{"id":592,"date":"2014-03-22T05:07:35","date_gmt":"2014-03-22T04:07:35","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=592"},"modified":"2018-01-10T10:34:24","modified_gmt":"2018-01-10T08:34:24","slug":"la-princesse-lours-et-le-chasseur-critique-aisee-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=592","title":{"rendered":"La Princesse, l&rsquo;Ours et le Chasseur &#8211; Critique ais\u00e9e 13"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Fen\u00eatre sur Cour. Alfred Hitchcock<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde, du moins je l&rsquo;esp\u00e8re, tout le monde a d\u00e9j\u00e0 vu \u00ab\u00a0Fen\u00eatre sur cour\u00a0\u00bb.<br \/>\nCes derniers temps, la t\u00e9l\u00e9vision sp\u00e9cialis\u00e9e l\u2019a repass\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement en version \u00ab\u00a0longue\u00a0\u00bb. (Cette appellation est ridicule car il ne peut pas y avoir de version \u00ab\u00a0longue\u00a0\u00bb de ce film, il ne peut y avoir que des versions trop courtes.)<br \/>\nBien que ce film soit, avec La Prisonni\u00e8re du D\u00e9sert et La R\u00e8gle du Jeu, celui que j&rsquo;ai vu le plus grand nombre de fois, je l&rsquo;ai regard\u00e9 \u00e0 nouveau, deux fois. J&rsquo;ai beau conna\u00eetre chaque plan, chaque r\u00e9plique, chaque ensemble port\u00e9 par Lisa Carol Fremont, j&rsquo;ai beau conna\u00eetre la vie de chaque personnage de cette cour miraculeuse, le pianiste, la danseuse, les jeunes mari\u00e9s, la femme esseul\u00e9e, le couple au chien, je suis pris \u00e0 chaque fois. Avec L.B. Jefferies, j&rsquo;attends, je suis Jeff. Dans mon demi-sommeil de convalescent, dans la chaleur de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 new yorkais, j&rsquo;attends la visite de Lisa. Et quand elle apparait, quand elle sort de l&rsquo;ombre et du flou de mon demi-r\u00eave, quand son visage se pr\u00e9cise en se rapprochant du mien, alors elle est si belle, si douce et si aimante que j&rsquo;en ai presque les larmes aux yeux.<br \/>\nEt puis, le cin\u00e9ma reprend ses droits, la cam\u00e9ra devient objective, le gros plan change et on voit de profil les visages de Grace Kelly et de James Stewart se rapprocher pour un tendre baiser. \u00c0 ce moment, les cin\u00e9philes ne pourront pas ne pas remarquer le tr\u00e8s l\u00e9ger ralenti, le tr\u00e8s l\u00e9ger saccad\u00e9 du mouvement qui les rapproche. Je n&rsquo;ai jamais pu analyser ni vraiment comprendre les raisons de ce choix de r\u00e9alisateur, ni lire quoi que ce soit qui puisse me l&rsquo;expliquer, mais cet effet si sp\u00e9cial et si discret, presque subliminal, donne \u00e0 cette sc\u00e8ne de baiser, en principe ultra-classique, une tr\u00e8s grande originalit\u00e9 et un aspect f\u00e9\u00e9rique. Le beau chevalier endormi est r\u00e9veill\u00e9 de son sommeil de cent ans par le baiser de la princesse charmante.<br \/>\nIl n&rsquo;est vraiment pas souhaitable que je raconte la suite du film. Je ne ferais que l\u2019abimer.<br \/>\nVoyez le, regardez-le, d\u00e9cortiquez le. Appr\u00e9ciez les aphorismes gouailleurs de l&rsquo;infirmi\u00e8re, les toilettes et les accessoires du top model, les f\u00e9tiches du grand-reporter, les humeurs du pianiste, celles de la danseuse et tous les d\u00e9tails minuscules qui font vivre les micro-personnages dans le petit tableau de leurs fen\u00eatres accroch\u00e9es au mur de la cour.<br \/>\nFen\u00eatre sur Cour est une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, une com\u00e9die de m\u0153urs, une pr\u00e9sentation de mode, un film \u00e0 suspense, un film parfait, qui se boucle sur lui-m\u00eame avec sa derni\u00e8re image qui vous invite \u00e0 reprendre l&rsquo;histoire \u00e0 son d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marchais est un village de l&rsquo;Aisne, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;Est de Laon. En 1975, une aile du ch\u00e2teau de Marchais a br\u00fbl\u00e9, laissant cependant la vie sauve \u00e0 sa propri\u00e9taire, Charlotte Grimaldi de Monaco, m\u00e8re du Prince Rainier III.<br \/>\nUn an plus tard, les assureurs, courtiers et experts qui avaient particip\u00e9 au r\u00e8glement du dossier d&rsquo;indemnisation furent invit\u00e9s par le Prince pour une chasse sur le domaine de Marchais. Je fis partie de la bande.<br \/>\nLe grand jour approchait. Nous avions fourbi nos armes, nos voitures et nos habits de chasse. On nous avait instruits de la fa\u00e7on de s&rsquo;adresser au Prince : Monseigneur, etc&#8230;Nous \u00e9tions une dizaine. Lorsque nous nous retrouv\u00e2mes le fameux matin dans la cour du ch\u00e2teau pour un dernier briefing, le chef du protocole nous apprit que la Princesse Grace avait tenu \u00e0 participer \u00e0 cette journ\u00e9e de chasse, accompagn\u00e9e de sa fille St\u00e9phanie. Elle nous retrouverait \u00e0 la derni\u00e8re battue du matin pour d\u00e9jeuner avec nous. Il nous fut pr\u00e9cis\u00e9 que la formule d&rsquo;appel pour lui adresser la parole \u00e9tait simplement \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb.<br \/>\nJe n&rsquo;osais pas croire \u00e0 cette chance extraordinaire qui allait m&rsquo;\u00eatre donn\u00e9e de rencontrer non pas une princesse r\u00e9gnante, mais la jeune mari\u00e9e du Train Sifflera Trois Fois, la riche h\u00e9riti\u00e8re de High Society et l\u2019amoureuse de Fen\u00eatre sur Cour, lui parler cin\u00e9ma, la faire rire peut-\u00eatre&#8230;<br \/>\nLe Prince arriva enfin, accompagn\u00e9 d&rsquo;une petite fille brune et vive et d&rsquo;un grand bonhomme. C&rsquo;\u00e9tait St\u00e9phanie et son garde du corps. Il \u00e9tait dix heures du matin. Les pr\u00e9sentations furent faites rapidement et la chasse p\u00fbt commencer.<br \/>\nRainier me faisait penser \u00e0 un gros ours, doux et taciturne. Plusieurs fois au cours de la chasse, je me trouvais plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, et je pu constater que c&rsquo;\u00e9tait un excellent tireur. Ayant r\u00e9ussi en sa pr\u00e9sence un magnifique \u00ab\u00a0coup du roi\u00a0\u00bb, j&rsquo;eu m\u00eame droit \u00e0 ses f\u00e9licitations. Poursuivant la conversation qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame engag\u00e9e, banalement je lui demandai :<br \/>\n-\u00ab\u00a0Monseigneur, est-ce que vous venez souvent chasser ici?<br \/>\n-Non, deux ou trois fois seulement dans l&rsquo;ann\u00e9e.\u00a0\u00bb<br \/>\nApr\u00e8s un petit temps de silence il poursuivit:<br \/>\n-\u00ab\u00a0Ici, c&rsquo;est chez ma m\u00e8re, vous savez, alors on ne peut pas faire ce qu&rsquo;on veut&#8230; \u00a0\u00bb<br \/>\nNouveau silence:<br \/>\n-\u00ab\u00a0J&rsquo;ai une autre chasse en Sologne, avec un ami. L\u00e0, on peut s&rsquo;amuser&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>\nJe n&rsquo;\u00e9tais pas certain de comprendre ce qu&rsquo;il entendait vraiment par \u00ab\u00a0s&rsquo;amuser\u00a0\u00bb, et ne le sus jamais, car la battue reprit.<br \/>\nVers midi et demi, Grace Kelly (je n&rsquo;arrive pas \u00e0 penser \u00e0 elle comme Madame Grimaldi) nous rejoint \u00e0 la fin de la quatri\u00e8me battue dans une Range Rover aux armes de la principaut\u00e9. Les pr\u00e9sentations sont faites dans une all\u00e9e en sous-bois devant les faisans align\u00e9s sur le sol.<br \/>\nElle a quarante-six ans. Dans sa tr\u00e8s simple tenue de chasse, elle est simplement magnifique. Elle dit quelques mots, je ne sais plus lesquels. Nous rentrons, \u00e9bahis, \u00e0 pied vers le ch\u00e2teau qu&rsquo;elle rejoint en voiture. De l\u00e0, nous repartons en caravane derri\u00e8re la Range-Rover. Nous traversons le village de Marchais dont les habitants se d\u00e9couvrent et saluent au passage du convoi. Nous arrivons bient\u00f4t dans une auberge de campagne r\u00e9serv\u00e9e pour cette occasion. Le chef du protocole prend discr\u00e8tement les choses en main et nous assigne nos places \u00e0 table. En tant que plus jeune et moins important des invit\u00e9s, je suis plac\u00e9 loin de la Princesse, et, de surcro\u00eet, du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 de la table qu&rsquo;elle, ce qui fait que, pour la voir, je devrai me pencher impoliment devant mon voisin de gauche. Par contre, j&rsquo;ai une un tr\u00e8s bonne vue sur Rainier, qui ne dira pas grand-chose de tout le d\u00e9jeuner, et sur St\u00e9phanie, qui ne cessera de discuter \u00e0 mi-voix et de rire avec son garde du corps.<br \/>\nLa pr\u00e9s\u00e9ance a plac\u00e9 de part et d&rsquo;autre de la princesse l&rsquo;assureur, l&rsquo;homme le plus timide de notre groupe, et le courtier, que je connais pour avoir chass\u00e9 plusieurs fois avec lui. Depuis longtemps, je l&rsquo;ai surnomm\u00e9 Tartarin de Tarascon, car il ne parle que de chasse et de p\u00eache, avec une forte tendance \u00e0 insister sur la taille de ses prises et la f\u00e9rocit\u00e9 de ses gibiers. J&rsquo;imagine les murs de son salon couverts de massacres, de photographies d\u2019Afrique et de r\u00e2teliers \u00e0 fusils, et son parquet garni de peaux de b\u00eates \u00e0 gueules ouvertes. Il fait partie de ces gens qui sont persuad\u00e9s que leur secr\u00e9taire, leur chauffeur, leur moniteur de ski, leur guide de chasse, le barman du Ritz, et m\u00eame leur chien, les aiment, et vont le r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 toute occasion. D&rsquo;o\u00f9 je suis, en me penchant de temps en temps, j&rsquo;arrive \u00e0 voir que Tartarin a entrepris Grace. Il parle, il parle, cet abruti, peut-\u00eatre de ses exploits et la princesse acquiesce en souriant doucement. Je suis furieux et mortifi\u00e9. Je hais Tartarin qui, tout en fr\u00e9tillant de la moustache, se rend ridicule et nous rend ridicules aux yeux de cette femme sublime qui ne peut que s&rsquo;ennuyer aupr\u00e8s de ce goujat.<br \/>\nLe repas se termine, la princesse se l\u00e8ve avant qu&rsquo;on ne serve le caf\u00e9. Nous nous levons aussi. Elle se d\u00e9clare d\u00e9sol\u00e9e de devoir nous quitter d\u00e9j\u00e0. Elle est heureuse d&rsquo;avoir pass\u00e9 ce d\u00e9jeuner si agr\u00e9able en notre compagnie. Sans doute pour couper \u00e0 de fastidieux au-revoir individuels, elle quitte la salle imm\u00e9diatement, suivie par sa fille, le garde du corps et le prince Rainier qui la raccompagne \u00e0 sa voiture.<br \/>\nLe silence r\u00e8gne maintenant dans la salle \u00e0 manger de l\u2019auberge, puis, les conversations reprennent petit \u00e0 petit, et j\u2019entends Tartarin qui s\u2019adresse \u00e0 l\u2019assureur timide :<br \/>\n&#8211;\u00a0\u00bb Elle m\u2019adore ! \u00a0\u00bb<br \/>\nA la prochaine battue, je le tuerai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/871-CINEMATOQUIZ-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-thumbnail wp-image-879\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/871-CINEMATOQUIZ-2-150x150.jpg\" alt=\"871-CINEMATOQUIZ 2\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fen\u00eatre sur Cour. 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