{"id":6409,"date":"2016-07-13T07:07:38","date_gmt":"2016-07-13T05:07:38","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=6409"},"modified":"2016-07-12T17:49:34","modified_gmt":"2016-07-12T15:49:34","slug":"marcel-proust-en-vacances-chap-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6409","title":{"rendered":"La suite de Balbec  &#8211; Chap.4 &#8211; La librairie"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Si vous voulez savoir ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avant, allez donc consulter le JdC des 3 jours pr\u00e9c\u00e9dents ! Non mais sans blague, je ne vais quand pas tout faire ! Bon, voila le chapitre 4<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>4-La librairie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je passai ensuite de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du magasin, celui qui \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature. Je me faufilai entre deux rayonnages de bois dont les \u00e9tag\u00e8res se courbaient sous le poids des livres. Curieusement, la plupart d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9taient que d&rsquo;autres exemplaires de ceux que j&rsquo;avais vu un peu plus t\u00f4t dans la vitrine. Hugo, Dickens, Maupassant&#8230; Je pr\u00e9levai un exemplaire de Bel-Ami et me mis \u00e0 le feuilleter. Ses pages \u00e9taient blanches. Je reposai Bel-Ami et saisi une Madame Bovary voisine. \u00c0 part la premi\u00e8re, qui reprenait le nom du roman et celui de son auteur, toutes les autres pages \u00e9taient vierges. \u00c9trange ! Je pensai alors que je me trouvais devant un stock de rebuts d&rsquo;imprimerie destin\u00e9s au pilon. Je relevai la t\u00eate. La silhouette sous la lampe avait disparu. J&rsquo;avan\u00e7ais entre les rayons de plus en plus \u00e9loign\u00e9s de la vitrine donc de plus en plus sombres. Je remarquai plusieurs changements : du blanc cass\u00e9 ou jaune filasse ou marron clair, les dos des livres \u00e9taient pass\u00e9s au rouge vif, bleu ciel, rose bonbon, vert pomme. Les dimensions aussi variaient d&rsquo;un volume \u00e0 l&rsquo;autre, cr\u00e9ant sur les \u00e9tag\u00e8res des falaises cr\u00e9nel\u00e9es comme on en rencontre en Islande. Je m&rsquo;arr\u00eatais devant <!--more-->une pile branlante : Salinger, Hemingway, Sagan, Conrad \u00e9taient sur le dessus. J&rsquo;ouvris le premier et commen\u00e7ai \u00e0 le feuilleter. Contrairement aux livres que j&rsquo;avais ouvert un peu plus t\u00f4t, certaines pages de celui-ci \u00e9taient imprim\u00e9es. Elles pr\u00e9sentaient des bribes de texte, des noms, des lieux. Des bouts de phrases, incoh\u00e9rents, parlaient des canards de Central Park et d&rsquo;un lac gel\u00e9 ou d&rsquo;une vieille Phoebe, ou d&rsquo;un vieux Spencer, ou de fleurets perdus dans le m\u00e9tro. Le livre suivant parlait lui aussi en petites phrases d\u00e9cousues de poisson gigantesque, de lignes rompues et de mains ensanglant\u00e9es. Dans le suivant, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une jeune fille, de Saint-Tropez et d&rsquo;un accident de voiture. Tout cela m&rsquo;\u00e9tait vaguement familier. Je reposai le bouquin sur sa pile et continuai mon exploration. Je connaissais mieux les livres que je longeais maintenant : Stephen King, Tom Clancy, Umberto Ecco, Am\u00e9lie Nothomb&#8230; Bien oblig\u00e9 ! Mon magazine sortait au moins un article par an sur chacun de ces auteurs, et la plupart du temps, c&rsquo;\u00e9tait moi qui les avaient \u00e9crits. J&rsquo;ouvris l&rsquo;un de ces livres au hasard. Les pages \u00e9taient noires, remplies de caract\u00e8res coll\u00e9s les uns aux autres, sans espace ni ponctuation, si bien que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 en d\u00e9chiffrer le sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je revins sur mes pas. Au d\u00e9tour d&rsquo;un couloir, je tombais sur toute une collection d&rsquo;albums de Tintin, de Spirou, de Blake et Mortimer. Toutes les images \u00e9taient l\u00e0, tous les personnages, je les reconnaissais tous, Milou, Gaston, le Marsupilami, la Castafiore, Alix&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de ces grands formats, un volume \u00e0 couverture rouge s&rsquo;appuyait de travers contre ses voisins. Il se distinguait des autres par son \u00e9paisseur et par le titre en lettres d&rsquo;or qui ornait son dos. Je le reconnus aussit\u00f4t : c&rsquo;\u00e9tait un dictionnaire de latin, le m\u00eame que celui que j&rsquo;avais utilis\u00e9 en classes de troisi\u00e8me et de seconde avant d&rsquo;abandonner d\u00e9finitivement cette langue morte qui m&rsquo;ennuyait tant :\u00a0un Gaffiot !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je sortis le lourd volume du rayonnage, soufflai dessus pour en chasser la poussi\u00e8re et l&rsquo;ouvris au hasard :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Quousque<\/em><\/strong><em> : adv.; Jusqu&rsquo;o\u00f9, jusqu&rsquo;\u00e0 quel point. \u00ab\u00a0Quousque tandem Catilina abutere patientiam nostram ? \u00a0\u00bb : Jusques \u00e0 quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? Cic\u00e9ron (Catilinaires I-IV)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je r\u00e9alisai que j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 sur la seule citation latine \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te qui me rest\u00e2t de mes courtes \u00e9tudes classiques. Je revoyais notre classe aux pupitres noirs grav\u00e9s des noms de tous ceux qui s&rsquo;y \u00e9taient assis un jour ; \u00e0 travers les fen\u00eatres grillag\u00e9es, je revoyais sur la gauche la cour, d\u00e9serte \u00e0 cette heure, que notre classe dominait de quelques marches ; je revoyais, debout au milieu de la petite estrade, dos au tableau noir, notre professeur de latin, Monsieur Colin qui, disait mon p\u00e8re, ressemblait comme un fr\u00e8re \u00e0 Paul Guth, Monsieur Colin, qui nous parlait de Catilina, de Cic\u00e9ron, de C\u00e9sar et de Marc-Antoine ; je sentais l&rsquo;odeur des cuisines de la cantine qui montaient du sous-sol ; j&rsquo;entendais la sonnerie stridente qui nous lib\u00e9rait du professeur de latin. Comme si j&rsquo;\u00e9tais un peu ivre, berc\u00e9 par le souffle doux et ti\u00e8de de la nostalgie, je chancelai l\u00e9g\u00e8rement. Je voulus m&rsquo;appuyer des deux mains contre l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re et je l\u00e2chai le gros dictionnaire qui tomba sur le parquet avec un bruit sourd. Il s&rsquo;ouvrit sur la page de garde et, au milieu des enluminures qui entouraient le titre, le nom de l&rsquo;auteur et celui de l&rsquo;\u00e9diteur, je vis, en grande lettres capitales soigneusement trac\u00e9es \u00e0 la r\u00e8gle et au compas, mon nom. Mes jambes fl\u00e9chirent et je tombai assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du gros livre. C&rsquo;\u00e9tait le mien ! Mon Gaffiot ! Celui que j&rsquo;avais revendu d\u00e8s la fin de ma classe de seconde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c7a y est ? Vous avez compris ?<\/p>\n<p><em><strong>A suivre<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Demain, ce sera le dernier chapitre, la fin quoi !\u00a0C&rsquo;est triste, mais c&rsquo;est comme \u00e7a.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous voulez savoir ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avant, allez donc consulter le JdC des 3 jours pr\u00e9c\u00e9dents ! Non mais sans blague, je ne vais quand pas tout faire ! Bon, voila le chapitre 4 4-La librairie Je passai ensuite de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du magasin, celui qui \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature. Je me &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6409\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La suite de Balbec  &#8211; Chap.4 &#8211; La librairie<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[1052,276,21],"class_list":["post-6409","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-balbec","tag-marcel-proust","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6409","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6409"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6409\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6409"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}