{"id":7515,"date":"2017-03-19T08:08:32","date_gmt":"2017-03-19T06:08:32","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7515"},"modified":"2022-08-06T06:29:11","modified_gmt":"2022-08-06T04:29:11","slug":"%e2%80%8bla-derniere-lettre-de-cesar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7515","title":{"rendered":"\u200bLa derni\u00e8re lettre de C\u00e9sar"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 5 minutes <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-37705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png\" alt=\"\" width=\"28\" height=\"28\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier-150x150.png 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Sablier.png 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 28px) 100vw, 28px\" \/><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Vous avez sans doute lu\u00a0ici il y a quelques jours le magnifique texte de Plutarque racontant la mort de C\u00e9sar, assassin\u00e9 dans le Th\u00e9\u00e2tre de Pomp\u00e9e par une bande de s\u00e9nateurs le 15 mars de l&rsquo;ann\u00e9e 44 avant J.C.<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em> Voici la traduction de la tr\u00e8s surprenante lettre qui a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e dans un coffret miraculeusement intact lors du percement d&rsquo;une nouvelle galerie de m\u00e9tro sous la colline du Mont Palatin. C&rsquo;est la lettre qu&rsquo;\u00e9crivait C\u00e9sar \u00e0 son fils adoptif, Octave, celui qui deviendra bient\u00f4t Auguste, le vrai fondateur de l&rsquo;Empire Romain.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ave, Octave,<br \/>\nA toi, mon fils, salut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celle-ci est la derni\u00e8re lettre <!--more-->que tu recevras de moi car je ne t\u2019\u00e9crirai plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A lire cette annonce abrupte, tu dois te demander pourquoi, au bout de quatre ann\u00e9es, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de mettre un terme \u00e0 cette habitude que j\u2019avais prise de t\u2019\u00e9crire afin de t\u2019apprendre ce que moi-m\u00eame j\u2019ai appris au cours de ma vie.\u00a0Rassure-toi, tu ne m\u2019as ni offens\u00e9 ni d\u00e9\u00e7u, et je suis satisfait de voir que tu deviens celui que j\u2019esp\u00e9rais. Mais je ne t\u2019\u00e9crirai plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9cision de t\u2019\u00e9crire r\u00e9guli\u00e8rement, je l\u2019avais prise tout d\u2019abord par devoir, celui que je m\u2019\u00e9tais impos\u00e9 de former un adolescent en qui j\u2019avais vu une intelligence, une perspicacit\u00e9, une capacit\u00e9 de froide analyse et de brillante synth\u00e8se au service <!--more-->d\u2019une grande ambition non encore r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, qui, avec l\u2019aide de mon enseignement, lui permettraient d\u2019atteindre et d\u2019assumer les plus hautes charges de l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce devoir est vite devenu un plaisir, celui de te voir d\u00e9couvrir et comprendre les ressorts de l\u2019action humaine, puis apprendre \u00e0 les utiliser pour parvenir \u00e0 de nobles fins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, au fil de mes lettres, ce devoir est devenu aussi une n\u00e9cessit\u00e9.<br \/>\nChoisir un sujet, une p\u00e9riode, une action \u00e0 t\u2019exposer m\u2019\u00e9tait d\u00e9sormais indispensable. Par l\u2019effort de m\u00e9moire et d\u2019analyse n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9daction de ces le\u00e7ons, je d\u00e9couvrais en moi des ressources que je connaissais mal et j\u2019arrivais \u00e0 mieux comprendre les quelques \u00e9checs que j\u2019avais pu rencontrer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais je ne t\u2019\u00e9crirai plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais t\u2019en dire les raisons. \u00c9coute-moi bien, cher Octave, car je vais te parler comme jamais je n\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 personne :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux ides de d\u00e9cembre, j\u2019aurai cinquante-six \u00a0ans. Mes m\u00e9decins me disent que je suis en bonne sant\u00e9 et que, si je suis les prescriptions qu&rsquo;ils me donnent contre la fi\u00e8vre quarte, je vivrai encore de nombreuses ann\u00e9es. Sont-ils sinc\u00e8res, craignent-ils ma col\u00e8re s&rsquo;ils devaient m&rsquo;annoncer une vie plus br\u00e8ve, sont-ils seulement comp\u00e9tents ? Je n&rsquo;en sais rien. Mais que m\u2019importe ? Je ne crains pas la mort, mais seulement\u00a0 la d\u00e9ch\u00e9ance qui parfois la pr\u00e9c\u00e8de, et je saurais quoi faire si elle devait m\u2019atteindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis donc en bonne sant\u00e9. Pourtant, je suis fatigu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fatigu\u00e9 par tant d&rsquo;ann\u00e9es de man\u0153uvres politiques, de guerres ext\u00e9rieures puis de guerre civile, de difficult\u00e9s dress\u00e9es devant moi depuis si longtemps, d&rsquo;oppositions st\u00e9riles mues par des int\u00e9r\u00eats particuliers, d&rsquo;ignorance et d&rsquo;hypocrisie, de b\u00eatise et de mesquinerie, de l\u00e2chet\u00e9s, de trahisons\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tout cela, je suis fatigu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques semaines, la nuit, quand Calpurnia et moi sommes allong\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, elle me parle doucement. Elle me dit que j&rsquo;ai eu bien assez d&rsquo;aventures, de blessures, de chevauch\u00e9es, de victoires et de femmes\u00a0; que je suis couvert d&rsquo;or, de puissance et de gloire\u00a0; qu&rsquo;il est temps que je m&rsquo;arr\u00eate, que ma chance va tourner, que les augures qu&rsquo;elle consulte chaque jour sont mauvais\u00a0; qu&rsquo;elle aimerait que nous nous retirions tous les deux dans la propri\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;elle a h\u00e9rit\u00e9e de son p\u00e8re, l\u00e0-bas au Nord. Elle n&rsquo;y est pas revenue depuis son enfance, mais dans son souvenir, le domaine \u00e9tait immense et magnifique. Sur les coteaux, les vignes y \u00e9taient excellentes, et dans les vallons, la terre y \u00e9tait grasse et riche. Elle me dit que nous y serions tranquilles, loin des intrigues et des perversit\u00e9s de Rome, que je pourrais chasser, chevaucher, me promener sans fin, \u00e9tudier l&rsquo;astronomie et, pourquoi pas, diriger le domaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu sais d\u00e9j\u00e0 que je n\u2019ai jamais ressenti de passion pour Calpurnia. Au cours de mes campagnes, je l&rsquo;ai tromp\u00e9e de multiples fois et depuis que je suis de retour \u00e0 Rome, je continue de la tromper. Pourtant, j&rsquo;\u00e9prouve une profonde estime pour cette grande et noble femme et il m&rsquo;arrive m\u00eame parfois de tenir compte de ses avis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, ces nuits-l\u00e0, apr\u00e8s qu\u2019elle se soit endormie, je roulais cette id\u00e9e dans ma t\u00eate, j&rsquo;envisageais notre d\u00e9part, j&rsquo;examinais les dispositions \u00e0 prendre pour remettre la R\u00e9publique en de bonnes mains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 l&rsquo;aurore, quand je me levais pour contempler la cit\u00e9, je r\u00e9alisais que tout cela \u00e9tait impossible : Rome avait besoin de moi et si je m&rsquo;en allais maintenant, la R\u00e9publique retomberait entre des mains incapables, celles de gras patriciens, obs\u00e9d\u00e9s par l&rsquo;argent et les plaisirs ou, pire encore, celles de chevaliers de petite noblesse, arrivistes et maladroits. Moi parti, seul Pomp\u00e9e aurait \u00e9t\u00e9 capable d&rsquo;\u00e9viter le chaos, mais Pomp\u00e9e est mort. Bien s\u00fbr, il y a Marc-Antoine, ami loyal, courageux, audacieux m\u00eame. Mais je t&rsquo;ai appris \u00e0 reconnaitre les forces et faiblesses des hommes, et si tu sais que Marc-Antoine est un grand et formidable soldat, tu as d\u00fb comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;est que cela, sans finesse, sans diplomatie, sans vision. Et je sais surtout que Marc-Antoine sacrifierait n\u2019importe quoi \u00e0 un plaisir imm\u00e9diat. Il serait donc impossible de lui confier l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, vois-tu C\u00e9sar commander \u00e0 quelques centaines de paysans ? Surveiller la hauteur des bl\u00e9s ? Impossible, C\u00e9sar en mourrait de honte et d&rsquo;ennui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le bien de Rome et du\u00a0 peuple Romain, je devais rester.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ailleurs, comment tout abandonner, au seuil du pouvoir supr\u00eame, apr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 tant d&rsquo;efforts et accompli tant d&rsquo;exploits.\u00a0Avoir m\u00e9rit\u00e9 une couronne civique \u00e0 moins de vingt ans, pacifi\u00e9 l\u2019Espagne comme propr\u00e9teur quelques ann\u00e9es plus tard, avoir \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Consul \u00e0 quarante ans dans le triumvirat de Pomp\u00e9e, tout cela pour renoncer \u00e0 tout ce qui avait guid\u00e9 ma vie jusque-l\u00e0\u00a0?\u00a0 N\u2019avais-je pas soumis toute la Gaule en moins de neuf ann\u00e9es. De toutes ces terres barbares, n\u2019avais-je pas fait une seule province romaine, des Alpes aux Pyr\u00e9n\u00e9es, et des C\u00e9vennes au Rhin, payant aujourd\u2019hui un tribut annuel en millions de sesterces. N\u2019avais-je pas \u00e9t\u00e9 le premier des Romains \u00e0 franchir le Rhin, \u00e0 envahir la Bretagne\u00a0? N\u2019avais-je pas sauv\u00e9 la R\u00e9publique en chassant de Rome cette oligarchie stupide et corrompue qui avait fui dans les bagages de Pomp\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour \u00e0 Rome, parvenu enfin au pouvoir sans partage, n\u2019avais-je pas entrepris aussit\u00f4t ce pourquoi j\u2019avais tout accompli : la r\u00e9forme de la loi et le bouleversement de l\u2019administration pour assurer d\u00e9finitivement l\u2019autorit\u00e9 du pouvoir central sur l\u2019ensemble du monde Romain et permettre \u00e0 la pl\u00e8be de prosp\u00e9rer et d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la magistrature. N\u2019avais-je pas aussi entrepris d\u2019innombrables et somptueux projets d\u2019am\u00e9lioration et d\u2019embellissement de Rome et des Provinces, la construction d\u2019un nouveau forum et d\u2019un immense temple de Mars, l\u2019agrandissement de l\u2019enceinte de la Cit\u00e9, la construction d\u2019une biblioth\u00e8que, l\u2019ass\u00e8chement des marais Pontins, le percement de l\u2019isthme de Corinthe, et tant de choses encore dont je suivrai personnellement la r\u00e9alisation ?\u00a0Enfin, le S\u00e9nat ne venait-il pas de me nommer dictateur pour dix ans ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne suffirait-il pas d&rsquo;encore un peu d&rsquo;habilet\u00e9, d&rsquo;encore un peu d&rsquo;or, pour que, sur un mot de moi, devant la populace gris\u00e9e par l&rsquo;enthousiasme, Marc-Antoine me tende le diad\u00e8me qui me d\u00e9signerait empereur ? Ne serais-je alors pas assur\u00e9 de pouvoir poursuivre et achever le grand \u0153uvre de ma vie\u00a0: un empire \u00e9ternel, encore plus grand que celui d\u2019Alexandre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et j\u2019allais abandonner tout cela\u00a0? Et pour quoi\u00a0? Pour une vie de propri\u00e9taire terrien, autant dire de paysan?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par respect pour tout ce que j\u2019avais accompli, je devais rester.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, ce matin \u00e0 l&rsquo;aurore, alors que je regardais le soleil pointer derri\u00e8re le Quirinal, le souvenir d\u2019une autre aurore m&rsquo;est revenu. C&rsquo;\u00e9tait au lendemain de la bataille de Pharsale. Avec mes vingt mille soldats, j\u2019avais d\u00e9fait les cinquante mille hommes de Pomp\u00e9e. Lui-m\u00eame avait pris la fuite. Ma victoire avait \u00e9t\u00e9 si \u00e9crasante qu&rsquo;\u00e0 cet instant, je pouvais esp\u00e9rer avoir mis un terme d\u00e9finitif \u00e0 la guerre civile. Pourtant, la vision de ces files interminables de prisonniers que nous conduisions vers la mer et la contemplation de ce champ de bataille couvert d&rsquo;innombrables cadavres, tous romains, m&rsquo;ont plong\u00e9 dans une sombre r\u00e9flexion, me laissant un go\u00fbt d&rsquo;absurdit\u00e9, d&rsquo;inutilit\u00e9 et de d\u00e9couragement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors que j\u2019ai pens\u00e9 laisser l\u00e0 mes arm\u00e9es et poursuivre vers le sud, jusqu\u2019en Attique, accompagn\u00e9 seulement de quelques amis et de quelques serviteurs. J&rsquo;ach\u00e8terais un domaine. J\u2019inviterais Cic\u00e9ron \u00e0 m\u2019y rejoindre. A nous deux, nous fonderions une Acad\u00e9mie. Nous r\u00e9unirions autour de nous des savants, des philosophes, des po\u00e8tes. Nous d\u00e9ambulerions sous les portiques, nous explorerions les sciences math\u00e9matiques, nous agiterions des id\u00e9es abstraites, nous \u00e9cririons des po\u00e8mes, nous chercherions l&rsquo;origine du monde, le sens de la vie, le pourquoi de la mort. Je pourrais enfin vivre, sans comploter, sans d\u00e9jouer, sans calculer, sans tuer. Vivre, \u00e9crire, laisser dans l&rsquo;histoire une trace, plus profonde que celle d&rsquo;un conqu\u00e9rant, plus utile que celle d&rsquo;un Consul et plus juste que celle d&rsquo;un dictateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce \u00e0 quoi je pensais. Et puis, quand les trompes avaient sonn\u00e9 l&rsquo;heure du premier rassemblement des l\u00e9gions, j&rsquo;avais chass\u00e9 cette chim\u00e8re et repris ma marche \u00e0 la poursuite de Pomp\u00e9e et du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait il y a quatre ans, et ce matin, ce r\u00eave de d\u00e9part m&rsquo;est revenu, de plus en plus fort, de plus en plus r\u00e9el. Tout \u00e0 coup, je me suis rendu compte que mes mains serraient la balustrade si fort qu&rsquo;elles en devenaient blanches, que je commen\u00e7ais \u00e0 trembler et \u00e0 grincer des dents. Je sentais en moi la tension qui pr\u00e9lude \u00e0 l&rsquo;une de ces crises que je connais bien. Devinant l&rsquo;attaque, mon serviteur m&rsquo;a aussit\u00f4t apport\u00e9 cette d\u00e9coction de lait de ch\u00e8vre, de miel et de poivre que l\u2019on conserve toujours \u00e0 port\u00e9e. Mais, contrairement \u00e0 l&rsquo;habitude, au lieu de m&rsquo;apporter cet \u00e9puisement qui est le signe que la crise est d\u00e9sormais pass\u00e9e, la potion a fait na\u00eetre en moi un sentiment nouveau de calme et de pl\u00e9nitude : je savais ce que j&rsquo;allais faire. Ma d\u00e9cision \u00e9tait prise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est \u00e0 toi, \u00e0 toi seul, Octave, mon fils, que je la r\u00e9v\u00e8le \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, \u00e0 la Curie, aura lieu la s\u00e9ance des Ides de Mars, et devant les s\u00e9nateurs assembl\u00e9s, je renoncerai \u00e0 ma charge. Je leur dirai que mon but n\u2019\u00e9tait pas d\u2019obtenir le pouvoir supr\u00eame, mais d\u2019affermir la R\u00e9publique en soumettant les ennemis de Rome aux fronti\u00e8res et en ramenant la paix \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Je leur dirai que ces t\u00e2ches \u00e9tant accomplies, mon r\u00f4le \u00e9tait termin\u00e9. Ces imb\u00e9ciles seront bien s\u00fbr stup\u00e9faits, et profitant de leur surprise, je leur demanderai de confirmer sur l\u2019heure la nomination de deux Consuls \u00e0 la t\u00eate de la R\u00e9publique : Marc-Antoine et Brutus. Je leur ferai valoir que la force et le g\u00e9nie militaire de Marc-Antoine, le meilleur des g\u00e9n\u00e9raux que Rome ait jamais connu, la droiture et l\u2019intelligence de Brutus, le plus noble des fils de Rome, et l\u2019attachement indubitable de ces deux Romains \u00e0 la R\u00e9publique lui assureront la stabilit\u00e9 et la prosp\u00e9rit\u00e9. Quand ils auront entendu ma promesse de ne plus prendre aucune part aux affaires publiques et de quitter la Ville, ils accepteront, sois en certain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A pr\u00e9sent, tu connais ma d\u00e9cision, et jusqu\u2019\u00e0 demain, tu seras le seul \u00e0 la connaitre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un instant, j\u2019avais pens\u00e9 envoyer des messagers pour en informer les s\u00e9nateurs avant la s\u00e9ance de demain. Mais j\u2019ai jug\u00e9 que cette bande d\u2019incapables corrompus ne m\u00e9ritait pas cet \u00e9gard. Tu dois penser que je devrais pr\u00e9venir Marc-Antoine et Brutus. Tu as sans doute raison. J\u2019ai agit\u00e9 cette pens\u00e9e et d\u00e9cid\u00e9 de n\u2019en rien faire car mes deux amis pourraient tenter de me faire changer d\u2019avis. Or, je suis las et n\u2019ai nulle envie d\u2019entendre leurs arguments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain matin, je leur ferai cadeau du pouvoir. En \u00e9change, je n\u2019exigerai d\u2019eux que ceci\u00a0: tout d\u2019abord que, dans l\u2019ann\u00e9e qui vient, ils s\u2019engagent \u00e0 te faire nommer troisi\u00e8me consul d\u2019un nouveau triumvirat\u00a0&#8211; avec l\u2019argent que je leur laisserai \u00e0 cet effet, cela leur sera facile &#8211; ; ensuite qu\u2019ils fassent dresser au milieu du nouveau forum un modeste buste \u00e0 mon effigie avec cette inscription :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>AUX IDES DE MARS DE L\u2019ANNEE DCCIX<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em> CAIUS JULIUS CAESAR<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em> A QUITTE VOLONTAIREMENT LE POUVOIR<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0, Octave, mon fils, quelles ont \u00e9t\u00e9 mes pens\u00e9es de ces derniers jours et quelle est ce soir ma d\u00e9cision. Elle est irr\u00e9vocable. Nous nous verrons encore, demain au Forum, \u00e0 Ath\u00e8nes plus tard, mais je ne t\u2019\u00e9crirai plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vale, Octave\u00a0!\u00a0A toi mon fils, salut\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Caius Julius Caesar<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 5 minutes Vous avez sans doute lu\u00a0ici il y a quelques jours le magnifique texte de Plutarque racontant la mort de C\u00e9sar, assassin\u00e9 dans le Th\u00e9\u00e2tre de Pomp\u00e9e par une bande de s\u00e9nateurs le 15 mars de l&rsquo;ann\u00e9e 44 avant J.C. 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