{"id":6253,"date":"2016-06-11T07:07:05","date_gmt":"2016-06-11T05:07:05","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=6253"},"modified":"2019-04-20T14:41:03","modified_gmt":"2019-04-20T12:41:03","slug":"bonjour-philippines-chap-13-ratinet-suite-et-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6253","title":{"rendered":"Bonjour, Philippines ! Chap.13 &#8211; Ratinet, suite et fin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><i>Voici donc la fin des aventures de Philippe aux Philippines.\u00a0Mais,\u00a0ce qui fera l&rsquo;objet de\u00a0ce dernier chapitre, c&rsquo;est\u00a0plut\u00f4t le d\u00e9nouement de celles de Ratinet.<br \/>\nAndr\u00e9 Ratinet,\u00a0dit Riton Padbol,\u00a0dit Andy Bad Luck, dit D\u00e9d\u00e9 la D\u00e9veine, a pris une pris une place de premier\u00a0plan dans le\u00a0d\u00e9veloppement de cette histoire. On se souvient que le bonhomme attire les ennuis comme la Normandie la pluie. Apr\u00e8s avoir perdu sa valise entre Bruxelles et Bangkok, s&rsquo;\u00eatre fait d\u00e9valiser en douceur dans Luneta Park, apr\u00e8s avoir photographi\u00e9 les plus belles fleurs du monde avec une cam\u00e9ra vide de pellicule, ne voil\u00e0-t-il pas qu&rsquo;il a rencontr\u00e9 le d\u00e9mon de midi en la personne de la jolie Tavia. Ces derni\u00e8res semaines, la jeune personne a beaucoup perturb\u00e9 l&rsquo;ing\u00e9nieur dans sa recherche du meilleur trac\u00e9 pour la route c\u00f4ti\u00e8re nord de Mindanao. \u00c7a lui a valu les reproches amers de son bien-aim\u00e9 chef de mission, G\u00e9rard Peltier.\u00a0Mais, quand il d\u00e9cide de ramener la donzelle \u00e0 Montalivet-les-Bains (Gironde) et que, pour cela, il a un besoin urgent de 5000 dollars, quand il compte les emprunter, certes indirectement mais quand m\u00eame, \u00e0 la Banque Mondiale, ou, \u00e0 d\u00e9faut, \u00e0 ses coll\u00e8gues, les choses deviennent graves.<br \/>\nA ce stade, et bien que l&rsquo;\u00e9ternel optimiste Peltier ait assur\u00e9 que \u00ab\u00a0\u00e7a allait se tasser\u00a0\u00bb, le lecteur sent bien que les aventures de Ratinet ne vont pouvoir s&rsquo;achever que dans la douleur.<br \/>\nC\u2019est ce qu\u2019on va voir dans ce dernier chapitre dont on remarquera qu&rsquo;il porte le num\u00e9ro 13.<br \/>\nMais pouvait-il en \u00eatre autrement ?<\/i><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><b>***<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de notre d\u00eener du vendredi pr\u00e9c\u00e9dent, obstin\u00e9ment optimiste, Peltier avait <!--more-->d\u00e9clar\u00e9 que \u00a0\u00bb \u00e7a allait se tasser\u00a0\u00bb. Il parlait bien entendu des vell\u00e9it\u00e9s de Ratinet d&#8217;emporter la jeune Tavia dans ses bagages lors de son prochain retour vers la France. C&rsquo;est pourquoi, d\u00e8s que j&rsquo;arrivai au bureau le mardi matin apr\u00e8s mon weekend de P\u00e2ques \u00e0 Mabini, j&rsquo;allai voir Peltier pour lui demander des nouvelles de Ratinet. Il n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0. Cora me dit qu&rsquo;il \u00e9tait en r\u00e9union au D.P.W.H. toute la journ\u00e9e, mais qu&rsquo;il viendrait surement au bureau dans la soir\u00e9e. Je passai la journ\u00e9e \u00e0 \u00e9crire une \u00e9bauche des trois premiers chapitres de mon rapport. Ratinet ne se montra pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers quatre heures, Vanny et La\u00efla, les deux dactylos, quitt\u00e8rent le bureau avec l&rsquo;ing\u00e9nieur Hizon. Une heure plus tard, Cora vint me demander si j&rsquo;avais besoin de quelque chose, puis elle s&rsquo;en alla \u00e0 son tour en allumant les lumi\u00e8res. Vers six heures et demie, j&rsquo;entendis une voiture arriver devant notre bungalow. Je me levai de mon si\u00e8ge en m&rsquo;\u00e9tirant \u00a0et m&rsquo;approchai d&rsquo;une fen\u00eatre. Peltier \u00e9tait en train de payer son taxi quand une deuxi\u00e8me voiture p\u00e9n\u00e9tra sur le parking d\u00e9sert de notre b\u00e2timent. Deux hommes en descendirent et s&rsquo;approch\u00e8rent de Peltier. L&rsquo;un \u00e9tait tr\u00e8s grand, d\u00e9gingand\u00e9, la silhouette un peu flottante. L&rsquo;autre, de taille moyenne, donnait par contraste une impression de densit\u00e9. Je vis le plus grand \u00e9changer quelques mots avec Peltier qui finit par leur montrer l&rsquo;escalier qui menait \u00e0 notre \u00e9tage. \u00c0 travers les cloisons vitr\u00e9es, je vis les deux visiteurs le suivre jusque dans son bureau. Les deux hommes avaient l\u2019air d\u2019\u00eatre Chinois. Peltier fit un signe pour les inviter \u00e0 s&rsquo;assoir, et tout faisant le tour de sa petite table de conf\u00e9rence, il me jeta un regard qui me fit comprendre qu&rsquo;il souhaitait que je le rejoigne. Je traversai nonchalamment le bureau des ing\u00e9nieurs, puis celui des secr\u00e9taires et j&rsquo;ouvris \u00e0 demi la porte du bureau du chef de mission. Je passai la t\u00eate\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut G\u00e9rard, je voulais &#8230; Oh, pardon ! Tu as du monde !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Non, non, entre, Philippe, entre ! r\u00e9pondit-il joyeusement en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis s\u2019adressant en anglais au deux Chinois\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Voici Philippe. Il connait Monsieur Ratinet aussi bien que moi. Je crois qu\u2019il serait bon qu\u2019il\u00a0entende aussi ce que vous avez \u00e0 dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et toujours en anglais, en se tournant vers moi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ces messieurs ont des choses \u00e0 dire \u00e0 propos d\u2019Andr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regardais les deux hommes. Leur origine ne faisait pas de doute. En quelques mois de s\u00e9jour \u00e0 Manille, j&rsquo;avais compris qu&rsquo;aux Philippines, les Chinois \u00e9taient plut\u00f4t mal consid\u00e9r\u00e9s. Ils avaient la r\u00e9putation de n&rsquo;occuper que deux types d&#8217;emploi : celui de riches commer\u00e7ants, intelligents et durs travailleurs, \u00e2pres au gain et exploiteurs du pauvre peuple, ou celui de bandits, pirates, gangsters puissants et sans piti\u00e9 et exploiteurs du pauvre peuple. Pour la plupart des Philippins, la fronti\u00e8re entre ces deux activit\u00e9s \u00e9taient extr\u00eamement t\u00e9nue et pour certains, inexistante. Tant et si bien qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e0 la fois m\u00e9pris\u00e9s et craints. Je n\u2019eus pas de mal \u00e0 situer nos visiteurs du mauvais c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re.<br \/>\nLe plus \u00e2g\u00e9 des deux \u00e9tait tr\u00e8s maigre et, m\u00eame assis, il paraissait tr\u00e8s grand. Son costume frip\u00e9 en lin \u00e9cru et la large chemise blanche qu&rsquo;il portait par-dessus son pantalon avaient l&rsquo;air de flotter sur lui. Un chapeau usag\u00e9 en paille de Panama et des sandales port\u00e9es pieds nus compl\u00e9taient l&rsquo;impression de laisser-aller et de lassitude que d\u00e9gageait le bonhomme. Il se pencha sur le c\u00f4t\u00e9 pour attraper dans sa poche de veste un paquet de\u00a0Winston et une pochette d&rsquo;allumettes. Il tira une cigarette du paquet et l&rsquo;alluma tranquillement. Puis il croisa les jambes et, se renfon\u00e7ant dans son fauteuil, il souffla un long nuage de fum\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour affecter une d\u00e9contraction qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9prouvait probablement pas, G\u00e9rard s&rsquo;\u00e9tait assis d&rsquo;une fesse sur le coin de son bureau et observait le man\u00e8ge en silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le grand Chinois parla :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-La fum\u00e9e ne vous d\u00e9range pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ca n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment une question. Il continua sans attendre de r\u00e9ponse :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Voil\u00e0. Je suis le secr\u00e9taire de Monsieur Leung&#8230;un homme d&rsquo;affaires important \u00e0 Manille. Celui-l\u00e0 est mon assistant, dit-il en d\u00e9signant son compagnon d&rsquo;un coup de menton \u00e0 peine perceptible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui-l\u00e0\u00a0se tenait debout pr\u00e8s de la porte du bureau, les mains crois\u00e9es devant lui \u00e0 la hauteur de sa ceinture. Il \u00e9tait tout l&rsquo;oppos\u00e9 de son patron. De taille moyenne, muscl\u00e9, il \u00e9tait l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit dans un costume gris sombre et luisant, parfaitement repass\u00e9. Sa chemise Lacoste noire \u00e9tait rentr\u00e9e dans son pantalon, ses chaussures de ville vernies paraissaient toute neuves. Il portait aussi, bien droit sur la t\u00eate, un tout petit chapeau de paille noire. Son regard \u00e9tait vide et, \u00e0 supposer qu&rsquo;il parl\u00e2t anglais, il semblait ne pas \u00e9couter ce qui se disait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Monsieur Leung se fait du souci&#8230;, continua le grand Chinois. A propos de sa ni\u00e8ce Tavia&#8230; Une des ni\u00e8ces qu&rsquo;il aime le plus&#8230; Presque une fille pour Monsieur Leung&#8230; Monsieur Leung se fait du souci pour Tavia&#8230; Parce qu&rsquo;elle fr\u00e9quente votre ami Andrew.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme avait le souffle court. Il parlait de mani\u00e8re saccad\u00e9e, entre deux inspirations, d&rsquo;une voix rauque, ab\u00eem\u00e9e par le tabac. Il poursuivit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Andrew est presque un vieil homme&#8230; Tavia est une tr\u00e8s jeune fille&#8230; Pure chinoise de Shanghai&#8230; Andrew est blanc&#8230;Tout cela n&rsquo;est pas convenable&#8230;De plus&#8230; cette liaison perturbe beaucoup le travail de Tavia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme fit une courte pause, puis il se redressa dans son fauteuil et reprit son expos\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais Monsieur Leung sait bien&#8230; que l&rsquo;amour ne se commande pas&#8230;C&rsquo;est pourquoi il a autoris\u00e9 sa ni\u00e8ce&#8230; \u00e0 fr\u00e9quenter Andrew&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Donc, tout va bien ! intervint Peltier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le secr\u00e9taire de Monsieur Leung ne tint\u00a0pas compte de cette interruption.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais Monsieur Leung est inquiet, reprit-il. Une autre de ses ni\u00e8ces lui a appris&#8230; qu\u2019Andrew allait bient\u00f4t rentrer dans son pays&#8230; votre pays&#8230; et qu&rsquo;il voulait emmener Tavia avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ah, bon ? mentit effront\u00e9ment \u00a0Peltier, l&rsquo;air \u00e9tonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Et malgr\u00e9 le chagrin &#8230; que lui causerait le d\u00e9part&#8230;de sa ni\u00e8ce favorite&#8230; Monsieur Leung \u00e0 l&rsquo;intention de s&rsquo;effacer devant l&rsquo;amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Donc, tout va bien, r\u00e9p\u00e9ta Peltier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment, le grand Chinois qui, jusque-l\u00e0, avait parl\u00e9 le regard dans le vide comme s&rsquo;il se racontait l&rsquo;histoire \u00e0 lui-m\u00eame, leva les yeux vers Peltier et lui dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Non, tout ne va pas bien&#8230; Tavia doit de l&rsquo;argent \u00e0 son oncle&#8230; beaucoup d\u2019argent\u2026Voyez-vous&#8230;depuis des ann\u00e9es&#8230; Monsieur Leung a pourvu \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de sa ni\u00e8ce&#8230; \u00e0 son logement, sa nourriture, ses v\u00eatements&#8230; Bien s\u00fbr, elle rembourse son oncle &#8230; petit \u00e0 petit&#8230; par son travail au Monte-Carlo&#8230; Mais elle lui doit encore beaucoup&#8230; plus de 8.000 dollars aujourd&rsquo;hui&#8230; Vous comprendrez que Monsieur Leung ne peut se permettre de perdre&#8230; une\u00a0aussi grosse\u00a0somme&#8230; et il va bien falloir&#8230; la lui rembourser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me rappelai notre dernier d\u00eener au Chalet et je me dis qu\u2019Andrew avait nettement sous-\u00e9valu\u00e9 les frais de d\u00e9part de Tavia. Ou alors les prix avaient-ils augment\u00e9s r\u00e9cemment ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peltier prit un air impatient pour dire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c9coutez, si Mademoiselle Tavia doit de l&rsquo;argent \u00e0 son oncle, \u00e7a la regarde ! Qu&rsquo;est-ce que vous voulez que j&rsquo;y fasse ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Voici : &#8230; Il y a quelques jours&#8230; nous avons rencontr\u00e9 Andrew&#8230;Nous lui avons tout expliqu\u00e9&#8230; Au d\u00e9but, il semblait ne pas comprendre &#8230;il protestait&#8230; il parlait m\u00eame d&rsquo;appeler la police&#8230; Nous lui avons dit&#8230;que c&rsquo;\u00e9tait totalement inutile, &#8230;du temps perdu&#8230;de plus, il risquait de s\u00e9rieux ennuis&#8230; pour d\u00e9tournement de jeune fille mineure&#8230; Nous avons d\u00fb le secouer un petit peu et&#8230; il a fini par comprendre&#8230;\u00a0Il nous a juste demand\u00e9 un d\u00e9lai pour payer&#8230; Le d\u00e9lai a expir\u00e9 hier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Encore une fois, que voulez-vous que j&rsquo;y fasse ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Depuis hier, &#8230;nous cherchons votre ami&#8230; pour le rappeler \u00e0 ses obligations&#8230; mais il reste introuvable&#8230; Alors nous comptons sur vous&#8230; pour lui expliquer ceci : Si Monsieur Ratinet veut bien payer &#8230; avant vendredi &#8230;la somme de 12.000 dollars, &#8230;c&rsquo;est \u00e0 dire la dette de Tavia &#8230; plus une compensation de 4.000 dollars &#8230;pour le chagrin de perdre une ni\u00e8ce aussi charmante&#8230; Monsieur Leung la laissera partir avec tristesse&#8230; mais sans col\u00e8re&#8230;La somme pourrait \u00eatre pay\u00e9e en billets de cent dollars&#8230; disons vendredi \u00e0 midi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il prit une grande inspiration et, sur un ton presque d\u00e9sol\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Vous lui direz aussi que s&rsquo;il ne pouvait pas payer vendredi prochain&#8230; de nouvelles conditions de paiement pourraient lui \u00eatre faites&#8230; disons 16.000 dollars pour le vendredi suivant&#8230; ou 20.000 pour le suivant&#8230; mais en aucun cas le paiement ne pourra \u00eatre fait apr\u00e8s cette derni\u00e8re date.<br \/>\nIl serait bon que Monsieur Ratinet sache&#8230; qu\u2019hier soir, la jeune Tavia est partie au nord, dans sa famille&#8230; et que si le march\u00e9 ne pouvait \u00eatre conclu, Monsieur Leung serait f\u00e2ch\u00e9&#8230; et qu\u2019il pourrait affecter la jeune Tavia \u00e0 un lieu de travail disons&#8230; moins agr\u00e9able que le Monte-Carlo.<br \/>\nAlors dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tout le monde&#8230; y compris le v\u00f4tre, Monsieur Peltier&#8230; il vaudrait mieux que l&rsquo;affaire soit conclue pour vendredi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme d\u00e9croisa les jambes, se pencha en avant dans son fauteuil, posa ses coudes sur ses genoux et son menton sur ses deux poings rassembl\u00e9s et se mit \u00e0 regarder Peltier droit dans les yeux. Cela signifiait clairement qu&rsquo;il avait dit ce qu&rsquo;il avait \u00e0 dire et qu&rsquo;il attendait maintenant une r\u00e9ponse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peltier se leva du coin de son bureau pour passer derri\u00e8re le meuble. Il s&rsquo;assit, ouvrit un tiroir, en sortit un Culebras, et l&rsquo;alluma avec toute le c\u00e9r\u00e9monial qui convient \u00e0 ces \u00e9normes cigares philippins. Je compris que le berger entendait ainsi r\u00e9pondre \u00e0 la berg\u00e8re tout en gagnant un peu de temps.<br \/>\nJe n&rsquo;avais aucune id\u00e9e de ce que G\u00e9rard allait faire ou dire. Je n&rsquo;avais d&rsquo;ailleurs aucune id\u00e9e de ce que j&rsquo;aurais fait ou dit si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 sa place. Tout ce que je voyais, c&rsquo;est que ces types avaient l&rsquo;air dangereux. Dans ma t\u00eate, passaient des images de battes de baseball fracassant des genoux. Ou pire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G\u00e9rard se mit \u00e0 parler :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Cher Monsieur, vous me dites que vous cherchez Andr\u00e9 Ratinet depuis hier. Personnellement, je ne l&rsquo;ai pas vu depuis trois jours. Vous me dites que la jeune Tavia doit de l&rsquo;argent \u00e0 son oncle.\u00a0Personnellement, je ne vois pas en quoi \u00e7a me regarde.\u00a0Vous me dites qu\u2019Andr\u00e9 Ratinet veut partir avec la ni\u00e8ce de Monsieur Leung. Personnellement, \u00e7a m&rsquo;est totalement indiff\u00e9rent et je ne vois pas ce que je pourrais y faire.<br \/>\nQue Monsieur Ratinet rentre en France ou reste aux Philippines, qu&rsquo;il le fasse avec ou sans Tavia, qu&rsquo;il rembourse ou pas Monsieur Leung des frais d&rsquo;\u00e9ducation de sa ni\u00e8ce, cela m&rsquo;est compl\u00e9ment\u00e8rent \u00e9gal.<br \/>\nJe ne me sens responsable ni de ce que\u00a0Ratinet a fait, ni de ce qu&rsquo;il fera, ni de ses dettes, ni de quoi que ce soit qui le concerne.<br \/>\nVoyez-vous, il se trouve qu&rsquo;il y a trois jours, j&rsquo;ai licenci\u00e9 Ratinet. Voyez-vous, depuis plusieurs semaines, il faisait n&rsquo;importe quoi, son travail ne valait plus rien. J&rsquo;ai d\u00fb tout reprendre moi-m\u00eame. En plus, \u00a0j&rsquo;ai d\u00fb faire venir de France un autre ing\u00e9nieur pour le remplacer. Quand je me suis aper\u00e7u qu&rsquo;il avait vol\u00e9 cinq cents dollars dans la caisse, je l&rsquo;ai mis \u00e0 la porte imm\u00e9diatement.\u00a0C&rsquo;\u00e9tait la seule chose \u00e0 faire. Tu es bien d&rsquo;accord, hein, Philippe ? dit-il en se tournant vers moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais \u00e9cout\u00e9 le discours de Peltier, compl\u00e8tement subjugu\u00e9. Et maintenant, voil\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;impliquait dans son histoire. Je m&rsquo;entendis r\u00e9pondre avec h\u00e9sitation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Non, euh, si, oui, bien-s\u00fbr&#8230;c&rsquo;\u00e9tait la seule chose \u00e0 faire&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peltier reprit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Depuis, je ne l&rsquo;ai pas revu. Toi non plus Philippe ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Euh, non, non&#8230;moi non plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Il est peut-\u00eatre encore \u00e0 Manille, ou bien il a pris l&rsquo;avion pour Paris, je n&rsquo;en ai aucune id\u00e9e, et je m&rsquo;en fous compl\u00e8tement. Alors, Messieurs, vous comprendrez que je ne peux rien pour vous. Puis-je vous conseiller de vous adresse \u00e0 la police ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment-l\u00e0, pour me calmer, j&rsquo;avais entrepris d&rsquo;allumer une cigarette, et quand j&rsquo;entendis la suggestion, j&rsquo;avalai la fum\u00e9e de travers.\u00a0L\u00e0, il allait un peu fort, Peltier, sans doute gris\u00e9 par sa propre volubilit\u00e9. Je prolongeais ma toux le plus possible pour faire diversion, mais forc\u00e9ment le silence se prolongea et devint pesant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand Chinois n&rsquo;avait pas boug\u00e9 depuis que G\u00e9rard avait pris la parole. Et il continuait de le fixer intens\u00e9ment. Puis, il se d\u00e9plia de son fauteuil, lissa les pans de sa veste frip\u00e9e avec les paumes de ses mains et pronon\u00e7a d&rsquo;un ton neutre qui \u00e9tait lourd de menaces :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bien ! Nous allons prendre&#8230; d&rsquo;autres mesures&#8230;Bonsoir, messieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il sortit, suivi de son assistant.<br \/>\nJe refermai la porte derri\u00e8re eux et, en m&rsquo;appuyant contre elle, je soufflai :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Eh ben, mon vieux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regardais G\u00e9rard. Il paraissait tendu comme un arc. Aux mouvements de la fum\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9levait de son cigare, je voyais bien que sa main tremblait un peu. Il prit une grande inspiration et, tandis qu&rsquo;il expirait profond\u00e9ment en gonflant les joues, ses \u00e9paules s&rsquo;affaiss\u00e8rent. Il se pencha en avant jusqu&rsquo;\u00e0 ce que sa poitrine touche le bureau. Il resta ainsi quelques instants puis se redressa en \u00e9clatant de rire.<br \/>\nJe ressentis brusquement le besoin de m&rsquo;asseoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Eh ben, mon vieux, tu t&rsquo;en es dr\u00f4lement bien tir\u00e9. Bravo ! Mais c&rsquo;est vrai tout \u00e7a ? C&rsquo;est vrai que tu as vir\u00e9 Andr\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Penses-tu ! D&rsquo;abord, il n\u2019a pas disparu : je l&rsquo;ai vu hier soir\u00a0; il a promis de venir au bureau demain matin. Et m\u00eame s&rsquo;il avait fait trois fois pire, je n&rsquo;aurais pas pu le virer comme \u00e7a. Pas le droit&#8230;\u00a0Mais je pense que \u00e7a, les Chinois ne le savent pas. C&rsquo;est vrai que son boulot ne valait plus rien, mais il n&rsquo;a pas piqu\u00e9 dans la caisse. Je ne l&rsquo;ai pas vir\u00e9. J&rsquo;ai racont\u00e9 tout \u00e7a pour que les Chinois nous fichent la paix, \u00e0 nous et \u00e0 la mission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, j&rsquo;esp\u00e8re pour tout le monde que \u00e7a a march\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis-donc, je suis crev\u00e9. C&rsquo;est comme si j&rsquo;avais couru un 5000 m\u00e8tres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Moi aussi. On va diner ? Au Chalet ?\u00a0Je t&rsquo;invite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois au Chalet, devant un ou deux premiers verres pour attendre le T&rsquo;bone Special Chalet, nous \u00e9tions revenus en d\u00e9tail sur les \u00e9v\u00e9nements de cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi. C&rsquo;est pendant la d\u00e9gustation de la viande garantie d&rsquo;origine suisse que nous avions examin\u00e9 ce qu&rsquo;il convenait de faire avec Ratinet pour \u00e9viter une catastrophe. Au dessert, une strat\u00e9gie avait \u00e9t\u00e9 mise au point et, \u00e0 partir de ce moment, nous nous \u00e9tions engag\u00e9s calmement sur le chemin d&rsquo;une gentille euphorie \u00e0 petits coups de bi\u00e8res pression.\u00a0 Nous l\u2019atteign\u00eemes vers onze heures. La soir\u00e9e fut agr\u00e9able, amicale, sinc\u00e8re, confiante et rigolote. G\u00e9rard \u00e9vacuait la tension qu&rsquo;il avait encore en me en racontant ses colonies. Et moi, rempli d&rsquo;une sorte d&rsquo;admiration presque filiale, je l\u2019\u00e9coutais en posant les questions qu&rsquo;il fallait aux moments qu\u2019il fallait.<br \/>\nVers minuit, nous pr\u00eemes un dernier cognac, mais je refusai d&rsquo;accompagner G\u00e9rard au Playboy Club.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain matin, quand Ratinet arriva au bureau, nous \u00e9tions pr\u00eats. Fatigu\u00e9s mais pr\u00eats.\u00a0L&rsquo;op\u00e9ration fut r\u00e9alis\u00e9e brillamment, en moins de quatre heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 huit heures, j&rsquo;arrivai au bureau. G\u00e9rard \u00e9tait l\u00e0 depuis une demi-heure. Il me dit qu&rsquo;il avait parl\u00e9 \u00e0 Cora. Elle lui avait confirm\u00e9 que la famille Leung \u00e9tait connue \u00e0 Manille pour ses casinos et son r\u00e9seau de prostitution et qu&rsquo;il valait mieux ne pas avoir affaire \u00e0 eux. Il fallait donc d&rsquo;urgence extraire Ratinet du pays, comme nous l&rsquo;avions envisag\u00e9 hier soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A huit heures trente, j&rsquo;appelai Antoine \u00e0 l&rsquo;ambassade de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A neuf heures moins le quart, Ratinet arrivait au bureau, frip\u00e9, \u00a0fatigu\u00e9, d\u00e9fait. G\u00e9rard commen\u00e7a \u00e0 lui raconter notre rencontre de la veille au soir. Bien-s\u00fbr, il am\u00e9liora un peu l&rsquo;histoire insistant sur le c\u00f4t\u00e9 mena\u00e7ant des paroles du grand Chinois et sur l&rsquo;aspect inqui\u00e9tant du petit. De temps en temps, il me prenait \u00e0 t\u00e9moin :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Andr\u00e9, tu sais qu&rsquo;on n&rsquo;en menait pas large hier soir !\u00a0Hein, Philippe ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;acquies\u00e7ais d&rsquo;autant plus volontiers qu&rsquo;effectivement, la veille au soir, je n&rsquo;en menais pas large.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon sang, Andr\u00e9, c&rsquo;est un truc \u00e0 te faire estropier ou m\u00eame tuer par ces gangsters. La menace \u00e9tait claire. Si tu avais vu le petit costaud&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voyais Andr\u00e9 qui se ratatinait, livide. G\u00e9rard continuait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule solution : il faut que tu partes, que tu quittes le pays, tout de suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Andr\u00e9 commen\u00e7a \u00e0 protester faiblement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais Tavia&#8230;, je ne peux pas la laisser&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ecoute, Andr\u00e9, ce n&rsquo;est plus une histoire d&rsquo;amour. J&rsquo;esp\u00e8re que, maintenant, tu as compris le m\u00e9tier de Tavia. Cette fille se d\u00e9brouillera toujours. Elle retournera travailler au casino. Toi, c&rsquo;est ta peau que tu risques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa gentillesse naturelle, G\u00e9rard arrivait \u00e0 ne pas prononcer le mot terrible, le mot \u00ab\u00a0pute\u00a0\u00bb, qui aurait fini d&rsquo;achever Ratinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu crois vraiment ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C&rsquo;est ta peau, mon vieux. C&rsquo;est toi qui d\u00e9cides. Moi, \u00e0 ta place, je partirais. Philippe, qu&rsquo;est-ce que tu en penses ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;approuvai, bien entendu. A ce moment, je vis arriver un taxi sur le parking du bureau. Antoine en descendit. Je le vis monter les escaliers, passer dans le bureau de Cora et lui remettre une enveloppe. A travers les cloisons vitr\u00e9es, il me fit petit signe du pouce qui voulait dire que tout allait bien, et puis il repartit par le m\u00eame taxi. Il \u00e9tait dix heures moins le quart.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A dix heures moins dix, Cora entra dans le bureau et remit l&rsquo;enveloppe \u00e0 G\u00e9rard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, tu te d\u00e9cides ? dit-il en examinant son contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, je peux pas partir comme \u00e7a ! Il y a le boulot !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Le boulot, c&rsquo;est mon probl\u00e8me. On s&rsquo;arrangera sans toi. Ecoute, on t&rsquo;a trouv\u00e9 un billet d&rsquo;avion. Tu as un vol Cathay \u00e0 12 heures 10 pour Singapour . Apr\u00e8s, ce sera UTA \u00a0jusqu&rsquo;au Bourget. Tu as juste le temps d&rsquo;attraper ton avion. Il faut que tu partes !\u00a0\u00a0Maintenant !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, c&rsquo;est pas possible, je n&rsquo;ai pas mes affaires. Il faut que je passe \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel prendre mes affaires&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pas prudent ! Ils te cherchent. Peut-\u00eatre m\u00eame qu&rsquo;ils t&rsquo;attendent l\u00e0-bas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, j&rsquo;ai chang\u00e9 d&rsquo;h\u00f4tel. Je suis \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-D&rsquo;accord, mais Tavia le conna\u00eet, ton nouvel h\u00f4tel. Je me trompe ? Non ? Alors, ils le connaissent aussi. Fiche le camp, je te dis. Tout de suite. Pars comme tu es. Voil\u00e0 200\u00a0Dollars pour le voyage, c&rsquo;est largement suffisant. Cora va t&rsquo;appeler un taxi. Tu lui donneras le nom de ton \u00a0h\u00f4tel. On ira chercher tes affaires plus tard et on te les enverra au bureau, \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ratinet paraissait maintenant r\u00e9sign\u00e9, mais il ne voulait pas encore le dire clairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Allez, salut, mon vieux, reprit G\u00e9rard, et bon voyage. Ah, dis-donc, tu as ton passeport sur toi au moins ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Euh, oui, &#8230; je crois, dit Ratinet en fouillant devant G\u00e9rard exc\u00e9d\u00e9 les innombrables poches de son gilet d&rsquo;aventurier. Ah ! Le voil\u00e0 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A dix heures vingt, Cora, Ratinet et moi montions dans le taxi. Une heure plus tard, nous regardions Ratinet passer le contr\u00f4le de police et disparaitre vers la salle d&#8217;embarquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A midi pr\u00e9cise, avec dix minutes d&rsquo;avance, le Boeing 707 de Cathay Pacific d\u00e9collait vers Singapour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux jours plus tard, un t\u00e9lex du si\u00e8ge nous apprenait \u00a0que A. Ratinet \u00e9tait retenu dans les bureaux de la douane du Bourget. On ne savait pas pourquoi. Avions-nous une explication ? Non, nous n&rsquo;en avions pas. Mais les d\u00e9tails de cette nouvelle aventure nous arriv\u00e8rent trois jours plus tard, lors d&rsquo;un entretien t\u00e9l\u00e9phonique entre Peltier et le responsable du projet \u00e0 Paris.<br \/>\nArriv\u00e9 \u00e0 Singapour, Ratinet avait normalement six heures \u00e0 attendre avant de pouvoir prendre son vol vers Paris. Bougonnant contre la mauvaise organisation de son voyage, il s&rsquo;\u00e9tait rendu au bureau UTA de l&rsquo;a\u00e9roport. Le jeune employ\u00e9 chinois qui l&rsquo;avait re\u00e7u avait r\u00e9ussi \u00e0 l&rsquo;inscrire sur un autre vol UTA \u00a0qui venait d&rsquo;arriver en provenance \u00a0d&rsquo;Australie et qui repartait une heure plus tard sur Paris. Quand le gentil petit Chinois lui avait remis son nouveau billet, il lui avait demand\u00e9 s&rsquo;il pouvait se charger d&rsquo;un Moon Cake pour sa s\u0153ur qui habitait rue du Cardinal Lemoine \u00e0 Paris. C&rsquo;\u00e9tait la p\u00e9riode de la f\u00eate de la Lune, lui dit-il, et chez les Chinois, c&rsquo;est une tradition d&rsquo;offrir des g\u00e2teaux \u00e0 sa famille. Ratinet, \u00e9perdu de reconnaissance envers l&#8217;employ\u00e9 d&rsquo;UTA, n&rsquo;avait rien \u00e0 lui refuser. Il avait pris l&rsquo;adresse de la s\u0153ur et une grosse boite m\u00e9tallique ferm\u00e9e par de nombreuses ficelles.<br \/>\nA l&rsquo;arriv\u00e9e au Bourget, la douane avait ouvert le colis et trouv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur un g\u00e2teau chinois. Mais sous le g\u00e2teau, il y avait une douzaine de sachets de cellophane contenant des poudres de couleurs diverses.<br \/>\nLa douane avait mis deux jours \u00e0 analyser les poudres et \u00e0 conclure qu&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9taient que d&rsquo;innocentes \u00e9pices exotiques. Mais pendant ce temps, elle avait jug\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable de garder Ratinet dans ses locaux.<br \/>\nIl parait qu&rsquo;il en \u00e9tait sorti hirsute, fatigu\u00e9 et d\u00e9finitivement assur\u00e9 de l&rsquo;existence d&rsquo;une conspiration mondiale \u00e0 son encontre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rentrai \u00e0 Paris quarante jours plus tard. Ma mission \u00e9tait termin\u00e9e.<br \/>\nJe ne devais jamais revoir Andr\u00e9 Ratinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lui- m\u00eame ne devait jamais revoir ses affaires. Lorsque nous all\u00e2mes les chercher \u00e0 son h\u00f4tel, elles avaient disparu. L&rsquo;h\u00f4telier pr\u00e9tendait m\u00eame qu&rsquo;aucun Ratinet n&rsquo;avait jamais s\u00e9journ\u00e9 dans son \u00e9tablissement.<br \/>\nSacr\u00e9 Ratinet.<br \/>\n<i><b><\/b><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><i><b>Fin<\/b><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici donc la fin des aventures de Philippe aux Philippines.\u00a0Mais,\u00a0ce qui fera l&rsquo;objet de\u00a0ce dernier chapitre, c&rsquo;est\u00a0plut\u00f4t le d\u00e9nouement de celles de Ratinet. Andr\u00e9 Ratinet,\u00a0dit Riton Padbol,\u00a0dit Andy Bad Luck, dit D\u00e9d\u00e9 la D\u00e9veine, a pris une pris une place de premier\u00a0plan dans le\u00a0d\u00e9veloppement de cette histoire. On se souvient que le bonhomme attire les &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6253\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Bonjour, Philippines ! 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