{"id":7380,"date":"2016-12-10T08:08:04","date_gmt":"2016-12-10T06:08:04","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7380"},"modified":"2016-12-10T10:46:25","modified_gmt":"2016-12-10T08:46:25","slug":"le-jour-ou-jai-rencontre-cesar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7380","title":{"rendered":"Le jour o\u00f9 j&rsquo;ai rencontr\u00e9 C\u00e9sar"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un samedi d&rsquo;octobre 1956 que je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois. C&rsquo;\u00e9tait le tour de la m\u00e8re de mon ami Ren\u00e9-Jean de s&rsquo;occuper de nous pour toute la journ\u00e9e et, pour l&rsquo;apr\u00e8s-midi, elle avait choisi de nous emmener au Jardin d&rsquo;Acclimatation. Nous y aimions particuli\u00e8rement les vraies voitures \u00e0 essence que nous pouvions conduire nous-m\u00eame et dont les petits moteurs \u00e0 deux temps crachaient bruyamment des volutes de fum\u00e9e bleue. Nous aimions aussi les tirs \u00e0 la carabine sur des pipes en pl\u00e2tre blanc qui \u00e9clataient s\u00e8chement sur leur fond de t\u00f4le noire. Mais, vers la fin de la matin\u00e9e, tandis que nous jouions encore au salon, une grosse pluie d&rsquo;orage \u00e9tait venue frapper les vitres. C&rsquo;\u00e9tait fichu pour les petites voitures. Alors, la m\u00e8re de mon ami s&rsquo;\u00e9tait plong\u00e9e dans le journal \u00e0 la recherche d&rsquo;un film d\u00e9cent. Nous avions d\u00e9j\u00e0 vu Peter Pan, le nouveau Disney, d\u00e8s sa sortie et il n&rsquo;\u00e9tait pas question d&rsquo;aller voir le dernier film d&rsquo;Eddie Constantine, \u00ab\u00a0La M\u00f4me Vert de Gris\u00a0\u00bb, ni m\u00eame \u00ab\u00a0Touchez pas au Grisbi\u00a0\u00bb malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de Jean Gabin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne restait que \u00ab\u00a0Jules C\u00e9sar\u00a0\u00bb, qui venait de sortir au milieu de la semaine. Elle dut se dire que c&rsquo;\u00e9tait une de ces productions am\u00e9ricaines, un p\u00e9plum de plus, un genre de \u00ab\u00a0Quo Vadis ?\u00a0\u00bb, et que \u00e7a conviendrait tr\u00e8s bien \u00e0 deux gar\u00e7ons de treize ans. C&rsquo;est en tout cas comme \u00e7a qu&rsquo;elle nous le pr\u00e9senta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;immense salle du Paramount Op\u00e9ra,<!--more--> nous avions fini nos esquimaux Gervais et l&rsquo;orgue venait de s&rsquo;enfoncer lentement dans la fosse d&rsquo;orchestre tandis que l&rsquo;organiste plaquait un dernier accord sirupeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand\u00a0rideau cramoisi s&rsquo;\u00e9carta majestueusement et les lumi\u00e8res de la salle s&rsquo;\u00e9teignirent. Quelques taches blanches constell\u00e8rent l&rsquo;\u00e9cran, suivies de quelques rayures anarchiques et du lion rugissant de la Metro-Goldwyn-Mayer. Enfin, sur un fond de draperies grises, d\u00e9fil\u00e8rent les premi\u00e8res lettres blanches du g\u00e9n\u00e9rique. La musique dramatique qui envahissait la salle \u00e0 grand renfort de trompettes, de cymbales et de tambours nous annon\u00e7ait les actions h\u00e9ro\u00efques \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oh, la barbe, c&rsquo;est pas en couleur, souffla Ren\u00e9-Jean.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu sais qui c&rsquo;est, toi, Shakespeare ? lui demandai-je en retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Chut !, dit la m\u00e8re de Ren\u00e9-Jean.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors arriv\u00e8rent sur l\u2019\u00e9cran des hommes aux mines s\u00e9v\u00e8res portant des toges grises ou blanches. Ils se mirent \u00e0 parler, beaucoup et longtemps. Ils parlaient de C\u00e9sar ceci, de C\u00e9sar cela&#8230; Ils disaient que C\u00e9sar devenait trop fort, que c\u2019\u00e9tait un tyran et qu&rsquo;il allait falloir le tuer. Je pensai que \u00e7a pouvait devenir int\u00e9ressant, parce que C\u00e9sar allait surement se d\u00e9fendre et qu&rsquo;il allait y avoir de la bagarre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis C\u00e9sar arrivait, un grand type, un peu chauve. Il paraissait plus \u00e2g\u00e9 que les autres. Et tout le monde se remettait \u00e0 discuter, C\u00e9sar, son ami Marc-Antoine, et les autres, ceux qui voulaient le tuer, mais, bien s\u00fbr, C\u00e9sar ne le savait pas. Il avait l&rsquo;air plut\u00f4t gentil, C\u00e9sar. D&rsquo;ailleurs, la foule devait bien l&rsquo;aimer parce que, quand il passait dans une rue, elle lui envoyait des fleurs sur la t\u00eate en poussant des cris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les conjur\u00e9s (ce mot nous faisait bien rire), les conjur\u00e9s, eux, n&rsquo;en d\u00e9mordaient pas : il fallait tuer C\u00e9sar. Parmi eux, il y en avait un que j&rsquo;aimais bien, c&rsquo;\u00e9tait Brutus. Un type compliqu\u00e9 : il ne voulait pas tuer C\u00e9sar, et puis il voulait bien, et puis il avait l&rsquo;air d&rsquo;h\u00e9siter, de vouloir renoncer. Mais il y en avait deux autres, Crassus et Casca, des mauvais ceux-l\u00e0, pas sympathiques. Ils faisaient des mines terribles en traitant Brutus de l\u00e2che. Et pendant ce temps-l\u00e0, C\u00e9sar et son ami Marc-Antoine continuaient \u00e0 discuter sans fin, sans faire attention \u00e0 tous ces traitres qui leur tournaient autour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a parlait vraiment beaucoup quand m\u00eame, et Ren\u00e9-Jean et moi, on commen\u00e7ait \u00e0 s&#8217;emb\u00eater, \u00e0 se pousser du coude, \u00e0 souffler, \u00e0 pouffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis C\u00e9sar est entr\u00e9 seul dans cette grande salle \u00e0 colonnes et il a vu tous ses amis qui lui souriaient s&rsquo;approcher de lui. Et puis le premier a brandi son poignard au-dessus de C\u00e9sar. Alors, il a lev\u00e9 le bras pour se prot\u00e9ger et le poignard lui a travers\u00e9 la main. Et puis un deuxi\u00e8me ami a frapp\u00e9, au ventre, puis un autre \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule puis un autre dans le dos. Et C\u00e9sar titubait, repouss\u00e9 par chaque homme qui le frappait. Quand il a vu Brutus, \u00e0 l\u2019\u00e9cart, il est all\u00e9 vers lui en pensant qu&rsquo;il allait le secourir. Et moi aussi, j&rsquo;ai bien cru que Brutus allait le secourir. Mais quand C\u00e9sar a vu qu&rsquo;il le frappait lui aussi, il a cess\u00e9 de se d\u00e9fendre et s&rsquo;est laiss\u00e9 glisser au sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ren\u00e9-Jean, je ne sais pas, mais moi je n&rsquo;avais plus du tout envie de rire. J&rsquo;\u00e9tais enfonc\u00e9 dans mon fauteuil, le ventre crisp\u00e9. Je voyais ces hommes plonger leurs mains dans le sang de C\u00e9sar. J&rsquo;entendais la maman de Ren\u00e9-Jean qui nous chuchotait : \u00ab\u00a0Les enfants, ne regardez pas !\u00a0\u00bb Et sur l&rsquo;\u00e9cran, les conjur\u00e9s criaient victoire, l&rsquo;air affol\u00e9, comme s&rsquo;ils avaient encore peur du mourant. Et j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9 pour ce pauvre homme que je voyais se couvrir la t\u00eate de sa toge toute trou\u00e9e pour mourir, et je d\u00e9testais ses assassins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le calme est revenu dans la salle \u00e0 colonnes, et Marc-Antoine est entr\u00e9. Quand il a vu son ami au sol et qu&rsquo;il a soulev\u00e9 la toge pour voir le visage du mort, j&rsquo;ai bien compris que s&rsquo;il cachait sa peine et sa col\u00e8re, c\u2019\u00e9tait pour sauver sa vie et pour pr\u00e9parer sa vengeance, lui, le seul ami de C\u00e9sar au milieu de tous les autres. Et puis il est sorti sur les marches du S\u00e9nat pour parler \u00e0 la foule qui attendait. Et voil\u00e0 qu&rsquo;il faisait l&rsquo;\u00e9loge des assassins, voil\u00e0 qu&rsquo;il disait qu&rsquo;ils \u00e9taient des hommes honorables, que ce qu&rsquo;ils avaient fait \u00e9tait juste parce qu&rsquo;ils \u00e9taient des hommes honorables. Je ne comprenais plus rien. Et puis, j&rsquo;ai compris. Marc Antoine \u00e9tait plus malin que tout le monde. Par ses \u00e9loges des assassins, il ne faisait que louer les qualit\u00e9s du mort et rendait ses meurtriers plus ha\u00efssables encore. D&rsquo;ailleurs la foule a fini par le comprendre aussi car elle s&rsquo;est mise \u00e0 crier, \u00e0 insulter Brutus, Crassus et toute leur bande, \u00e0 vouloir les lyncher et \u00e0 mettre le feu partout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce moment-l\u00e0, le film \u00e9tait encore loin d&rsquo;\u00eatre termin\u00e9. Il y avait, enfin, une ou deux vraies batailles, quelques suicides aussi, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e s&rsquo;il vous pla\u00eet, mais quand m\u00eame encore beaucoup, beaucoup de discussions et j&rsquo;avais trouv\u00e9 la suite plut\u00f4t ennuyeuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est bien ce jour-l\u00e0 que j&rsquo;avais rencontr\u00e9 C\u00e9sar pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un samedi d&rsquo;octobre 1956 que je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois. C&rsquo;\u00e9tait le tour de la m\u00e8re de mon ami Ren\u00e9-Jean de s&rsquo;occuper de nous pour toute la journ\u00e9e et, pour l&rsquo;apr\u00e8s-midi, elle avait choisi de nous emmener au Jardin d&rsquo;Acclimatation. 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