{"id":7499,"date":"2017-03-12T08:08:45","date_gmt":"2017-03-12T06:08:45","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7499"},"modified":"2017-03-25T17:09:21","modified_gmt":"2017-03-25T15:09:21","slug":"incident-de-frontiere-chapitre-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7499","title":{"rendered":"Incident de fronti\u00e8re &#8211; Chapitre 13"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents :<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong> <em>Mai 1970. En ce bref temps de paix au Proche-Orient, trois Fran\u00e7ais, Jean-Pierre, Fran\u00e7oise et Christian, deux Am\u00e9ricains, Bill et John, trois Am\u00e9ricaines, Tavia, Patricia et Anne et une Australienne, Jenelle, r\u00e9unis dans deux petites voitures, viennent de passer un long weekend en Syrie. Il y a eu quelques incidents, quelques disputes, quelques d\u00e9ceptions amoureuses, mais tout est rentr\u00e9 dans l&rsquo;ordre et la vie de ces \u00e9trangers a repris \u00e0 Beyrouth. Voici la fin de l&rsquo;histoire.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Chapitre 13<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jenelle ne partit pas le lendemain. Elle n\u2019alla m\u00eame jamais \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Quinze jours plus tard, elle rentrait \u00e0 Paris avec Christian. Ils ne v\u00e9curent ensemble que quelques mois. On proposa \u00e0 Christian le poste d\u2019\u00e9conomiste pour l\u2019\u00e9tude du Plan de Transport de C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il l\u2019accepta. C\u2019\u00e9tait une grosse mission qui commen\u00e7ait, importante pour son avenir professionnel. Mais l\u2019Afrique Noire n\u2019attirait pas du tout Jenelle. Elle refusa de l\u2019accompagner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques jours avant le d\u00e9part de Christian pour Abidjan, elle quitta Paris pour Berlin o\u00f9 elle retrouva un groupe de rock n\u00e9erlandais en tourn\u00e9e. Elle fit une petite carri\u00e8re de chanteuse. Victime d\u2019un grave accident de la route en Ukraine, <!--more-->elle mourut quelques jours plus tard \u00e0 l\u2019h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral de Kiev.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son s\u00e9jour en C\u00f4te d\u2019Ivoire, Christian a enchain\u00e9 les missions un peu partout dans le monde, comme \u00e9conomiste puis comme chef de mission. Il s\u2019est mari\u00e9, a eu deux enfants. Pendant trois ans, il a v\u00e9cu \u00e0 Bethesda, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Washington, o\u00f9 il avait pris un poste de chef du service \u00e9conomique Afrique \u00e0 la Banque Mondiale. Il n\u2019y a jamais rencontr\u00e9 Patricia. Par contre, un jour qu\u2019il passait \u00e0 New York, il a cherch\u00e9 le Heaven\u2019s Kitchen. Il ne l\u2019a pas trouv\u00e9. Il vit maintenant \u00e0 Londres o\u00f9 il termine sa carri\u00e8re chez Carrington-Lewis en tant que Vice-Pr\u00e9sident pour l\u2019Europe, l\u2019Afrique et le Proche-Orient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son retour \u00e0 Washington, Patricia a trouv\u00e9 un emploi dans une galerie d\u2019art de Georgetown. Lors d\u2019un vernissage, elle retrouva une vague relation de son ancien amant. Au d\u00e9but de la semaine suivante, le m\u00e9decin de Bethesda entrait dans la galerie. Elle refusa d\u2019aller prendre un verre avec lui, mais \u00e0 la fin de la semaine, c&rsquo;est elle qui lui t\u00e9l\u00e9phonait et leur relation recommen\u00e7a tout comme avant. Dans l\u2019ann\u00e9e qui suivit,\u00a0 le m\u00e9decin divor\u00e7a de son \u00e9pouse, \u00e9pousa Patricia et mourut d\u2019une crise cardiaque dans le vestiaire de son club de golf. Avec l\u2019argent de l\u2019assurance, Patricia a ouvert une galerie d\u2019art \u00e0 Bocca Raton, en Floride. Elle y vit encore aujourd\u2019hui, seule depuis la mort de son mari. La galerie est florissante. Elle va \u00e0 New-York une fois par an, mais jamais dans le quartier de Hell\u2019s Kitchen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son d\u00e9part de Beyrouth, Bill Breed ne resta pas tr\u00e8s longtemps en Jordanie. Septembre Noir survint quelques semaines apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Amman, et l\u2019atmosph\u00e8re pacifique qui y r\u00e9gnait jusque-l\u00e0 changea du tout au tout. Bill abandonna l\u2019id\u00e9e de sa monographie sur Petra et quitta la capitale jordanienne d\u00e8s que ce fut \u00e0 nouveau possible. Il loua une petite ferme en Cr\u00eate, o\u00f9 il se retira pendant un an pour \u00e9crire le cycle de conf\u00e9rences que lui avait command\u00e9 l\u2019Universit\u00e9 de Chicago. R\u00e9guli\u00e8rement, il quittait la Cr\u00e8te pour quelques jours pour se rendre \u00e0 Ath\u00e8nes ou \u00e0 Rome pour ses recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il finit par retourner \u00e0 Chicago pour y pr\u00e9senter son travail. Il satisfit grandement le doyen qui lui attribua la chaire d\u2019Histoire Antique. Au bout d\u2019un an, il s\u2019ennuyait ferme. Il donna sa d\u00e9mission pour se retirer dans un mobile-home au sud de Carmel. Inspir\u00e9 par le \u00ab\u00a0Moi, Claude, Empereur\u00a0\u00bb de Robert Graves, il se mit \u00e0 \u00e9crire fr\u00e9n\u00e9tiquement une fresque historique qui traversait les \u00e2ges et les r\u00e9gions de la M\u00e9diterran\u00e9e, vue par les yeux d\u2019une famille dont les membres passaient en quelques g\u00e9n\u00e9rations du statut d\u2019esclave \u00e0 celui de s\u00e9nateur romain puis de nouveau au statut d\u2019esclave. Le roman eut un succ\u00e8s consid\u00e9rable, ce qui lui permis d\u2019acheter la magnifique propri\u00e9t\u00e9 que les h\u00e9ritiers d\u2019une star d\u2019Hollywood venait de mettre en vente \u00e0 Carmel. Il mourut d\u2019une crise cardiaque le 11 septembre 2001 dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel de New York d\u2019o\u00f9 il\u00a0observait fascin\u00e9 l\u2019effondrement de la tour Sud du World Trade Center.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">John n\u2019a pas \u00e9pous\u00e9 Tavia. Leur mariage \u00e9tait pourtant organis\u00e9 avec b\u00e9n\u00e9diction dans la chapelle \u0153cum\u00e9nique de l\u2019ambassade des Etats-Unis et r\u00e9ception au Ph\u0153nicia. Ils devaient m\u00eame partir d\u00e8s le lendemain pour un court voyage de noces \u00e0 Chypre et se rendre ensuite directement \u00e0 Djeddah o\u00f9 John devait enfin prendre son poste. Mais, le matin du mariage, Tavia n\u2019\u00e9tait pas venue \u00e0 l\u2019ambassade. Elle ne s\u2019\u00e9tait pas montr\u00e9e non plus au \u00a0Ph\u0153nicia. Sans laisser aucune explication derri\u00e8re elle, elle avait pris l\u2019avion pour Chypre. Elle vit maintenant en Australie o\u00f9 elle est responsable de la communication pour Greenpeace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">John n\u2019a jamais vraiment compris pourquoi Tavia l\u2019avait quitt\u00e9, mais il a fini par se fabriquer des explications\u00a0: tout \u00e9tait de sa faute \u00e0 lui\u00a0; elle \u00e9tait trop bien pour lui, il n\u2019\u00e9tait pas assez intellectuel, pas assez conscient des probl\u00e8mes du monde, trop am\u00e9ricain de base, trop \u00ab\u00a0banquier\u00a0\u00bb. Alors, \u00e0 Djeddah, il a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019endurcir, il s\u2019est mis \u00e0 travailler comme un fou, \u00e0 apprendre l\u2019Arabe et la haute finance, \u00e0 faire des rapports, des notes et des suggestions \u00e0 la Direction G\u00e9n\u00e9rale. Celle-ci a fini par le remarquer. Au bout de deux ans, il \u00e9tait nomm\u00e9 \u00e0 Istanbul, puis, deux ans plus tard, \u00e0 Paris. L\u00e0, il a \u00e9pous\u00e9 Genevi\u00e8ve, une parisienne, dont il a eu deux enfants. Quand, six ans plus tard,\u00a0il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 Atlanta, Genevi\u00e8ve a demand\u00e9 le divorce pour cruaut\u00e9 mentale. Elle est repartie \u00e0 Paris avec ses deux enfants et une jolie pension. John est rest\u00e9 \u00e0 Atlanta o\u00f9 il a pris sa retraite. Il joue au golf et s\u2019initie au pilotage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Pierre a soixante-seize ans. Il est veuf depuis douze ans et retrait\u00e9 depuis dix. Apr\u00e8s plusieurs missions en Afrique, il avait pris un poste permanent de directeur \u00e0 Tunis pour une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de Travaux Publics. Il a d\u00fb rentrer en France en 1994 pour faire soigner sa femme. Il a travaill\u00e9 trois ans chez Colas puis un an chez Eiffage qui l\u2019a licenci\u00e9. Sa femme est morte du cancer qui la tenait depuis six ans alors qu\u2019il \u00e9tait au ch\u00f4mage. Il est maintenant \u00e0 la retraite. Il vit \u00e0 Fontenay-aux Roses. L\u2019un de ses enfants habite P\u00e9rigueux et l\u2019autre, les environs de Grenoble. Il les voit une fois par an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anne Bronsky est heureuse. Depuis vingt ans, elle vit \u00e0 San Francisco, dans le haut de Castro Street. Elle aime cette ville et ce quartier o\u00f9 elle peut assumer en toute libert\u00e9 son penchant homosexuel. Depuis cinq ans, elle vit avec une jeune femme de quelques ann\u00e9es plus jeune qu\u2019elle. Parfois, quand elle la regarde dans le contre-jour de la fen\u00eatre, elle trouve que sa compagne ressemble \u00e0 Patricia, une fille qu\u2019elle a connue autrefois. Elle travaille \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville en tant que d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la Culture. En ce moment elle est compl\u00e8tement accapar\u00e9e par le projet d\u2019agrandissement du Mus\u00e9e d\u2019Art Moderne. L\u2019autre jour, dans le cadre d\u2019une mission officielle, elle s\u2019est rendue \u00e0 Manhattan pour y rencontrer les administrateurs du MoMa de New York. Apr\u00e8s une r\u00e9union moins longue que pr\u00e9vue, avant de retourner \u00e0 son h\u00f4tel, elle a pris un taxi et s\u2019est fait d\u00e9poser \u00e0 la gare routi\u00e8re de la 42\u00e8me\u00a0rue. Elle a demand\u00e9 o\u00f9 \u00e9tait Hell\u2019s Kitchen. Un vendeur de rue lui a dit en riant qu\u2019elle \u00e9tait juste devant sa porte. Comme elle ne comprenait pas, il insista\u00a0: \u00ab\u00a0sa porte\u00a0! la porte de la cuisine de l\u2019enfer\u00a0! \u00a0c\u2019est ici\u00a0!\u00a0\u00bb Alors elle lui a demand\u00e9 s\u2019il connaissait le Heaven\u2019s Kitchen. En montrant les hot-dogs et les sandwiches \u00e9tal\u00e9s sur sa carriole, avec un sourire \u00e9clatant, il lui a dit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-La Cuisine du Paradis\u00a0? Mais vous y \u00eates, Milady\u00a0! C\u2019est ici\u00a0! Vous ne voyez pas\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Non, je parle d\u2019un restaurant syrien, le Heaven\u2019s Kitchen\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vendeur ne voyait pas mais, serviable, il est all\u00e9 voir son concurrent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du carrefour en disant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Attendez une minute, Milady, je vais voir. Mais, s\u2019il vous plait, gardez un \u0153il sur ma boutique. C\u2019est New-York, ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est revenu en zigzagant entre les voitures. Effectivement, il y avait eu ici, enfin, un peu plus bas dans la 9\u00e8me, un restaurant arabe. Mais il avait ferm\u00e9 il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oh\u00a0! Je vois, dit Anne tristement. Je vous remercie, vous avez \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ah, mais je n\u2019ai pas fini, Milady. Le restaurant a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 plus bas vers Chelsea, toujours sur la 9\u00e8me. Il a chang\u00e9 de nom\u00a0; maintenant, il s\u2019appelle \u00ab\u00a0La Rose de Damas\u00a0\u00bb. Vous prenez la 42\u00e8me en face, et puis \u00e0 gauche dans la 9\u00e8me avenue et vous tomberez dessus. Bonne chance, Milady. Mais, vous savez, ajouta-t-il en riant, la cuisine arabe, \u00e7a ne vaudra jamais un bon hot-dog de chez nous\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu\u2019elle arriva devant la Rose de Damas, le soleil commen\u00e7ait \u00e0 descendre. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue, la fa\u00e7ade du restaurant \u00e9tait dans l\u2019ombre. Le soleil couchant l\u2019\u00e9blouissait, mais elle pouvait quand m\u00eame voir l\u2019enseigne en arabe avec, au-dessus, un grand drapeau syrien qui pendait dans l\u2019air immobile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">FIN<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Voil\u00e0, c&rsquo;est tout. Mon histoire est finie, mais c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle une fin ouverte. Est-ce que le restaurant Heaven&rsquo;s kitchen est bien devenu la Rose de Damas ? Et si oui, est-ce que le gentil lieutenant a bien \u00e9migr\u00e9 aux USA ? Et si oui, est-il bien devenu l&rsquo;associ\u00e9 de son cousin ? \u2026Cette fin ne vous le dit pas mais, selon votre nature ou votre humeur, vous pourrez imaginer tout ce que vous voudrez.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Je vais vous proposer maintenant une fin alternative et j&rsquo;aimerais bien que vous me fassiez savoir quelle est celle que vous pr\u00e9f\u00e9rez. <\/em><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Et si vous \u00eates en forme, vous pourriez aussi me sugg\u00e9rer le pitch d&rsquo;autres fins possibles, des fins dramatiques, parodiques, paroxistiques, optimistes, futuristes, post-apocalyptiques, philosophiques, ironiques, des fins en Cin\u00e9mascope, des fins en noir et blanc ou en Technicolor, des fins en version originale sous-titr\u00e9es, des fins d&rsquo;art et d&rsquo;essai, des fins musicales, ou noires, ou polici\u00e8res, ou western, ou \u00e0 l&rsquo;eau de rose, ou m\u00eame muettes, enfin, des fins, quoi ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>En attendant, voici ma deuxi\u00e8me fin :<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu\u2019elle arriva devant la Rose de Damas, le soleil commen\u00e7ait \u00e0 descendre. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue, la fa\u00e7ade du restaurant \u00e9tait dans l\u2019ombre. Le soleil couchant l\u2019\u00e9blouissait, mais elle pouvait quand m\u00eame deviner l\u2019enseigne en arabe. Juste au-dessus de la porte traditionnelle arabique ouverte \u00e0 deux battants, un grand drapeau syrien pendait dans l\u2019air immobile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anne\u00a0traversa l\u2019avenue, passa la porte et p\u00e9n\u00e9tra dans la p\u00e9nombre de la salle avec h\u00e9sitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Hello ? Il y a quelqu\u2019un ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019endroit semblait d\u00e9sert. Elle continua d\u2019avancer lentement, longeant le bar et ses rayonnages remplis de bouteilles d\u2019alcools et d\u2019un bric \u00e0 brac de coupes et de fanions de clubs sportifs. De temps en temps, elle r\u00e9p\u00e9tait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Hello ? Il y a quelqu\u2019un ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tables \u00e9taient impeccablement dress\u00e9es pour le prochain repas. Le grand mur du fond \u00e9tait enti\u00e8rement couvert d\u2019une fresque g\u00e9ante qui repr\u00e9sentait, rassembl\u00e9es et comme tass\u00e9es les unes sur les autres, sans r\u00e9el souci d\u2019\u00e9chelle ni de r\u00e9alisme, toutes les richesses touristiques de la Syrie. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des colonnades de Palmyre, le Krak des Chevaliers surplombait les norias de Hama qui irriguaient d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les jardins de la mosqu\u00e9e des Omeyaddes et de l&rsquo;autre les souks d&rsquo;Alep. Anne resta quelques secondes \u00e0 contempler la fresque. L\u2019artiste avait na\u00efvement int\u00e9gr\u00e9 dans son \u0153uvre deux portes, dont l\u2019une, partiellement vitr\u00e9e, donnait sur la cuisine. Anne jeta un coup d\u2019\u0153il par l\u2019imposte. Au fond de la pi\u00e8ce, au milieu de marmites fumantes, un homme lui tournait le dos. Arm\u00e9 d\u2019un fin et long couteau, il \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9couper un poulet sanguinolent. Elle n\u2019osa pas le d\u00e9ranger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre porte devait mener au bureau. Anne h\u00e9sita un instant puis frappa doucement, une fois, deux fois. Elle h\u00e9sita encore puis poussa la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Hello ? Il y a quelqu\u2019un ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pi\u00e8ce \u00e9tait vide. Un simple bureau, sans fen\u00eatre, avec une lampe allum\u00e9e pos\u00e9e sur une grande table recouverte de papiers : lettres, factures, catalogues\u2026 Elle avan\u00e7a vers la table et se mit \u00e0 regarder les courriers et les factures, mais elle n&rsquo;y trouva pas ce qu&rsquo;elle esp\u00e9rait : le nom du gentil lieutenant d&rsquo;autrefois. Dans un coin de la pi\u00e8ce, l\u2019air conditionn\u00e9 soufflait fort et il r\u00e9gnait dans le bureau une atmosph\u00e8re humide et froide qui la fit frissonner. Subitement, elle r\u00e9alisa que si quelqu&rsquo;un entrait maintenant, la situation pourrait \u00eatre embarrassante et elle prit peur. Anne\u00a0sortit du bureau, traversa en h\u00e2te la salle de restaurant, longea le bar presque en courant, pour se retrouver le c\u0153ur battant dans la chaleur de la rue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eut-elle \u00e9t\u00e9 moins press\u00e9e, eut-elle tourn\u00e9 la t\u00eate vers le comptoir, peut-\u00eatre aurait-elle vu, parmi les bouteilles d&rsquo;ap\u00e9ritifs, \u00e0 demi cach\u00e9s par le fanion d&rsquo;un obscur club de basketball d&rsquo;Hoboken, deux petits appareils photos Instamatic, d\u00e9mod\u00e9s et poussi\u00e9reux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>FIN<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents : Mai 1970. En ce bref temps de paix au Proche-Orient, trois Fran\u00e7ais, Jean-Pierre, Fran\u00e7oise et Christian, deux Am\u00e9ricains, Bill et John, trois Am\u00e9ricaines, Tavia, Patricia et Anne et une Australienne, Jenelle, r\u00e9unis dans deux petites voitures, viennent de passer un long weekend en Syrie. Il y a eu quelques incidents, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7499\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Incident de fronti\u00e8re &#8211; Chapitre 13<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":true,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-7499","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7499","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7499"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7499\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7499"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7499"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7499"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}