{"id":7070,"date":"2016-10-13T07:27:58","date_gmt":"2016-10-13T05:27:58","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=7070"},"modified":"2016-10-12T19:58:54","modified_gmt":"2016-10-12T17:58:54","slug":"critique-aisee-78-les-nouvelles-americaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=7070","title":{"rendered":"Les nouvelles am\u00e9ricaines (Critique ais\u00e9e 81)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b081<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les nouvelles am\u00e9ricaines<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je crois bien que c&rsquo;est pour la derni\u00e8re f\u00eate des p\u00e8res qu&rsquo;on m&rsquo;a offert <em>20+1 NOUVELLES<\/em> (Albin Michel, collection Terres d&rsquo;Am\u00e9rique). Je suis rest\u00e9 plusieurs semaines \u00e0 h\u00e9siter devant ce pav\u00e9 de 620 pages. Pour moi dont les livres offerts s&#8217;empilent \u00e0 peine entam\u00e9s sur ma table de nuit, moi qui ne lis pratiquement plus que des valeurs s\u00fbres et classiques, qui refuse la plus petite aventure litt\u00e9raire, qui n\u2019ai plus le temps de lire, occup\u00e9 que je suis \u00e0 remplir chaque jour ce Journal des Dana\u00efdes, pour moi, <em>20+1 NOUVELLES<\/em>, c&rsquo;\u00e9tait vraiment beaucoup. Et puis, un vendredi de cet \u00e9t\u00e9, il pleuvait, c&rsquo;\u00e9tait juillet et la campagne, et j&rsquo;ai ouvert le volume au hasard vers le milieu, et voil\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je lis Houellebecq, chaque fois que je peux, Proust, un petit bout chaque semaine, ou Maupassant, ou Sagan, ou Flaubert, deux fois par an, quand je lis Vialatte, presque chaque jour, ou C\u00e9line ou Camus, tous les dix ans, quand je lis l&rsquo;un de ces auteurs, je d\u00e9guste, j&rsquo;appr\u00e9cie, j&rsquo;admire. Il m&rsquo;arrive m\u00eame maintenant de diss\u00e9quer. J&rsquo;admire, mais je ne me dis pas : \u00ab\u00a0J&rsquo;aurais voulu \u00e9crire cela\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas parce que cette perfection m&rsquo;est inatteignable. Elle l&rsquo;est, c&rsquo;est certain, mais ce n&rsquo;est pas pour cela que je n&rsquo;ai pas envie d&rsquo;avoir \u00e9crit <em>Madame Bovary<\/em> ou <em>Bonjour tristesse<\/em> (Tout \u00e0 fait entre nous, c&rsquo;est faux : j&rsquo;adorerais avoir \u00e9crit <em>Bonjour tristesse<\/em>, mais <!--more-->c&rsquo;est le genre de chose que l&rsquo;on ne peut ni dire ni faire quand on est un homme et que l&rsquo;on a mon \u00e2ge.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, ce n&rsquo;est pas pour cela. C&rsquo;est parce que ces \u0153uvres ne m&rsquo;\u00e9meuvent pas. Je les admire, mais je ne me sens pas concern\u00e9, elles ne m&rsquo;\u00e9meuvent pas. (\u00c7a aussi, c&rsquo;est faux ou, plus exactement, ce n&rsquo;est pas toujours vrai : j&rsquo;ai pass\u00e9 une des journ\u00e9es les plus nostalgiques de ma vie apr\u00e8s avoir lu <em>Une partie de campagne<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quand je lis une nouvelle am\u00e9ricaine, presque \u00e0 chaque fois, je me dis que j&rsquo;aurais aim\u00e9 l&rsquo;avoir \u00e9crite. Et je ne suis jamais tr\u00e8s loin de penser que j&rsquo;aurais pu l&rsquo;avoir \u00e9crite. Je sais, \u00e7a ne se fait pas de dire \u00ab\u00a0Facile ! Je pourrais en faire autant ! Ah, si seulement j&rsquo;avais le temps ! \u00a0\u00bb Eh bien, tant pis\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah, si j&rsquo;avais le temps, je t&rsquo;en raconterais, moi, des histoires de paum\u00e9s retournant en Greyhound dans leur Minnesota natal, des aventures de golden boy d\u00e9boussol\u00e9s \u00e0 la recherche d\u2019un peu de r\u00e9alit\u00e9 sur la route 66, de r\u00e9demption de voyous dans la rencontre d&rsquo;une serveuse de diner, des espoirs de clandestin mexicain dans la cit\u00e9 des anges (tiens, j&rsquo;en ai \u00e9crit une, de nouvelle, l\u00e0-dessus !), enfin des trucs comme \u00e7a. \u00c7a ferait trente ou trente-cinq pages et le titre serait un extrait tir\u00e9 de la Bible, trop court pour \u00eatre compr\u00e9hensible, par exemple \u00ab\u00a0<em>Absent de corps<\/em>\u00ab\u00a0. On y entrerait sans pr\u00e9paration, brutalement, comme quand, venant d&rsquo;une rue calme, on ouvre la porte d&rsquo;un bar plein de bruit et de fureur. On pourrait aussi p\u00e9n\u00e9trer doucement dans l&rsquo;histoire, par un tout petit bout, un petit d\u00e9tail, pourquoi pas le bouton d&rsquo;un allume-cigare qui sursaute dans son logement sous le tableau de bord d&rsquo;une vieille Mustang, ou alors, comme si on reprenait conscience \u00e0 la sortie d&rsquo;un r\u00eave, confus\u00e9ment, le flou des images faisant place peu \u00e0 peu \u00e0 la pr\u00e9cision du d\u00e9cor. Il y aurait quelques bouteilles de bi\u00e8re sur le plancher de la voiture, de la fum\u00e9e de cigarettes, peut-\u00eatre des joints, mais pas de drogue dure, parce que, l\u00e0, ce serait vraiment trop clich\u00e9. Il y aurait des odeurs d&rsquo;essence et d&rsquo;asphalte surchauff\u00e9, mais aussi des senteurs de magnolias et de for\u00eats de pins. Il y aurait peu d&rsquo;action, ou alors une seule, \u00e9tir\u00e9e sur toute la nouvelle, ou alors une suite d&rsquo;actions sans importance, mais probablement pas d&rsquo;action violente, \u00e7a aussi ce serait trop clich\u00e9, ou alors seulement le souvenir d&rsquo;une action violente. Il y aurait aussi un homme seul, le narrateur probablement, ou alors deux, mais ce serait l&rsquo;autre qui serait le vrai sujet de la nouvelle. On ne les saisirait pas tr\u00e8s bien, les personnages. Ils auraient un pass\u00e9, pas obscur, non, mais flou, et un but cach\u00e9. Leurs dialogues seraient faits de phrases br\u00e8ves, concises, pas toujours compr\u00e9hensibles. La fin de la nouvelle serait ouverte, pas de chute, pas de retournement, pas de bouclage. Oui, il faudrait que la fin soit ouverte. Il faudrait que le lecteur ne soit pas certain d&rsquo;avoir compris. Il faudrait seulement qu&rsquo;il se soit senti dans l&rsquo;atmosph\u00e8re et, pourquoi pas, dans le personnage. Il faudrait qu&rsquo;il ait un peu de mal \u00e0 en sortir et qu&rsquo;apr\u00e8s quelques minutes, il se dise qu\u2019il aurait aim\u00e9 avoir \u00e9crit cette histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah, je t&rsquo;en ficherais, moi, des nouvelles am\u00e9ricaines, si j&rsquo;avais le temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b081 Les nouvelles am\u00e9ricaines\u00a0 Je crois bien que c&rsquo;est pour la derni\u00e8re f\u00eate des p\u00e8res qu&rsquo;on m&rsquo;a offert 20+1 NOUVELLES (Albin Michel, collection Terres d&rsquo;Am\u00e9rique). Je suis rest\u00e9 plusieurs semaines \u00e0 h\u00e9siter devant ce pav\u00e9 de 620 pages. 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