{"id":686,"date":"2018-07-31T07:47:58","date_gmt":"2018-07-31T05:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=686"},"modified":"2018-07-31T13:01:02","modified_gmt":"2018-07-31T11:01:02","slug":"trois-jeunes-hommes-de-rendant-au-bal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=686","title":{"rendered":"Trois jeunes hommes se rendant au bal"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #800000;\"><em><strong>Les \u00e9v\u00e8nements relat\u00e9s ci-dessous se sont produits le 31 juillet 1914, il y a exactement 104 ans.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-687 alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1914.png\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1914.png 375w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/1914-273x300.png 273w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><br \/>\nEn ce dernier jour de juillet, trois jeunes hommes sont partis \u00e0 pied de Bochum pour se rendre au bal de la moisson de Stuben. Ils y seront dans une heure. Ils n&rsquo;ont pas choisi d\u2019aller \u00e0 pied, mais la compagnie des autocars vient d&rsquo;\u00eatre r\u00e9quisitionn\u00e9e et seuls le maire et le m\u00e9decin de la ville poss\u00e8dent une automobile.<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis la fin juin, la tension n\u2019a pas cess\u00e9<!--more--> de monter dans le pays et des rumeurs inqui\u00e9tantes commencent \u00e0 circuler. Il y a un mois, un archiduc a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 quelque part dans les Balkans, et depuis, sans que les gens comprennent vraiment pourquoi, on parle \u00e0 nouveau de guerre, guerre contre la Russie, guerre contre la France, contre l\u2019Angleterre. On parle m\u00eame de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nMais, dans cette r\u00e9gion recul\u00e9e de l\u2019Allemagne, si loin des grandes villes et de leur agitation, on ne croit pas vraiment \u00e0 tout \u00e7a. Ici, les bruits alarmants n\u2019arrivent qu\u2019amortis et ils sont pass\u00e9s presque inaper\u00e7us dans la fi\u00e8vre heureuse de la fin des moissons.<br \/>\nPour les trois jeunes gens, et quelles que soient les circonstances ou la distance \u00e0 parcourir \u00e0 pied, il n\u2019est pas question de manquer le bal des moissons de Stuben, o\u00f9 les filles sont jolies, surtout les s\u0153urs Gerling.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils s&rsquo;appellent Franz Bergmeister, Erich Stromer et Thaddeus Klein.<br \/>\nFranz est le plus jeune. Il a dix-neuf ans. Il est beau gar\u00e7on et s\u00fbr de lui, s\u00fbr de son physique avantageux. Il est le fils d\u2019Anton Bergmeister, le plus gros commer\u00e7ant de Bochum, ce qui lui donne encore plus d&rsquo;assurance. Franz affecte de m\u00e9priser \u00e0 peu pr\u00e8s tout le monde, \u00e0 l&rsquo;exception de son p\u00e8re et de ses deux amis Erich et Thaddeus. Il regarde le monde de haut, le sourcil lev\u00e9. Comme souvent, il marche en t\u00eate du petit groupe.<br \/>\nErich a vingt ans. Il est \u00e9galement tr\u00e8s beau. Il est aussi un peu port\u00e9 vers le m\u00e9pris des autres, mais lui, il ne le montre pas. Au contraire, il a r\u00e9alis\u00e9 tr\u00e8s jeune qu&rsquo;il poss\u00e9dait cette chose myst\u00e9rieuse qu&rsquo;on appelle le charme et il a vite compris tous les avantages qu&rsquo;il pouvait tirer de ce don du ciel. Le physique aidant, il lui a \u00e9t\u00e9 facile de devenir un s\u00e9ducteur. Sans \u00eatre vraiment modeste, sa situation sociale est moyenne \u2014 il est le fils du directeur des postes de Bochum \u2014 mais il compte bien l\u2019am\u00e9liorer rapidement.<br \/>\nThaddeus marche un peu en retrait. Il est le plus \u00e2g\u00e9 des trois. Il n&rsquo;est pas beau. Il le sait. Sa position en ville est plut\u00f4t m\u00e9diocre. Son p\u00e8re est le m\u00e9tayer d\u2019une tr\u00e8s petite ferme. Depuis deux ans, Thaddeus refuse d\u2019y travailler. Il a trouv\u00e9 un emploi de vendeur au rayon quincaillerie des Galeries Bergmeister. Il gagne peu et vole peu son employeur en manipulant les inventaires. Mais il sait que \u00e7a va changer, car il sait qu&rsquo;il est le plus intelligent. Se lier d&rsquo;amiti\u00e9 avec Franz et Erich a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat d&rsquo;une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, appuy\u00e9e par une tactique efficace. Cela a commenc\u00e9 il y a trois ans. Il les a d\u2019abord impressionn\u00e9s avec sa maturit\u00e9 de gar\u00e7on plus \u00e2g\u00e9 et sa totale indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des adultes. Ensuite, il les a fait rire. Et puis il les a affranchis sur les filles, sur les femmes, sur l\u2019alcool et toutes ces choses si tentantes quand on n\u2019est pas s\u00e9rieux et qu\u2019on a dix-sept ans. Ils sont devenus ins\u00e9parables, d\u00e9pendants les uns des autres. Pour Thaddeus, \u00eatre avec ces deux beaux et riches gar\u00e7ons pr\u00e9sente deux grands avantages : l&rsquo;approche des filles facilit\u00e9e et les bi\u00e8res offertes. Pour le reste, il sait se d\u00e9brouiller tout seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand elle les a vus de loin venir vers elle, sur ce chemin d\u00e9sert, au milieu de cette plaine chaude et vibrante, sans rien d\u2019autre en vue que des meules de foin, elle a senti un peu de peur monter en elle. Elle les conna\u00eet, ces trois silhouettes. On les appelle \u00ab\u00a0la bande \u00e0 Thaddeus\u00a0\u00bb. Elle conna\u00eet leur r\u00e9putation. \u00c0 Stuben, les filles en parlent parfois, avec une crainte m\u00eal\u00e9e d&rsquo;une envie de rencontre. Les rencontrer, oui, mais au bal, au village, avec les grands fr\u00e8res et les vieux tout autour. Elle pense qu\u2019en pleine campagne, pour trois gars de Bochum, bousculer une fille de Stuben serait une sorte d&rsquo;exploit que l&rsquo;on pourrait ensuite raconter pendant des mois au caf\u00e9. Sa respiration devient plus rapide. Elle acc\u00e9l\u00e8re le pas. Elle baisse les yeux. Pourtant, au moment o\u00f9 elle croise les gar\u00e7ons, elle n\u2019entend ni\u00a0les quolibets, ni les sifflements, ni les cris d&rsquo;oiseaux qu\u2019elle attendait. Du coin de l\u2019\u0153il, elle per\u00e7oit qu\u2019ils se sont arr\u00eat\u00e9s, qu\u2019ils la regardent passer, en silence. Alors, n&rsquo;y tenant plus, elle l\u00e8ve \u00a0les yeux et croise leurs regards.<br \/>\nEt dans le regard hautain de Franz, elle lit:<br \/>\n\u2014 Toi, tu n&rsquo;es pas tr\u00e8s belle. J&rsquo;en aurai dix autres mieux que toi au bal de ton village tout \u00e0 l\u00b4heure.<br \/>\nEt dans le regard d\u2019Erich, qui passe sous sa paupi\u00e8re mi-close et qui la transperce, elle lit:<br \/>\n\u2014 Regarde-moi bien. Tu es d\u00e9j\u00e0 s\u00e9duite. Je sais qu\u2019au retour, ce soir, nous nous croiserons encore et que tu ne me r\u00e9sisteras pas.<br \/>\nEt, dans le regard blas\u00e9 de Thaddeus, elle lit:<br \/>\n\u2014 Tu n&rsquo;es pas belle, et je connais ton p\u00e8re. Il est ouvrier agricole. Alors qu&rsquo;est-ce que \u00e7a me rapporterait de perdre mon temps avec toi ?<br \/>\nComme sur une photo en noir et gris, les trois silhouettes et leurs regards se sont fix\u00e9s sur sa r\u00e9tine et resteront dans sa m\u00e9moire pour toujours. Elle sait maintenant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas belle, qu&rsquo;elle est pauvre et que,ce soir, elle conna\u00eetra Erich de la bande \u00e0 Thaddeus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain du bal de Stuben, dans le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi, le maire de Bochum a rassembl\u00e9 ses habitants au son du tambour de ville. Debout sur une table au milieu de la grand \u2019place, il leur a appris que l\u2019Allemagne venait de d\u00e9clarer la guerre \u00e0 la Russie et que la guerre contre la France qui venait de d\u00e9cr\u00e9ter la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait maintenant in\u00e9vitable. Il a ajout\u00e9 cependant que, compte tenu de la terrible efficacit\u00e9 de l\u2019armement moderne, la guerre serait courte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Photo d&rsquo;August Sander<\/span>\u00a0<\/em><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>August Sander (1876, Herdorf, Rh\u00e9nanie-Palatinat &#8211; 1964, Cologne) \u00e9tait un photographe allemand.\u00a0Portraitiste scrupuleux de la R\u00e9publique de Weimar, August Sander r\u00e9unit photographie documentaire et pratique artistique, une d\u00e9marche exemplaire aujourd&rsquo;hui.<span style=\"color: #000000;\"> (Wikipedia)<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p><b><span style=\"color: #ff0000;\">ET DEMAIN, DOM JUAN<\/span>\u00a0<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9v\u00e8nements relat\u00e9s ci-dessous se sont produits le 31 juillet 1914, il y a exactement 104 ans. 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