{"id":7991,"date":"2017-03-23T08:08:53","date_gmt":"2017-03-23T06:08:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7991"},"modified":"2022-08-17T20:23:45","modified_gmt":"2022-08-17T18:23:45","slug":"7991","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7991","title":{"rendered":"L&rsquo;hiver, des singes \u00e9gar\u00e9s&#8230; (Critique ais\u00e9e 94)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 4 minutes grand maximum<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e 94<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;hiver, des singes \u00e9gar\u00e9s\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce que je vous ai d\u00e9j\u00e0 dit que j&rsquo;aime les incipit, vous savez, ces premiers mots que l&rsquo;auteur a mis en ouverture de son roman? Ils sont importants, ces mots. Importants pour l&rsquo;auteur, car souvent, c&rsquo;est eux qu&rsquo;il a r\u00e9ellement \u00e9crits en premier, ceux qui l&rsquo;ont lanc\u00e9 dans l&rsquo;aventure, ceux qui ont imprim\u00e9 le style, le rythme qu&rsquo;il va s&rsquo;efforcer de suivre pendant des nuits et des jours pour \u00e9crire les dizaines et les dizaines de milliers de mots qu&rsquo;il veut extraire de sa t\u00eate. Mais ils sont encore plus importants pour le lecteur. L&rsquo;incipit est une porte et selon qu&rsquo;elle sera verrouill\u00e9e, et bard\u00e9e de fer, ou peinte en bleu et enlumin\u00e9e, ou entrouverte et myst\u00e9rieuse, le lecteur se sentira averti de ce qui l&rsquo;attend s&rsquo;il en franchit le seuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, le \u00ab\u00a0<em>Longtemps, je me suis couch\u00e9 de bonne heure\u00a0\u00bb <\/em>du petit Marcel ne peut \u00e0 lui tout seul annoncer l&rsquo;ampleur du plus grand roman du XX\u00e8me si\u00e8cle, mais au moins, le lecteur comprend qu&rsquo;il se lance dans un roman de l&rsquo;intime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut pas beaucoup d&rsquo;imagination pour comprendre que le \u00ab\u00a0<em>Il \u00e9tait \u00e9tendu \u00e0 plat ventre sur les aiguilles de pin, le menton sur ses bras crois\u00e9s et, tr\u00e8s haut au-dessus de sa t\u00eate, le vent soufflait sur la cime des arbres\u00a0\u00bb <\/em>du grand Ernest va vous plonger dans l&rsquo;aventure virile dans le milieu plut\u00f4t montagneux de \u00ab\u00a0<em>Pour qui sonne le glas<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>\u00ab\u00a0Marley \u00e9tait mort, pour commencer.\u00a0\u00bb <\/em>de Dickens ouvre son Conte de No\u00ebl de Dickens et on sent bien dans ces premiers mots, avec l&rsquo;aide il est vrai des deux ou trois courtes phrases qui suivent, que Marley ne va pas rester mort tr\u00e8s longtemps et qu&rsquo;on va entrer dans le fantastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus parlant reste sans doute celui de l&rsquo;\u00e9norme Gustave, le fameux <em>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait \u00e0 M\u00e9gara, faubourg de Carthage, dans les jardins d\u2019Hamilcar.\u00a0\u00bb <\/em>de Salammb\u00f4. Avec lui, le d\u00e9cor, l&rsquo;\u00e9poque, le souffle, le rythme sont plant\u00e9s, vous \u00eates pr\u00e9venus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ces incipit l\u00e0, vous les connaissiez, ne serait-ce que pour avoir lu le JdC de temps en temps. Alors, laissez-moi vous donner aujourd&rsquo;hui celui du roman le plus connu d&rsquo;un auteur, Antoine Blondin, un peu moins monumental que les quatre pr\u00e9c\u00e9dents, mais que, moi, j&rsquo;aime particuli\u00e8rement, peut-\u00eatre m\u00eame plus que Jacques Perret :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab\u00a0Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-ts\u00e9-kiang dans son lit-bateau : trois mille kilom\u00e8tres jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;estuaire, vingt-six jours de rivi\u00e8re quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d&rsquo;alcool de riz si l&rsquo;\u00e9quipage indig\u00e8ne n\u00e9gligeait de se mutiner. Autant dire qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de temps \u00e0 perdre.\u00a0\u00bb <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous ne sentez rien, l\u00e0 ? Vous ne sentez pas <!--more-->cette moiteur, cette odeur de pourriture contre laquelle on lutte \u00e0 l&rsquo;alcool de riz ? A d\u00e9faut de sable chaud, vous ne sentez pas le l\u00e9gionnaire, vous ne sentez pas l&rsquo;homme qui en a vu, presque tout ? Si, bien s\u00fbr, vous le sentez ! Mais vous sentez aussi, d\u00e8s cette premi\u00e8re phrase, dans cette premi\u00e8re phrase, l&rsquo;homme qui se la raconte, qui se fait un pass\u00e9 \u00e0 force de se raconter sa descente de fleuve dans son lit-bateau, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa femme \u00e9pici\u00e8re. La porte est entrouverte, entrez et venez gouter le g\u00e9nie d\u00e9licat et pudique de Blondin, le chantre ivre de la nostalgie des actes manqu\u00e9s, l&rsquo;\u00e9crivain de la fragilit\u00e9, le romancier de l&rsquo;inadaptation \u00e0 son \u00e9poque. Entrez, entrez derri\u00e8re cet incipit, entrez dans \u00ab\u00a0<em>Un singe en hiver<\/em>\u00a0\u00bb et dites-m&rsquo;en des nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab\u00a0Ainsi, en Chine, l&rsquo;hiver, des singes \u00e9gar\u00e9s se r\u00e9fugient dans les villes. Quand ils sont assez nombreux, on chauffe un train pour eux et on les renvoie vers leurs for\u00eats natales.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Joli, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est de nouvelles de l&rsquo;auteur, Antoine Blondin, sachez qu&rsquo;il est mort en 1991, et que, comme l&rsquo;a \u00e9crit un de ses amis, le jour de son enterrement, m\u00eame l&rsquo;\u00e9glise \u00e9tait bourr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Un singe en hiver \u2013 Antoine Blondin \u2013 1959<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 4 minutes grand maximum Critique ais\u00e9e 94 L&rsquo;hiver, des singes \u00e9gar\u00e9s\u2026 Est-ce que je vous ai d\u00e9j\u00e0 dit que j&rsquo;aime les incipit, vous savez, ces premiers mots que l&rsquo;auteur a mis en ouverture de son roman? Ils sont importants, ces mots. 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