{"id":7388,"date":"2016-11-23T08:08:37","date_gmt":"2016-11-23T06:08:37","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7388"},"modified":"2016-11-18T18:59:36","modified_gmt":"2016-11-18T16:59:36","slug":"hotel-des-folies-olympiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7388","title":{"rendered":"Hotel des Folies Olympiques"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Exercice de style\u00a0: inspir\u00e9 de l\u2019H\u00f4tel des Folies Dramatiques (Le sang d\u2019un po\u00e8te- Jean Cocteau-1930)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean avance au bord de cette falaise, vertigineuse. \u00c0 droite, la mer, en \u00a0furie. \u00c0 gauche, une plaine, d\u00e9sol\u00e9e. La falaise est blanche, la mer est noire, la plaine est bleue. Le vent souffle en temp\u00eate de la terre et le pousse vers l&rsquo;ab\u00eeme. Jean lutte contre le vent. Il\u00a0est seulement v\u00eatu d&rsquo;un pantalon de pyjama ray\u00e9 qui flotte sur ses jambes. Il est nu pied et se blesse aux cailloux du chemin. Il a froid mais il transpire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant lui, loin, se dessine une b\u00e2tisse, immense, rouge, rouge sang. Elle approche. Elle est dress\u00e9e au-dessus de la falaise blanche. \u00a0Ses volets rouges battent sous l&rsquo;effet des rafales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une all\u00e9e s&rsquo;avance vers la porte. Un enseigne se balance au vent : H\u00f4tel des Folies Olympiques. Une bourrasque ouvre violemment la porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean h\u00e9site et entre. A gauche, derri\u00e8re le bureau de la r\u00e9ception, personne. Le tableau des cl\u00e9s ne comporte que <!--more-->trois cases. Trois cases, trois chambres, pas de cl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean p\u00e9n\u00e8tre dans le salon, d\u00e9sert. Il appelle. Personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant lui s&rsquo;allonge le couloir qui m\u00e8ne aux trois chambres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;avance, frappe \u00e0 la premi\u00e8re porte. Pas de r\u00e9ponse. Pourtant un bruit de chaines vient de l&rsquo;int\u00e9rieur. Il doit y avoir quelqu&rsquo;un. Il frappe \u00e0 nouveau. Pas de r\u00e9ponse. Alors il regarde par le trou de la serrure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re chose qu&rsquo;il voit, c&rsquo;est la fen\u00eatre du fond de la chambre. Elle est ouverte sur la temp\u00eate. Les rideaux blancs volent, les volets rouges battent. Bruit de chaines. Il se d\u00e9place devant le trou de serrure pour avoir un autre angle. Il aper\u00e7oit un lit, un simple lit en fer. Sur le lit, jambes et bras \u00e9cart\u00e9s, un homme est encha\u00een\u00e9. Il s&rsquo;agite. Le lit grince. Les chaines sonnent. L&rsquo;homme est encha\u00een\u00e9, mais il sourit. Il sourit \u00e0 un grand oiseau blanc qui vient d&rsquo;entrer dans la pi\u00e8ce par la fen\u00eatre ouverte. Jean voit l&rsquo;oiseau qui replie ses ailes et s&rsquo;avance vers le lit. Sa d\u00e9marche est grotesque. Ses ailes de g\u00e9ant l\u2019emp\u00eachent de marcher. L&rsquo;albatros saute sur le lit tandis que l&rsquo;homme sourit. Et puis, d&rsquo;un coup, l&rsquo;oiseau plonge son bec dans le ventre de l&rsquo;homme, l&rsquo;agite un peu et l&rsquo;en ressort en tenant serr\u00e9 quelques livres de chair et de visc\u00e8res. L&rsquo;homme sourit toujours.<br \/>\nA ce spectacle, Jean a recul\u00e9 vivement son visage de la porte. Il n&rsquo;a pas vu que, tandis que l&rsquo;oiseau s&rsquo;envolait par la fen\u00eatre, la blessure du prisonnier se refermait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean avance jusqu&rsquo;\u00e0 la deuxi\u00e8me chambre. Cette fois-ci, il ne frappe pas. Tout de suite, il s&rsquo;accroupit et regarde par le trou de serrure. Il voit deux hommes debout face \u00e0 face. L&rsquo;un est jeune, l&rsquo;autre est vieux. L\u2019homme jeune est habill\u00e9 pauvrement, le vieux est v\u00eatu comme un roi. L&rsquo;un est fort et droit, l&rsquo;autre est vo\u00fbt\u00e9 et tremblant. Ils se parlent dans une langue que Jean ne comprend pas. Mais il voit bien qu&rsquo;ils se disputent. Et puis un premier coup part. C&rsquo;est une gifle. C&rsquo;est le vieil homme qui a frapp\u00e9. Alors, le jeune homme lui envoie un coup de poing dans le ventre. Le vieillard se plie en deux. Mais de sa canne, il porte un grand coup \u00e0 l&rsquo;entre-jambes du jeune homme. Maintenant, c&rsquo;est lui qui saisit une lourde lampe et l&rsquo;abat sur la t\u00eate du vieil homme. Bouche ouverte, yeux ouverts, cr\u00e2ne ouvert, il meurt et tombe. De l\u00e0 o\u00f9 il est, Jean voit le visage du mort, tourn\u00e9 vers la porte. Ce sont les m\u00eames yeux que ceux du meurtrier, le m\u00eame menton, le m\u00eame nez, les m\u00eames traits, des traits h\u00e9r\u00e9ditaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant Jean a peur. Il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d&rsquo;un crime. Il faut qu&rsquo;il s&rsquo;enfuie. Mais une musique l&rsquo;attire. Elle provient de la troisi\u00e8me chambre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean avance malgr\u00e9 lui jusqu&rsquo;\u00e0 sa serrure et regarde. Et le spectacle qu&rsquo;il voit le ravit. Encadr\u00e9 par la forme de la serrure, le corps splendide d&rsquo;une femme se dessine en contre-jour sur la fen\u00eatre \u00e9clair\u00e9e par un violent clair de lune. Cette femme est la plus belle femme que Jean ait jamais vue. C&rsquo;est la plus belle femme que quiconque ait jamais vue.<br \/>\nElle danse au son d&rsquo;une musique jamais entendue. Tout en dansant, elle joue avec une boite, petit coffre \u00e0 peine plus grand que sa main. Elle le fait passer devant elle, sur son ventre, sur ses seins, puis sur ses reins, entre ses jambes. De temps en temps elle parait tendre la boite vers quelqu&rsquo;un que Jean ne voit pas. Il est fascin\u00e9 par le spectacle. Mais il veut savoir pour qui est cette danse, pour qui est cette boite, pour qui est cette femme. Alors il se d\u00e9place un peu devant le trou de la serrure et il voit un homme, assis sur un tr\u00f4ne. Lui aussi \u00e0 l&rsquo;air fascin\u00e9 par la femme, sa danse et la boite qu&rsquo;elle lui tend.<br \/>\nAlors, l&rsquo;homme saisit la boite, h\u00e9site \u00e0 l&rsquo;ouvrir, regarde la femme. Par geste, elle l&rsquo;invite \u00e0 l&rsquo;ouvrir. Alors il l&rsquo;ouvre. La femme sourit. Et l&rsquo;homme, la chambre, le trou de la serrure, l&rsquo;h\u00f4tel, le vent, la plaine, la falaise, la mer et Jean, tout dispara\u00eet.<br \/>\nReste seulement, flottant dans l&rsquo;\u00e9ther,\u00a0la petite boite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exercice de style\u00a0: inspir\u00e9 de l\u2019H\u00f4tel des Folies Dramatiques (Le sang d\u2019un po\u00e8te- Jean Cocteau-1930) Jean avance au bord de cette falaise, vertigineuse. \u00c0 droite, la mer, en \u00a0furie. \u00c0 gauche, une plaine, d\u00e9sol\u00e9e. La falaise est blanche, la mer est noire, la plaine est bleue. 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