{"id":6603,"date":"2016-08-09T07:07:48","date_gmt":"2016-08-09T05:07:48","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=6603"},"modified":"2016-08-07T18:59:38","modified_gmt":"2016-08-07T16:59:38","slug":"ecrire-mais-avec-quoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6603","title":{"rendered":"\u00c9crire, mais avec quoi ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Et d&rsquo;abord, pourquoi \u00e9crit-on ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Question sempiternelle que tous ceux qui \u00e9crivent se posent un jour. Question clich\u00e9 \u00e0 la Jacques Chancel : \u00ab\u00a0<em>Dites moi, cher ami, nous approchons de la fin de l&rsquo;\u00e9mission, il nous reste \u00e0 peine\u00a0une minute, alors une derni\u00e8re question\u00a0: cher Marcel Proust, pourquoi \u00e9crivez-vous?<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nEh bien, si moi, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 Radioscopie et si Jacques Chancel m&rsquo;avait pos\u00e9 cette question, il ne m&rsquo;aurait pas fallu trois minutes pour y r\u00e9pondre. J&rsquo;aurais dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Voyez-vous, cher Jacques Chancel, comme beaucoup, je vis des \u00e9motions. Comme certains, je voudrais les partager. Mais comme personne n&rsquo;\u00e9coute, j&rsquo;\u00e9cris<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc j&rsquo;\u00e9cris sous le r\u00e8gne <!--more-->ou dans le souvenir de l&rsquo;\u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un paysage grandiose, une vall\u00e9e immense, la mer infinie d\u00e9clenchent chez moi une envie d&rsquo;\u00e9crire.<br \/>\nUn enfant qui rit, un animal qui meurt, un homme qui pleure, une femme qui sourit d\u00e9clenchent chez moi une envie d&rsquo;\u00e9crire.<br \/>\nUne musique, un film, un roman d\u00e9clenchent chez moi une envie d&rsquo;\u00e9crire.<br \/>\n\u00c9motion, envie d&rsquo;\u00e9crire. Envie d&rsquo;\u00e9crire, \u00e9motion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Curieusement pour moi, le si\u00e8ge de l&rsquo;\u00e9motion, c&rsquo;est dans les poumons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais pas ce qu&rsquo;il en est pour vous, mais chez moi, une \u00e9motion, une \u00e9motion un peu intense, une \u00e9motion qui vaut le coup, d\u00e9clenche chez moi une sorte de sanglot silencieux, plus ou moins fort selon le niveau de l&rsquo;\u00e9motion. Bien-s\u00fbr, le larynx, la gorge, la bouche et m\u00eame quelque fois les yeux participent. Mais j&rsquo;ai quand m\u00eame la nette impression que tout \u00e7a part des poumons. J&rsquo;\u00e9cris donc avec les poumons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous allez me dire que dans les poumons, il y a le c\u0153ur et que le c\u0153ur doit bien \u00eatre pour quelque chose dans ce sanglot. Je vous l&rsquo;accorde, si je suis le t\u00e9moin \u00e9mu de choses tristes qui arrivent \u00e0 des gens faibles, je ne nie pas que le c\u0153ur puisse y \u00eatre pour quelque chose. Mais que viendrait faire le c\u0153ur dans une \u00e9motion provoqu\u00e9e par la vision d&rsquo;une mer immense ou d&rsquo;une montagne couverte de neige ?\u00a0L\u00e0, comme on dit, le c\u0153ur n&rsquo;y est pas. Mais les poumons y sont toujours. Il n&rsquo;y a pas de doute, j&rsquo;\u00e9cris avec les poumons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;\u00e9cris pas toujours avec les poumons. Il m&rsquo;arrive aussi d&rsquo;\u00e9crire avec la t\u00eate. Mais quand j&rsquo;\u00e9cris avec la t\u00eate, je me mets \u00e0 manquer de c\u0153ur, il m&rsquo;arrive m\u00eame d&rsquo;\u00e9crire ironique, acerbe, m\u00e9chant. Quand j&rsquo;\u00e9cris avec la t\u00eate, je peux m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre p\u00e9dant, pusillanime, ennuyeux. J&rsquo;\u00e9vite donc d&rsquo;\u00e9crire avec la t\u00eate. Mais c&rsquo;est parfois plus fort que moi. A contrec\u0153ur, j&rsquo;\u00e9cris parfois avec la t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pourrais ajouter que j&rsquo;\u00e9cris aussi avec la voix, mais \u00e7a, c&rsquo;est quand les poumons ou la t\u00eate n&rsquo;ont plus rien \u00e0 dire. J&rsquo;\u00e9cris avec la voix, ou plut\u00f4t avec la mi-voix quand je relis avec elle ce que les poumons et la t\u00eate ont \u00e9crit. Et quand je fais cela, ma mi-voix leur dit ce qui ne va pas, ce qui heurte, ce qui r\u00e9p\u00e8te, ce qui tr\u00e9buche, ce qui clopine, ce qui chuinte, ce qui choque. Je dois dire que ma t\u00eate et mes poumons sont presque toujours d&rsquo;accord avec ma mi-voix. Alors, avec leur accord, je rabote, je rajoute un pied, j&rsquo;enl\u00e8ve une syllabe, je trouve un synonyme, je place une virgule, j&rsquo;instaure un paragraphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et quand ma mi-voix est enfin satisfaite, mes poumons soupirent d&rsquo;aise, ma t\u00eate se repose et ma main \u00e9crit le mot<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Fin<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et d&rsquo;abord, pourquoi \u00e9crit-on ? Question sempiternelle que tous ceux qui \u00e9crivent se posent un jour. 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