{"id":7475,"date":"2017-01-01T08:08:08","date_gmt":"2017-01-01T06:08:08","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7475"},"modified":"2017-03-12T19:10:34","modified_gmt":"2017-03-12T17:10:34","slug":"incident-de-frontiere-chapitre-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7475","title":{"rendered":"Incident de fronti\u00e8re &#8211; Chapitre 3"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Si vous avez rat\u00e9 les deux premiers chapitres, \u00a0cliquez dessus :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7471\">Chapitre 1<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7473\">Chapitre 2<\/a><br \/>\nSinon, vous pouvez lire le\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents :<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong> <em>Mai 1970. En ce bref temps de paix au Proche-Orient, trois Fran\u00e7ais, deux Am\u00e9ricains, trois Am\u00e9ricaines et une Australienne sont partis de Beyrouth vers Alep. Apr\u00e8s une nuit tranquille pass\u00e9e \u00e0 Damas, ils ont repris la route et sont arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Le Baron d&rsquo;Alep en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Nous les retrouvons le lendemain matin au petit-d\u00e9jeuner.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Chapitre 3<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, les souks n&rsquo;ouvrant pas avant dix heures du matin, ils firent la grasse matin\u00e9e et descendirent en d\u00e9sordre pour le petit d\u00e9jeuner. Ils le trouv\u00e8rent tout pr\u00e9par\u00e9 sur la terrasse : caf\u00e9 oriental, caf\u00e9 am\u00e9ricain, th\u00e9 \u00e0 la menthe, pain pita, cornes de gazelles, p\u00e2tisseries aux amandes, confitures d&rsquo;orange, tomates, fromages, limonade, le Baron avait su garder ses traditions d&rsquo;h\u00f4tel international malgr\u00e9 la raret\u00e9 des touristes depuis la guerre des Six Jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant qu&rsquo;ils d\u00e9jeunaient, des jeunes gens se regroupaient devant la terrasse de l&rsquo;h\u00f4tel. Par petits groupes, ils arrivaient mont\u00e9s \u00e0 deux ou trois sur des bicyclettes et des v\u00e9lomoteurs. Ils commen\u00e7aient par d\u00e9crire des cercles au milieu de l&rsquo;avenue en s&rsquo;interpellant. Certains s&rsquo;arr\u00eataient pr\u00e8s des deux petites Peugeot blanches et en examinaient l&rsquo;int\u00e9rieur. Ils furent bient\u00f4t une douzaine d&rsquo;adolescents \u00e0 fl\u00e2ner devant la terrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bill s&rsquo;inqui\u00e9tait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Il faudrait surveiller les voitures ; on dirait qu&rsquo;ils cherchent quelque chose \u00e0 voler.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Pierre le rassura :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ils ne sont pas l\u00e0 pour \u00e7a. En Syrie, il n&rsquo;y a pratiquement pas de voleurs. Non, tout ce qu&rsquo;ils veulent, c&rsquo;est regarder les filles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, les jeunes gens jetaient r\u00e9guli\u00e8rement des coups d&rsquo;\u0153il furtifs vers la terrasse. Un peu plus tard, ils \u00e9taient tout bonnement plant\u00e9s devant l&rsquo;h\u00f4tel \u00e0 contempler sans vergogne les cinq jeunes femmes qui finissaient leur petit d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de quelques minutes, elles s\u2019habitu\u00e8rent \u00e0 cet hommage effront\u00e9 et personne ne pr\u00eata plus attention \u00e0 leurs admirateurs. La petite troupe partie \u00e0 pied vers Al Madina, \u00e9trange procession d\u2019\u00e9trangers suivis par une douzaine d\u2019adolescents affectant l\u2019indiff\u00e9rence. Arriv\u00e9s \u00e0 la porte du souk, ils d\u00e9cid\u00e8rent de se s\u00e9parer et se donn\u00e8rent rendez-vous pour la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi au Baron. Tout naturellement le groupe Breed-Ponti-Jenelle se reforma et s\u2019enfon\u00e7a vers l\u2019Est dans une sombre ruelle. Les autres s\u2019engag\u00e8rent dans la rue principale qui descendait vers le Sud. Au bout de quelques minutes, gr\u00e2ce \u00e0 une habile man\u0153uvre qu\u2019il pr\u00e9parait depuis le matin, Christian r\u00e9ussit \u00e0 isoler Patricia du reste du groupe. Il avait aper\u00e7u dans une \u00e9troite ruelle lat\u00e9rale un alignement d\u2019\u00e9tals de marchands d\u2019\u00e9pices. \u00a0Il prit alors Patricia par la main et l\u2019attira vers la ruelle en lui disant dans un souffle : \u00ab Viens ! \u00bb La chose dut paraitre romantique \u00e0 la jeune am\u00e9ricaine. Elle se laissa faire et suivit Christian en silence. Le spectacle en valait la peine. La ruelle \u00e9tait juste assez large pour que deux hommes puissent s\u2019y croiser sans se g\u00eaner. Le sol pav\u00e9 de dalles noires et luisantes comportait un caniveau central \u00e0 peine marqu\u00e9. Sur les c\u00f4t\u00e9s, les deux murs de pierres taill\u00e9es se rejoignaient vers le haut pour former une voute en plein cintre d\u2019\u00e0 peine plus de deux m\u00e8tres de hauteur. A intervalles r\u00e9guliers, le sommet de la voute \u00e9tait perc\u00e9 d\u2019une tr\u00e9mie carr\u00e9e de moins d\u2019un demi- m\u00e8tre de c\u00f4t\u00e9. Chaque ouverture, prot\u00e9g\u00e9e par des barreaux de fer torsad\u00e9, laissait passer des pinceaux de lumi\u00e8re dans les quels montaient des volutes de poussi\u00e8re. Dans la p\u00e9nombre \u00e0 peine att\u00e9nu\u00e9e par des lampes temp\u00eate accroch\u00e9es ici et l\u00e0, les rayons du soleil \u00e9clairaient les \u00e9tals des marchands, faisant \u00e9clater les jaunes, les rouges, les verts les bruns et les noirs des \u00e9pices. Devant chaque \u00e9tal, une ou deux silhouettes en burnous gris ou marron, capuche rejet\u00e9e en arri\u00e8re, s\u2019occupait \u00e0 peser ou \u00e0 r\u00e9arranger les sacs de jute \u00e0 moiti\u00e9 ouverts. Les odeurs de poussi\u00e8re s\u00e8che et d\u2019\u00e9pices surchauff\u00e9s se superposaient dans la chaleur. Tir\u00e9 par un enfant en guenilles, un \u00e2ne charg\u00e9 de lourdes caisses de bois se frayait un chemin au milieu des clients dans le faible espace qui restait entre le mur et les \u00e9tals. Retenu en arri\u00e8re par son chargement qui s\u2019\u00e9tait pris dans un obstacle invisible, l\u2019\u00e2ne s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 braire d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Plant\u00e9s au milieu du passage, les bras ballants, anachroniques dans leurs v\u00eatements l\u00e9gers, les deux \u00e9trangers restaient silencieux. Le moyen-\u00e2ge leur sautait aux yeux, au nez et aux oreilles. Ils rest\u00e8rent un moment sans parler \u00e0 contempler le spectacle. Et puis la main de Patricia vint effleurer celle de Christian. Etait-ce la splendeur du spectacle ou la fraicheur de la peau, Christian sentit la chair de poule na\u00eetre sur ses avant-bras. Il prit la main presque offerte. Ils s\u2019enfonc\u00e8rent plus avant dans la ruelle. Pass\u00e9 un virage \u00e0 angle droit, il n&rsquo;y avait plus un seul marchand, plus un seul passant. La ruelle \u00e9tait d\u00e9serte. Elle filait tout droit vers la lumi\u00e8re de l&rsquo;all\u00e9e centrale du souk. Christian marchait devant dans la p\u00e9nombre, entra\u00eenant doucement Patricia derri\u00e8re lui. Le c\u0153ur battant, il s&rsquo;arr\u00eata et se retourna vers la jeune femme. Sans l\u00e2cher sa main, il passa son bras autour de sa taille &#8211; <em>mon dieu, qu&rsquo;elle \u00e9tait mince\u00a0! <\/em>Si Patricia ne r\u00e9sistait pas, elle ne faisait non plus aucun mouvement vers lui. Sa main libre pendait le long de son corps. Elle le regardait, attentive, comme si elle se demandait ce qu&rsquo;il allait faire. Comme il n&rsquo;osait pas la serrer contre son ventre de peur de la choquer, il se pencha un peu en avant et, en l\u00e9ger d\u00e9s\u00e9quilibre, il l&#8217;embrassa. Elle r\u00e9pondit tout de suite \u00e0 son baiser, et il en f\u00fbt un peu surpris. Il la serra contre lui et remonta lentement son autre main de la base de son cou \u00e0 travers sa chevelure. Lorsque leur baiser s&rsquo;acheva, ne sachant plus ce qu&rsquo;il devait faire, il la regarda dans les yeux en murmurant \u00ab\u00a0Patricia\u00a0\u00bb d&rsquo;un air triste et doux. Elle ne bougeait pas, ne disait rien. Elle attendait, simplement, un demi-sourire aux l\u00e8vres. Pour mettre fin \u00e0 la g\u00eane qu&rsquo;il sentait s&rsquo;installer, Christian la lib\u00e9ra et reprit sa marche vers le bout de la ruelle. Un peu surprise, Patricia resta immobile quelques instants avant de le suivre vers la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cr\u00e9puscule, tous se retrouv\u00e8rent \u00e0 la terrasse du Baron devant du th\u00e9 \u00e0 la menthe et des bi\u00e8res glac\u00e9es. Ils se racont\u00e8rent leurs d\u00e9couvertes et se montr\u00e8rent leurs trouvailles : le souk des bijoutiers, le quartier des bouchers, les tapis kurdes, les trictracs damasquin\u00e9s, les portraits sur verre des amants tragiques Antar et Abla, le souk des quincaillers, les valises en m\u00e9tal pour canettes de Coca-Cola, le coiffeur de rue, l\u2019\u00e9crivain public, le marchand d\u2019eau\u2026 Ils \u00e9taient revenus \u00e0 l\u2019h\u00f4tel charg\u00e9s de leurs achats, inutiles, pr\u00e9cieux, magnifiques, hideux, encombrants, pratiques, merveilleux. Bill avait m\u00eame achet\u00e9 chez un fripier un \u00e9norme manteau de fourrure usag\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est du loup, affirmait-il. J\u2019ai toujours r\u00eav\u00e9 de porter un manteau de loup quand je vais \u00e0 Chicago. Vous savez, il peut faire tr\u00e8s froid \u00e0 Chicago.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ce n\u2019est pas du loup, disait Jean-Pierre. A la rigueur de l\u2019opossum, et encore\u2026En plus, c\u2019est un manteau de femme. Vous avez vu la doublure ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Peu importe, il n\u2019\u00e9tait pas cher et c\u2019est quand m\u00eame de la vraie fourrure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils avaient din\u00e9 de brochettes de mouton dans la nuit tombante. Christian n&rsquo;avait pas quitt\u00e9 Patricia des yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers dix heures du soir, tout le monde \u00e9tait all\u00e9 se coucher, Christian le premier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il rejoignit la chambre qu\u2019il devait partager avec William. Il se d\u00e9shabilla, se coucha en se tournant rageusement contre le mur. Il ne tenait pas \u00e0 avoir \u00e0 discuter avec le \u00ab professeur W.C. Breed\u00a0\u00bb\u00a0de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat historique d'\u00a0\u00bb<em>Alep, ville de contrastes, carrefour des civilisations&#8230;<\/em>\u00ab\u00a0. Il \u00e9tait furieux, furieux contre lui-m\u00eame de ne pas avoir os\u00e9 pousser plus loin son d\u00e9but de flirt, furieux contre les autres de ce que, par leur seule pr\u00e9sence, ils l&#8217;emp\u00eachaient d&rsquo;\u00eatre avec Patricia comme il l&rsquo;aurait voulu. Il ressassait toutes les occasions qu&rsquo;il avait manqu\u00e9es depuis qu&rsquo;il l&rsquo;avait rencontr\u00e9e&#8230; Lamentable, il avait \u00e9t\u00e9 lamentable. Puis il se mit \u00e0 imaginer toutes les choses dr\u00f4les ou intelligentes qu&rsquo;il lui dirait la prochaine fois qu&rsquo;il serait seul avec elle et il s&rsquo;endormit plein d&rsquo;espoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>A SUIVRE&#8230;<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><i>Le chapitre 4 para\u00eetra dimanche prochain.<\/i><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous avez rat\u00e9 les deux premiers chapitres, \u00a0cliquez dessus : Chapitre 1 Chapitre 2 Sinon, vous pouvez lire le\u00a0R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents : Mai 1970. En ce bref temps de paix au Proche-Orient, trois Fran\u00e7ais, deux Am\u00e9ricains, trois Am\u00e9ricaines et une Australienne sont partis de Beyrouth vers Alep. 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