{"id":6403,"date":"2016-07-10T07:07:49","date_gmt":"2016-07-10T05:07:49","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=6403"},"modified":"2016-07-06T07:39:14","modified_gmt":"2016-07-06T05:39:14","slug":"marcel-proust-en-vacances-chap-1-a-la-recherche-de-marcel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6403","title":{"rendered":"La suite de Balbec  &#8211; Chap.1-A la recherche de Marcel"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000080;\"><em><span style=\"font-family: 'Source Sans Pro';\">Aujourd&rsquo;hui est le 145\u00e8me anniversaire de la naissance de Marcel Proust.<br \/>\n\u00ab\u00a0Etonnant, non\u00a0?\u00a0\u00bb aurait dit Desproges. <\/span><span style=\"font-family: 'Source Sans Pro';\"><br \/>\nPour c\u00e9l\u00e9brer cet \u00e9v\u00e8nement, la r\u00e9daction a confi\u00e9 la plume \u00e0 un \u00e9minent confr\u00e8re journaliste, dont on sait qu&rsquo;il a souhait\u00e9 conserver l&rsquo;anonymat et refus\u00e9 toute r\u00e9mun\u00e9ration. Gr\u00e2ce lui en soit rendue.<\/span><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><span style=\"font-family: 'Source Sans Pro';\"><em>Voici, distill\u00e9e quotidiennement en 5 parties :<\/em> <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La suite de Balbec<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1-A la recherche de Marcel\u00a0<\/strong><br \/>\nTout le budget va y passer! Faut dire ! Quelle id\u00e9e de m&rsquo;installer au Grand H\u00f4tel ! Je croyais que le cadre, le luxe, la vue, tout \u00e7a, \u00e7a me donnerait des id\u00e9es. Mais, rien. Depuis quatre jours que je suis install\u00e9 dans cette chambre, je passe pratiquement tout mon temps assis \u00e0 cette petite table devant l&rsquo;\u00e9cran de mon ordinateur. Et rien ! Je regarde les nuages, les vagues et les mouettes par la fen\u00eatre ouverte. Je n&rsquo;ai pas \u00e9crit une seule ligne valable.<br \/>\nQuand j&rsquo;avais fait ma r\u00e9servation, le prix annonc\u00e9 pour la chambre et la pension compl\u00e8te m&rsquo;avait fait fr\u00e9mir. Il d\u00e9passait de loin ce que j&rsquo;avais imagin\u00e9. Il restait cependant dans les limites de ce que m&rsquo;avait accord\u00e9 Cottard, mon \u00e9diteur, pour lui livrer sous un mois un essai de 25.000 mots sur Proust. Le sujet pr\u00e9cis, le point de vue, l&rsquo;angle d&rsquo;attaque, tout \u00e7a, il s&rsquo;en fichait. Cottard m&rsquo;avait dit:<br \/>\n-Coco, tu fais ce que tu veux du moment que tu parles de Proust. Proust, \u00e7a se vend en ce moment. Alors, vas-y! Mais, attention Coco, il y a urgence ! T\u00e9l\u00e9rama, Elle et les Inrocks sortent chacun un num\u00e9ro sp\u00e9cial sur Proust pratiquement le m\u00eame jour, dans six semaines, Il faut que ton truc sorte en m\u00eame temps. \u00c7a lui fera une promo terrible. Un mois, Proust, 25.000 mots et 4.000 \u20ac d&rsquo;avance, \u00e7a devrait coller Coco, non ?<br \/>\nJ&rsquo;essayai de discuter, <!--more-->de dire que je serais certainement meilleur sur Tom Clancy, Marc L\u00e9vy ou \u00e0 la rigueur sur Paolo Coehlo, mais Cottard n&rsquo;en d\u00e9mordait pas. Du Proust, il voulait du Proust. Et puis, les 4.000\u20ac, j&rsquo;en avais vraiment besoin. Mon roman \u00e9rotico-m\u00e9dieval \u00e9tait en panne depuis des semaines et, \u00e0 part une fausse anecdote de voyage \u00e0 Rio, o\u00f9 je n\u2019avais jamais mis les pieds mais que j&rsquo;avais pu placer au Magazine Air France, je n&rsquo;avais rien vendu depuis plus de six mois. Mon \u00e9diteur voulait du Proust. Il allait falloir que je lui en donne.<br \/>\nJe ne sais pas si vous avez remarqu\u00e9 mais, dans une conversation un tant soit peu branch\u00e9e, quand quelqu&rsquo;un se met \u00e0 parler de Proust, personne ne dit qu&rsquo;il a lu Proust, mais tout le monde dit qu&rsquo;il le relit. \u00ab\u00a0Ah! Proust ! Je me suis mis \u00e0 le relire, quelle merveille&#8230;\u00a0\u00bb Et de citer la petite madeleine&#8230;\u00a0\u00bbAh! Le passage de la madeleine&#8230;quelle \u00e9vocation du pass\u00e9&#8230;comme c&rsquo;est bien dit&#8230;et comme c&rsquo;est vrai, en plus&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nEh bien, moi qui vis dans un milieu tout ce qu&rsquo;il y a de branch\u00e9, je dirais m\u00eame quasiment dans un milieu intellectuel -je travaille comme free-lance pour un grand magazine masculin- je n&rsquo;avais jamais rien lu de Proust. Faute de temps, sans doute. Je manquais donc s\u00e9rieusement de bases pour me lancer dans cette affaire. Il me fallait absolument de la doc, et \u00e7a, rassembler de la doc, c&rsquo;est la base de mon m\u00e9tier, je sais faire, j&rsquo;ai mes m\u00e9thodes.<br \/>\nJe rentrai donc chez moi de bonne heure, j&rsquo;ouvris un paquet de chips, une Heinenken et mon MacBook et je me pr\u00e9parai \u00e0 passer la nuit \u00e0 Googliser. J&rsquo;avais ouvert une feuille iNotes et je commen\u00e7ai \u00e0 noter :<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>\u00a0Proust Marcel \/ 1871-1922 \/ Prix Goncourt 1919 \/ \u0152uvre principale : A la Recherche du Temps Perdu \/ 8 volumes, 2988 pages..<\/em>.\u00a0\u00bb<br \/>\nBon sang, trois mille pages !<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>Consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus grands \u00e9crivains du monde occidental, Proust nous a livr\u00e9 une \u0153uvre magistrale et presque autobiographique qui allie \u00e0 la description d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 aujourd&rsquo;hui disparue, la peinture de caract\u00e8res \u00e9ternels, et une r\u00e9flexion majeure sur la m\u00e9moire et sur le temps&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nJ&rsquo;ouvris un nouveau paquet de cigarettes et je commandai une pizza quatre fromages.<br \/>\nEn attendant la pizza, je t\u00e9l\u00e9chargeai la totalit\u00e9 des huit volumes dans ma biblioth\u00e8que iBooks. Je savais bien que je n&rsquo;aurais jamais le temps de lire tout \u00e7a, mais \u00e7a pouvait toujours servir. En plus, c&rsquo;\u00e9tait gratuit.<br \/>\nEn continuant \u00e0 chercher, je trouvai le PDF d&rsquo;un r\u00e9sum\u00e9 de la Recherche. Je lus ses quatre pages en entier et d&rsquo;une seule traite. Compliqu\u00e9 de d\u00e9gager quelque chose de tout ce fatras ! Au passage, je notai quand m\u00eame des trucs, des noms, en vrac :<br \/>\n<em>&#8230;Swann, Guermantes, Combray, Charlus, Fran\u00e7oise, Albertine, Cottard\u2026<\/em><br \/>\nTiens, Cottard !<br \/>\nIl y avait un nom qui revenait tout le temps. C&rsquo;\u00e9tait Balbec, apparemment un bled au bord de la mer, avec un Grand H\u00f4tel. Proust y \u00e9tait parti plusieurs fois en vacances.<br \/>\nCe mot de vacances alluma une petite lumi\u00e8re dans mon cerveau fatigu\u00e9 par une nuit totalement blanche. J&rsquo;avais trouv\u00e9 ce que j&rsquo;allais faire : j&rsquo;allais \u00e9crire un truc sur les vacances de Proust tout en en prenant moi-m\u00eame, des vacances. J&rsquo;irai passer deux ou trois semaines dans cet h\u00f4tel de luxe et du diable si \u00e7a ne me donnait pas des id\u00e9es pour mon essai. Bien s\u00fbr, je n&rsquo;avais pas les moyens de me payer trois semaines dans un cinq \u00e9toiles, ni deux, ni m\u00eame une seule, mais j&rsquo;\u00e9tais certain qu&rsquo;avec cette id\u00e9e, j&rsquo;arriverai \u00e0 convaincre Cottard de prendre les frais \u00e0 sa charge.<br \/>\nEnthousiasm\u00e9 par le projet, je commen\u00e7ai tout de suite \u00e0 lui chercher un titre : \u00ab\u00a0<em>Les vacances de Monsieur Proust<\/em>\u00bb. Pas mal, mais \u00e7a ressemblait un peu trop aux \u00ab\u00a0<em>Vacances de Monsieur Hulot<\/em>\u00ab\u00a0. \u00ab\u00a0<em>Le Grand H\u00f4tel de Proust<\/em>\u00a0\u00bb ? Non, \u00e7a pr\u00eatait \u00e0 confusion. \u00ab\u00a0<em>Proust \u00e0 la mer<\/em>\u00a0\u00bb ? Et pourquoi pas \u00ab\u00a0<em>Marcel \u00e0 la plage<\/em>\u00ab\u00a0, pendant que tu y es ? Finalement, je me fixai sur \u00a0\u00bb <em>Marcel Proust en vacances<\/em>\u00ab\u00a0. Ce qui \u00e9tait bien, c&rsquo;est que \u00e7a ne disait pas si c&rsquo;\u00e9tait Proust ou le lecteur qui \u00e9tait en vacances, \u00e7a n&rsquo;engageait \u00e0 rien, tout \u00e9tait ouvert, et je pourrais toujours changer de titre si je trouvais mieux.<br \/>\nJe cherchais Balbec et son Grand H\u00f4tel dans le Guide Michelin, mais ils n&rsquo;y \u00e9taient pas. Je dus me rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : Balbec n&rsquo;existait pas. Pas de probl\u00e8me, Google m\u2019apprit en moins d&rsquo;une minute que Balbec \u00e9tait en fait le faux nom de Cabourg, et qu&rsquo;il y existait bien un Grand H\u00f4tel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>A suivre&#8230;<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Demain 11 juillet, la suite : 2-Le Grand H\u00f4tel<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd&rsquo;hui est le 145\u00e8me anniversaire de la naissance de Marcel Proust. \u00ab\u00a0Etonnant, non\u00a0?\u00a0\u00bb aurait dit Desproges. Pour c\u00e9l\u00e9brer cet \u00e9v\u00e8nement, la r\u00e9daction a confi\u00e9 la plume \u00e0 un \u00e9minent confr\u00e8re journaliste, dont on sait qu&rsquo;il a souhait\u00e9 conserver l&rsquo;anonymat et refus\u00e9 toute r\u00e9mun\u00e9ration. Gr\u00e2ce lui en soit rendue. 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