont de vieux Autrichiens, aussi press\u00e9s que nous de voir finir ce cauchemar. Derri\u00e8re eux marchent de jeunes SS, 18\u201320 ans, orgueilleux, odieux, infects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur Verdun, je vois flotter le drapeau \u00e0 croix gamm\u00e9e. J\u2019en pleure de honte.<br \/>\nPauvre pays. Triste arm\u00e9e mal \u00e9quip\u00e9e. Nos mousquetons \u00e0 un coup contre leurs mitraillettes. Nos fantassins arrivant en ligne \u00e9cras\u00e9s de fatigue apr\u00e8s des \u00e9tapes \u00e0 pied crevantes avec leur barda. Et l\u2019ennemi, arrivant en camions, \u00a0 \u00e0 peu de distance du front, l\u00e9gers, sans \u00e9quipement !<br \/>\nPauvres fantassins, tu\u00e9s \u00e0 moiti\u00e9 endormis de fatigue.<br \/>\nIgnorance totale des officiers. Inaptes \u00e0 faire la vraie guerre. Pr\u00e9occup\u00e9s de leurs privil\u00e8ges. Incapables de faire respecter une discipline indispensable. Des villes, Longwy, Toul,\u00a0 pill\u00e9es lamentablement. Hommes saouls\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nos gardiens sont humains. Ils satisfont\u00a0 nos besoins dans la mesure du possible. Nous sommes si nombreux\u00a0!<br \/>\nNotre chambr\u00e9e est surpeupl\u00e9e.<br \/>\nIl y a Mas qui travaille chaque jour pour am\u00e9liorer son ordinaire. Il nous rapporte et partage ce qu\u2019il r\u00e9colte. Charmant, calme et souriant, il n\u2019a pas chang\u00e9.<br \/>\nChazeau habite l\u00e0 \u00e9galement. Il est devenu antipathique. Sous les bombardements des derniers jours, il \u00e9tait planqu\u00e9 dans un trou, vert de peur, claquant des dents. Maintenant, il a retrouv\u00e9 sans discr\u00e9tion toute sa superbe. Il se r\u00e9v\u00e8le \u00e9go\u00efste et intransigeant.<br \/>\nPrunet couche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. C\u2019est toujours le m\u00eame bonhomme, moral truculent, franchise et verdeur d\u2019expression. Il refuse de travailler pour les Allemands. Il sommeille toute la journ\u00e9e sur notre grabat et sort parfois pour se d\u00e9gourdir.<br \/>\nDumousseau est bien. Il a fait preuve d\u2019un patriotisme ardent, d\u2019un grand sang-froid. Il a combattu \u00e0 armes in\u00e9gales. Il a tenu son poste et ramen\u00e9 ses hommes sans aucune perte. Il pleurait le soir de la reddition. Maintenant, il joue aux cartes, discute avec tous, parle savamment de tout. Il a un c\u0153ur d\u2019or et un fouillis d\u2019affaires qu\u2019il laisse trainer partout.<br \/>\nBeal use du langage imag\u00e9 d\u2019un vieux titi parisien. Il attend patiemment la fin de tout \u00e7a en usant de trucs, de ficelles et de d\u00e9brouillardises.<br \/>\nLamiral avait re\u00e7u la croix de guerre le matin de la reddition de Bicqueley. Sa valeur et son sang-froid sont remarquables. Il est dans une chambre proche. Sympathique\u00a0!<br \/>\nIl y a Boyer, in\u00e9narrable, gouailleur, gai, plein d\u2019entrain. C\u2019est un plaisir de le voir. Quel Monsieur\u00a0! Un vrai gosse, sa compagnie me plait bien que nos id\u00e9es soient diff\u00e9rentes et qu\u2019il se cantonne dans un sectarisme de syndicat qui me ferait bondir, Prunet aussi, si ce n\u2019\u00e9tait pas lui. Il a des conceptions culinaires \u00e0 lui. Vin rouge dans le bouillon. Il se r\u00e9jouit \u00e0 notre retour de captivit\u00e9 d\u2019aller faire ce m\u00e9lange chez Dumousseau et Prunet, qui hurlent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>A suivre<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Prochaine \u00e9dition le 4 juillet<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Sergent vaguemestre Coutheillas Daniel<\/i><br \/>\n<i>58\u00e8me Division d&rsquo;Infanterie, <\/i><i>1er Compagnie du G\u00e9nie, <\/i><i>S.P.241<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>\u00a0<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-743\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg\" alt=\"sergent\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><\/i><\/b><i>Daniel Coutheillas et Eug\u00e8ne Prunet, <\/i><i>mai 1940<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal du sergent Daniel Coutheillas 2-3 juillet 1940 La longue marche 2 juillet 1940 Je suis prisonnier, comme \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands! Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re? 3 juillet 1940 C\u2019est pas marrant d\u2019\u00eatre prisonnier\u00a0! Apr\u00e8s notre reddition d\u2019honneur (?), &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=819\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre, Papa? 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