{"id":742,"date":"2015-06-21T07:07:39","date_gmt":"2015-06-21T05:07:39","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=742"},"modified":"2015-05-02T13:10:56","modified_gmt":"2015-05-02T11:10:56","slug":"quest-ce-que-tas-fait-a-la-guerre-papa-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=742","title":{"rendered":"Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre,  Papa? (1-La d\u00e9b\u00e2cle)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Journal du sergent Daniel Coutheillas, juin 1940<\/em><br \/>\n<b>2 juillet 1940<\/b><br \/>\nJe suis prisonnier, \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands!<br \/>\nDepuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La d\u00e9b\u00e2cle<\/b><br \/>\n<strong>10 juin 1940<\/strong><br \/>\nLe 10 juin, nous avons quitt\u00e9 Beuvillers o\u00f9 la vie s&rsquo;\u00e9coulait pr\u00e8s du front avec des alternatives de calme et de bombardements. La rel\u00e8ve<!--more--> ne venait pas. A Beuvillers, notre \u00e9quipe du G\u00e9nie faisait sauter les ponts et les carrefours. Nous \u00e9tions en train d\u2019isoler la ligne Maginot. Je n\u2019y comprenais rien.<br \/>\nNous reculons par \u00e9tapes de nuit, longues et p\u00e9nibles. D\u2019abord vers Eton o\u00f9 nous devions passer la nuit&#8230;et puis d\u00e9part subit pour Warcq&#8230;et puis de Warcq aux Eparges, et puis dans les bois pr\u00e8s de Dommartin, et puis par la Tranch\u00e9e de Calonne. Prunet n\u2019arr\u00eate pas de jurer contre les moustiques<br \/>\nAu fur et \u00e0 mesure de cette retraite, nous sommes maintenant des milliers \u00e0 venir de Longuyon, d&rsquo;Audun, de Metz sur cette route \u00e9troite o\u00f9 des r\u00e9fugi\u00e9s, des voitures \u00e0 chevaux, des camions, des fantassins remontent sans ordre. Les hommes sont ext\u00e9nu\u00e9s. On barbote des v\u00e9los, des voitures. J&rsquo;ai vu un Dragon dormir attach\u00e9 sur sa moto pour \u00e9viter qu\u2019on la lui vole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu d\u2019entre nous ont combattu. A chaque contact avec l\u2019ennemi, l&rsquo;ordre de repli arrivait imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le 10 juin,\u00a0 le courrier n\u2019arrive plus. Nous comprenons que nous sommes encercl\u00e9s dans un vaste cercle infranchissable, coup\u00e9s de toute retraite. Nous ne recevons plus ni pain ni ravitaillement.<br \/>\nPendant toute une journ\u00e9e, les avions allemands et italiens ont sem\u00e9 des bombes et de la mitraille sur la route encombr\u00e9e de milliers d&rsquo;hommes.<br \/>\nGuerriol \u00ab\u00a0Bichette\u00a0\u00bb et moi, nous devons nous r\u00e9fugier plus de dix fois dans les foss\u00e9s. Guerriol tire sur les avions qui passent \u00e0 cinq cents m\u00e8tres. Ils s&rsquo;en foutent!<br \/>\nA Vigneulles, des stukas, des bombes. La maison entre Guerriol et moi est volatilis\u00e9e. Grosse secousse, rien d&rsquo;abim\u00e9. Les docks commencent \u00e0 br\u00fbler. On ramasse un peu de sauvetage pour d\u00e9jeuner et diner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une moto arrive, pneu arri\u00e8re crev\u00e9. Le lieutenant qui \u00e9tait dans le side-car est tu\u00e9 net. Le conducteur n&rsquo;en revient pas. Il roule fou.<br \/>\nSur la route, des hardes abandonn\u00e9es, des chevaux tu\u00e9s, des r\u00e9fugi\u00e9s raidis encombrent les passages.<br \/>\nLa Tranch\u00e9e de Calonne, Hallonchatel. Des Nord Africains \u00e9tendus, tu\u00e9s par les avions. Des ruines, des morts. Nous sommes ext\u00e9nu\u00e9s, Bichette et moi. Nous tombons sur les camarades, Prunet, les autres\u2026 Tout joyeux de nous retrouver vivants.Nous n&rsquo;irons plus au courrier. Inutile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes repass\u00e9s devant Lucey, une d\u00e9b\u00e2cle. Nous n&rsquo;osons pas nous y arr\u00eater.<br \/>\nLes officiers sont sans autorit\u00e9. Ils se d\u00e9brouillent pour eux-m\u00eames.<br \/>\nA Toul, quartier St-Evre, nous devons stopper pour laisser passer les colonnes et maintenir les positions. Pendant ce temps, le gros de l&rsquo;arm\u00e9e devrait tenter de se frayer un passage.<br \/>\nLes Allemands sont \u00e0 Dijon, \u00e0 Moulins, partout\u2026Le cercle s\u2019est referm\u00e9 depuis longtemps autour de nous. Tout a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9, br\u00fbl\u00e9, grill\u00e9, sabot\u00e9 avant notre passage. Les intendances ont br\u00fbl\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 plusieurs jours. Les intendants devaient \u00eatre press\u00e9s de partir.<br \/>\nNous mangeons des conserves et petits beurres fauch\u00e9s au hasard des passages. Avec L\u00e9ger, nous ravitaillons des gosses enfouis dans les caves de Toul avec du lait condens\u00e9 barbot\u00e9 dans une \u00e9picerie,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des bruits d\u2019armistice circulent.<br \/>\nNos camarades se battent dans Toul. Nous tournons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cercle de plus en plus petit o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s. Avec Prunet, nous voyons sur la route des automitrailleuses filer dans les deux directions\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le commandant m\u2019engueule parce que je ne lui pr\u00e9sente pas des sapeurs \u00e9gar\u00e9s au garde \u00e0 vous\u00a0! Et pourquoi pas en tenue n\u00b01\u00a0?&#8230;<br \/>\nIl y a un sacr\u00e9 camion de torpilles qui se balade avec nous depuis des kilom\u00e8tres et deux gars sont assis dessus, fumant doucement la pipe\u2026Pourvu qu\u2019un obus ne tombe pas dessus.<br \/>\nGeorg est tu\u00e9 sur sa voiture attel\u00e9e. Doussaint, tu\u00e9 lui aussi par un obus. Guerriol est bless\u00e9 au pied et \u00e0 la jambe. Il est transport\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Gamma de Toul. Je ne le reverrai plus. Je r\u00e2le apr\u00e8s lui. S\u2019il \u00e9tait rest\u00e9 avec moi\u00a0!&#8230;Avec Boyer, on ne rigole plus du tout. L\u2019Auton a disparu, Hellbrun est perdu on ne sait o\u00f9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dernier soir dans un bois pr\u00e8s de Bicqueley, nous sommes tous regroup\u00e9s, ou \u00e0 peu pr\u00e8s. Le canon s\u2019en donne \u00e0 plein tube. Les d\u00e9parts d\u2019obus font gonfler nos chemises. Les munitions termin\u00e9es, on fait sauter la culasse de chaque pi\u00e8ce. Bon Dieu, quel raffut\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chazeau supplie qu\u2019on l\u2019emm\u00e8ne au G.S.D. <i>(Groupe de Sant\u00e9 Divisionnaire). <\/i>Il dit qu\u2019il va mourir. On l\u2019envoie balader. Prunet, Clermont, Lapoule, Mas et moi, on dort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>21 juin 1940.<\/strong><br \/>\nR\u00e9veil dans le calme, sans bruit. Plus rien. Nos officiers sont silencieux. On br\u00fble toutes nos paperasses. Il y en a\u00a0! Je mets le feu \u00e0 ce qui reste de courrier de la compagnie.<br \/>\nPas un mot de nos corniauds de capitaines ou lieutenants pour nous dire ce qui se passe.<br \/>\nOn d\u00e9pose nos armes. Mon Colt y passe. Celui de Prunet aussi. On ira les rechercher tout \u00e0 l\u2019heure. On les enterrera.<br \/>\nLes Allemands arrivent. C\u2019est parait-il l\u2019armistice. Nous sommes prisonniers d\u2019honneur\u2026\u00a0?<br \/>\n<b><i>A suivre<\/i><\/b><br \/>\n<b><i>Prochaine \u00e9dition le 2 juillet<\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Sergent vaguemestre Coutheillas Daniel <\/i><br \/>\n<i>58\u00e8me Division d&rsquo;Infanterie, <\/i><i>1er Compagnie du G\u00e9nie,<\/i><i>S.P.241<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-743\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg\" alt=\"sergent\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent-200x300.jpg 200w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/sergent.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><i>Daniel Coutheillas et Eug\u00e8ne Prunet, <\/i><i>mai 1940<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b><i>\u00a0<\/i><\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal du sergent Daniel Coutheillas, juin 1940 2 juillet 1940 Je suis prisonnier, \u00e9chou\u00e9 le long de ces grilles que gardent des soldats allemands! Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. O\u00f9 \u00eates-vous Denise, Marie-Claire, ma m\u00e8re? La d\u00e9b\u00e2cle 10 juin 1940 Le 10 juin, nous avons quitt\u00e9 Beuvillers o\u00f9 la vie s&rsquo;\u00e9coulait pr\u00e8s du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=742\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Qu&rsquo;est-ce que t&rsquo;as fait \u00e0 la guerre,  Papa? 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