{"id":806,"date":"2014-04-24T02:45:19","date_gmt":"2014-04-24T01:45:19","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=806"},"modified":"2017-11-11T09:11:16","modified_gmt":"2017-11-11T07:11:16","slug":"encore-conrad-critique-aisee-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=806","title":{"rendered":"Encore Conrad !  Critique ais\u00e9e 18"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><b>Souvenirs personnels<\/b><br \/>\n<i>Joseph Conrad<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne vais pas vous faire un cours sur\u00a0Teodor J\u00f3zef Konrad Korzeniowski (1857-1924), mieux connu sous le nom de Joseph Conrad. Il a beau \u00eatre membre permanent de la secte de mes \u00e9crivains pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, si vous ne l\u2019avez pas lu, je ne saurais pas vous expliquer pourquoi vous devriez.<br \/>\nSi vous ne l\u2019avez pas lu, et si jamais un jour vous vous d\u00e9cidez, puis-je me permettre de vous conseiller de commencer par deux nouvelles\u00a0: <i>Jeunesse, <\/i>et <i>Typhon\u00a0<\/i>? Vous pourrez alors prendre les romans, en commen\u00e7ant par <i>La Ligne d\u2019Ombre, Au C\u0153ur des T\u00e9n\u00e8bres,<\/i>et<i> Lord Jim\u00a0<\/i>? Apr\u00e8s cela, vous ferez bien ce que vous voudrez.. Et si vous ne deviez jamais lire qu\u2019un seul de ses ouvrages, pour moi, ce devrait \u00eatre<i> La Ligne d\u2019Ombre.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, gr\u00e2ce \u00e0 mes judicieux conseils, vous venez d\u2019entrer dans le club des amateurs de Conrad, ou si, plus probablement, vous en faisiez d\u00e9j\u00e0 partie, \u00a0alors, maintenant, vous pouvez lire ses \u00ab\u00a0<b>Souvenirs personnels<\/b>\u00a0\u00bb.<br \/>\nCe petit bouquin, encore jamais \u00e9dit\u00e9 en France (sauf je crois dans la Pl\u00e9iade, collection faite pour beaucoup de choses, mais pas pour \u00eatre lue) vient de sortir en \u00e9dition de poche (6,10\u20ac\u00a0!)<br \/>\nOn y trouve un \u00e9crivain qui, dans un d\u00e9sordre accueillant, y raconte des morceaux de sa jeunesse, des instants de cr\u00e9ation litt\u00e9raire, des aventures napol\u00e9oniennes de monsieur Nicholas B. son grand-oncle, son examen de passage pour devenir commandant, les raisons de son choix de l\u2019anglais comme langue d\u2019\u00e9criture (le fran\u00e7ais \u00e9tant selon lui trop cristallis\u00e9), son stage de mousse sur le bateau des pilotes du \u00a0port de Marseille, les interminables voyages du manuscrit inachev\u00e9 de son premier roman, la Folie Almayer\u2026Tout cela est dit avec le style de romancier r\u00e9aliste qui se retrouve dans toute son \u0153uvre, et auquel il ajoute, pour ses souvenirs, un ton de conteur tranquille de coin du feu et un humour surprenant qui n\u2019apparait pas vraiment dans le reste de son \u0153uvre.<br \/>\nJe reproduis ci-dessous un passage des \u00ab\u00a0Souvenirs\u00a0\u00bb dans lequel Conrad d\u00e9crit le d\u00e9part nocturne du bateau des pilotes du port de Marseille sur lequel il fait un stage de mousse. La sc\u00e8ne se passe en 1874, au pied du Fort Saint-Jean.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/P1060711.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-1177\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/P1060711-150x150.jpg\" alt=\"P1060711\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><br \/>\n<i>\u00ab\u00a0<b>Debout pr\u00e8s de la barre, il\u00a0 tire sa montre de sous sa grosse veste et penche la t\u00eate vers elle dans la lumi\u00e8re projet\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du bateau. C\u2019est l\u2019heure. Sa voix agr\u00e9able commande paisiblement, d\u2019un ton voil\u00e9\u00a0: Larguez\u00a0! Un bras soudain tendu saisi le fanal sur le quai -et, d\u2019abord mis en mouvement en h\u00e2lant une corde, puis par le jeu r\u00e9gulier de quatre rudes rameurs \u00e0 l\u2019avant, le gros bateau \u00e0 demi pont\u00e9, avec tout son \u00e9quipage, se glisse , sans un souffle, hors de l\u2019ombre noire du fort. La pleine eau de l\u2019avant-port \u00e9tincelle sous la lune comme si elle \u00e9tait parsem\u00e9e de millions de sequins, et la longue digue blanche brille comme une barre massive de pur argent. Dans un rapide grincement de poulies et un unique froissement soyeux, la voile se gonfle sous une petite brise assez fraiche pour \u00eatre descendue directement de la lune gel\u00e9e, et le bateau, apr\u00e8s le claquement des avirons rentr\u00e9s, parait s\u2019\u00eatre immobilis\u00e9, entour\u00e9 d\u2019un murmure myst\u00e9rieux si faible et irr\u00e9el qu\u2019on pourrait le prendre pour le fr\u00e9missement de puissants et clairs rayons de lune s\u2019abattant comme une ond\u00e9e sur une mer solidifi\u00e9e, lisse, sans une ombre\u00a0<\/b>\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas l\u2019humour de Conrad que vous aurez trouv\u00e9 dans cet extrait, mais la puissance \u00e9vocatrice de ses descriptions, \u00e0 la fois r\u00e9alistes et po\u00e9tiques. Si apr\u00e8s avoir lu \u00e7a, vous n\u2019avez pas envie d&#8217;embarquer avec Marius sur le Courrier de Saigon, alors\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs personnels Joseph Conrad Je ne vais pas vous faire un cours sur\u00a0Teodor J\u00f3zef Konrad Korzeniowski (1857-1924), mieux connu sous le nom de Joseph Conrad. Il a beau \u00eatre membre permanent de la secte de mes \u00e9crivains pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, si vous ne l\u2019avez pas lu, je ne saurais pas vous expliquer pourquoi vous devriez. Si vous &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=806\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Encore Conrad !  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