{"id":5899,"date":"2016-05-08T07:07:16","date_gmt":"2016-05-08T05:07:16","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=5899"},"modified":"2016-05-08T09:17:14","modified_gmt":"2016-05-08T07:17:14","slug":"bonjourphilippines-chap-12-le-serpent-de-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=5899","title":{"rendered":"Bonjour,Philippines ! Chap.12 &#8211; Le serpent de mer"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Voici le chapitre 12 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, cliquez dessus (ci-dessous !)<\/strong><\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2656\">Chapitre 1- Un pt\u00e9rodactyle sur fond d&rsquo;azur<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2897\">Chapitre 2 &#8211; Des m\u00e9faits de l&rsquo;air conditionn\u00e9<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2940\">Chapitre 3 &#8211; Mitraillette, champagne et taille-crayons<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3065\">Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3185\">Chapitre 5 &#8211; La fi\u00e8vre monte \u00e0 Mindanao<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3338\">Chapitre 6 &#8211; Retour \u00e0 Manille<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3403\">Chapitre 7- Un diner \u00e0 O.K. Corral<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3738\">Chapitre 8 &#8211; Douglas et moi<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=3792\">Chapitre 9 &#8211; Retour au Chalet<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=5640\">Chapitre 10 -Ananas, exocet et noix de cocos<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=5644\">Chapitre 11 &#8211; Les 5.000 dollars de Ratinet<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soir\u00e9e au Chalet au cours de laquelle Ratinet s\u2019\u00e9tait vu refuser 5000 dollars tant par la Banque Mondiale que par ses coll\u00e8gues de mission avait eu lieu un mercredi. Le jeudi matin, j\u2019accompagnai Robertson \u00e0 l\u2019avion de Kuala-Lumpur, et je ne repassai pas au bureau de la journ\u00e9e. Comme le lendemain, c\u2019\u00e9tait le week-end de P\u00e2ques qui commen\u00e7ait, je n\u2019entendis plus parler de Ratinet jusqu\u2019au mercredi suivant. Apr\u00e8s-tout, c\u2019\u00e9tait le probl\u00e8me d\u2019un chef de mission de g\u00e9rer ce genre de situation et pas le mien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis plusieurs semaines, Antoine, son ami Jean-Marc et moi, nous projetions de passer ce week-end quelque part au bord de la mer \u00e0 faire de la plong\u00e9e sous-marine. Cela paraissait compliqu\u00e9. On nous avait bien indiqu\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible de louer des petites maisons dans les villages de p\u00eacheurs de la presqu\u2019ile de Mabini, mais c\u2019\u00e9tait un endroit difficile d\u2019acc\u00e8s et nous n\u2019avions pas de voiture. On nous avait dit aussi qu\u2019on pouvait rejoindre Lungsod en autocar, et de l\u00e0 prendre des taxis ou des jeepneys vers la presqu\u2019ile. Mais on avait aussit\u00f4t ajout\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ne prenez par le car de 6 heures, il est r\u00e9guli\u00e8rement attaqu\u00e9. Prenez plut\u00f4t celui de 10 heures.<\/em> <!--more--><em>Il n\u2019y a jamais de probl\u00e8me avec celui-l\u00e0\u00a0<\/em>\u00bb. Nous avions donc laiss\u00e9 ce projet en sommeil jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019Antoine r\u00e9solve notre probl\u00e8me de belle mani\u00e8re. Lors d\u2019un cocktail \u00e0 l\u2019ambassade de France, il avait rencontr\u00e9 une assez jolie jeune fille nomm\u00e9e Serena. Selon Antoine, elle paraissait avoir une vingtaine d\u2019ann\u00e9es et pas mal de moyens. Emball\u00e9e par Antoine et par le projet, elle d\u00e9cida qu\u2019elle viendrait nous chercher le vendredi matin tr\u00e8s t\u00f4t. Elle s\u2019occuperait de tout, de la voiture, des \u00e9quipements de plong\u00e9e, de l\u2019h\u00e9bergement, de tout\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vendredi matin, \u00e0 l\u2019heure dite, j\u2019attendais devant l\u2019entr\u00e9e du Hilton. Une Chevrolet Impala aux vitres teint\u00e9es fa\u00e7on miroir glissa silencieusement jusqu\u2019\u00e0 moi. La fen\u00eatre du passager avant\u00a0s&rsquo;abaissa\u00a0lentement et je vis appara\u00eetre le visage d\u2019Antoine, rayonnant de plaisir. Serena \u00e9tait assise au volant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Jean Marc, confortablement install\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, jambes crois\u00e9es, affectait de lire le <em>Financial Times<\/em> <em>Manila <\/em>en fumant une cigarette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voyage f\u00fbt on ne peut plus confortable et les cent trente kilom\u00e8tres aval\u00e9s en moins de trois heures. Nous arriv\u00e2mes dans un petit village de bord de mer. A part l\u2019\u00e9glise, il n\u2019y avait pas un seul b\u00e2timent en dur. Les maisons des p\u00eacheurs \u00e9taient dispers\u00e9es dans une cocoteraie \u00e0 une centaine de m\u00e8tres de la plage. Elles paraissaient plus petites et plus hautes que celles que j&rsquo;avais vues \u00e0 Mindanao. Serena sortit de la voiture avec Antoine et ils s\u2019\u00e9loign\u00e8rent dans le village. Au bout de quelques minutes, ils revinrent en nous annon\u00e7ant que tout \u00e9tait arrang\u00e9. Ils avaient lou\u00e9 pour trois jours deux <em>nipa huts\u00a0<\/em>toute proches l\u2019une de l\u2019autre. Elles appartenaient \u00e0 une famille qui irait dormir sur la plage pendant notre s\u00e9jour. Serena nous assura que c\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent et que la famille \u00e9tait ravie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux cases \u00e9taient pratiquement identiques \u00e0 toutes celles du village, construites sur pilotis de bambous et couvertes en feuilles de palmier. Le plancher de leur unique pi\u00e8ce \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 environ un m\u00e8tre cinquante du sol. Entre le sol et le plancher, les quatre piliers principaux \u00e9taient ceintur\u00e9s d&rsquo;un grillage qui constituait un enclos sous l&rsquo;abri de la maison. J&rsquo;avais pu voir en passant que ceux de la plupart des maisons abritaient des cochons. Par bonheur, les n\u00f4tres \u00e9taient peupl\u00e9s seulement de poules. Les murs de la maison \u00e9taient en feuilles de palmier tress\u00e9es et de larges ouvertures y \u00e9taient m\u00e9nag\u00e9es, \u00e0 demi ferm\u00e9es par de l\u00e9gers volets abattants. Deux nattes \u00e9taient pos\u00e9es sur le plancher. Je remarquai qu&rsquo;il \u00e9tait fait de petits bambous fendus l\u00e9g\u00e8rement espac\u00e9s. A l&rsquo;usage, je constatai que ce parquet \u00e0 claire-voie offrait un triple avantage : il donnait un peu de souplesse aux nattes sur lesquelles nous allions dormir, il laissait passer l&rsquo;air rafra\u00eechissant de la mer et il permettait \u00e0 tout ce que nous laissions tomber par terre, en particulier les d\u00e9bris de nourriture, de rejoindre imm\u00e9diatement le royaume des poules. L&rsquo;ameublement \u00e9tait constitu\u00e9 en tout et pour tout d&rsquo;un coffre et de deux \u00e9tag\u00e8res en bambou et la d\u00e9coration, d&rsquo;un miroir et d&rsquo;un portrait de la Vierge Marie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Serena avait dit qu&rsquo;elle se chargerait de tout, et elle avait tenu parole. Lorsque nous ouvr\u00eemes l&rsquo;immense coffre de la Chevrolet, je fus soulag\u00e9 de constater que l&rsquo;\u00e9quipement ne comportait ni d\u00e9tendeur ni bouteille de plong\u00e9e. Mes seules exp\u00e9riences sous-marines avaient \u00e9t\u00e9 faites avec masque et tuba et j&rsquo;appr\u00e9hendais de devoir d\u00e9buter la vraie plong\u00e9e dans ces circonstances. Par contre, Serena avait pr\u00e9vu\u00a0une dizaine de masques de plong\u00e9e, une poign\u00e9e de tubas, six paires de palme, un fusil sous-marin, des ceintures de plomb, des chapeaux de paille, une machette, quatre couvertures, quatre matelas pneumatiques, quatre lampes temp\u00eate et deux glaci\u00e8res remplies de bouteilles de bi\u00e8re, de vin blanc, de Coca\u00a0et de Schweppes, le tout baignant dans la glace pil\u00e9e.\u00a0L&rsquo;amie d&rsquo;Antoine\u00a0devait avoir l&rsquo;habitude de ce type de week-end et elle tenait sans doute \u00e0 ce que celui-ci soit confortable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fut confortable, et plus que \u00e7a. Il fut extraordinaire, superbe, m\u00e9morable. Mais seule la partie maritime m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e en d\u00e9tail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dire que la plong\u00e9e nous occupa la plupart du temps, du lever au coucher du soleil. Assis sur la sable gris de la plage, v\u00eatus d\u2019un maillot de bain et d\u2019un t-shirt destin\u00e9 \u00e0 nous prot\u00e9ger du soleil, nous enfilions nos palmes et, masque et tuba sur la t\u00eate, nous avancions d\u2019une d\u00e9marche lunaire dans quelques dizaines de centim\u00e8tres d\u2019eau sur des coraux morts jusqu\u2019\u00e0 ce que nous arrivions au tombant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous n\u2019avez jamais fr\u00e9quent\u00e9 ce genre de c\u00f4te, si vous n\u2019avez jamais vu un documentaire de Thalassa, un court m\u00e9trage de Jacques-Yves Cousteau ou un dessin anim\u00e9 de Pixar, alors vous aurez du mal \u00e0 vous faire une id\u00e9e de ce qu\u2019est un tombant. Essayez quand m\u00eame\u00a0: Imaginez maintenant que, malgr\u00e9 les palmes, vous vous \u00eates \u00e9corch\u00e9 deux fois la plante des pieds sur les quinze m\u00e8tres de plat que vous venez de parcourir p\u00e9niblement. Derri\u00e8re vous, l\u2019eau est transparente et clapote sur les coraux. Vous \u00eates debout, en \u00e9quilibre instable sur un sol agressif, dans quarante centim\u00e8tres d\u2019eau, et vous vous retournez. Sur la\u00a0plage, vous voyez Serena qui rit et qui vous fait signe d\u2019avancer encore un peu. Devant vous, l\u2019eau est devenue bleu sombre. Vous y \u00eates, au tombant. Alors, comme un professionnel, vous crachez dans votre masque, vous le rincez, vous l\u2019ajustez sur votre visage, vous coincez les bords du tuba entre vos l\u00e8vres et vos dents et vous vous allongez dans l\u2019eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous qui venez du quartier des Gobelins, tout ce que, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, vous aviez vu par vous-m\u00eame des fonds sous-marins, c\u2019\u00e9taient les eaux froides de la Bretagne-Nord, o\u00f9 le sable en suspension vous emp\u00eachait de voir \u00e0 plus de deux m\u00e8tres ou bien les rochers sans vie des eaux claires et ti\u00e8des des environs de Sainte-Maxime. Mais vous n\u2019aviez surement jamais vu \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, vous vous allongez dans l\u2019eau. Vous palmez deux ou trois fois vers le large. Le bruit de l\u2019eau dans vos oreilles est joyeux et rafraichissant. Vos \u00e9paules chauffent doucement au soleil \u00e0 travers le t-shirt mouill\u00e9. Votre ventre et vos cuisses baignent dans la ti\u00e9deur liquide. Devant vous, rien. Rien que du bleu sombre. Alors, d\u2019un seul mouvement, vous vous retournez. Le tombant est l\u00e0. Vous lui faites face.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une falaise verticale surplombe de cinq ou six m\u00e8tres un fond de sable et d\u2019algues. Dans sa partie haute, quelques dizaines de centim\u00e8tres sous la surface, elle est faite de coraux morts, ac\u00e9r\u00e9s ou arrondis, gris, blancs ou noirs. Plus bas, ce sont des coraux vivants, verts, rouges, bleus, jaunes, violets, \u00e9meraude, oranges, marrons, roses\u2026Certains ont la forme d\u2019une fleur, d\u2019un artichaut ou d\u2019un buisson d\u2019\u00e9pines, d\u2019autres ressemblent \u00e0 un cerveau, un bonza\u00ef ou une pelote de laine\u2026 Il y en a qui se balancent doucement au gr\u00e9 du courant et d\u2019autres qui sont parfaitement immobiles. Certains sont doux comme du velours, d\u2019autres sont coupants comme des rasoirs ou urticants comme mille orties. Le sinueux contour de la paroi forme des d\u00e9fil\u00e9s, des passages, des trou\u00e9es, des culs-de-sac dans lesquels jouent les rayons du soleil. Des milliers d\u2019anfractuosit\u00e9s doivent abriter toutes sortes de choses vivantes encore inconnues. En pleine eau, entre la falaise et vous, volent des escadrilles de petits poissons bleus \u00e0 tache jaune, des nuages de petits poissons jaunes \u00e0 tache bleue, des cohortes de simples petits poissons rouges, des colonies de petits poissons noirs ray\u00e9s de blanc, des poissons \u00e0 filaments, des poissons \u00e0 \u00e9pines, des poissons \u00e0 dr\u00f4le de gueule, des poissons \u00e0 sale gueule. Que des petits poissons, pas un ne d\u00e9passe la taille de votre main. Vous \u00eates au-dessus d\u2019eux, immobile depuis deux ou trois minutes, tournant seulement la t\u00eate, tout doucement pour ne d\u00e9ranger personne. Pas un bruit, \u00e0 part le son \u00e9trange que fait votre respiration dans le tuba. Maintenant, vous vous \u00eates habitu\u00e9s les uns aux autres. Eux, ils retournent \u00e0 leurs \u00e9tranges affaires et vous, vous \u00eates \u00e9trangement serein. Vous prenez un grand bol d\u2019air, vous vous cassez en deux et vous vous lancez vers le fond. Pour vous laisser passer, les nuages de couleur se d\u00e9forment sans se disloquer. Si vous insistez, si vous les suivez de trop pr\u00e8s, ils changeront brusquement de forme et, en trois battements vifs de cinquante nageoires, ils se seront mis en suret\u00e9. Le souffle vous manque et vous remontez l\u00e0-haut pour expulser comme une baleine le contenu de votre tuba. Et vous passerez le reste de votre journ\u00e9e \u00e0 recommencer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Serena, Antoine et Jean-Marc me rejoignent. Lui est un bon plongeur, je veux dire meilleur que moi et Jean-Marc, mais elle, elle conna\u00eet les lieux. Nous survolons le fond en longeant le tombant \u00e0 toute petite allure. De temps en temps, Serena tend la main pour nous montrer quelque chose, un beau corail, un dr\u00f4le de poisson, un affreux mollusque. Parfois, sortant la t\u00eate de l\u2019eau, elle nous explique qu\u2019il ne faut pas toucher tel poisson ou tel corail, parce qu\u2019il mord, il pique, il irrite, il empoisonne. A trois m\u00e8tres de nous, je vois filer \u00e0 toute allure deux grandes fl\u00e8ches sombres\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230;barracudas&#8230;\u00bb nous dit Serena. A un autre moment, elle nous fait signe de nous arr\u00eater et de regarder, et elle plonge au fond. Sur le sable repose une sorte de gros saucisson verd\u00e2tre. Avec pr\u00e9caution, Serena le soul\u00e8ve plusieurs fois par l\u2019une de ses extr\u00e9mit\u00e9s et le laisse retomber sur le sol. A la troisi\u00e8me tentative, le saucisson expulse par l\u2019une de ses extr\u00e9mit\u00e9s un faisceau de spaghettis qui se d\u00e9tache de lui et part \u00e0 la d\u00e9rive entre deux eaux. Une fois revenue \u00e0 la surface, Serena nous expliquera que ces filaments irritants sont le seul moyen de d\u00e9fense du <em>concombre de mer<\/em>. Plus tard, en plongeant \u00e0 mon tour jusqu\u2019au fond, je d\u00e9clenche un nuage de sable d\u2019o\u00f9 \u00e9merge une grande raie pastenague qui plane majestueusement \u00e0 quelques centim\u00e8tres du sol pour aller s\u2019enfouir \u00e0 nouveau dans le sable un peu plus loin. Je ne sais pas tr\u00e8s bien o\u00f9 se trouve le dard de ce\u00a0bel animal, mais je sais d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il est tr\u00e8s dangereux. Je remonte prudemment. D\u2019ailleurs, le soleil est en train de se coucher, il est bient\u00f4t six heures, nous rentrons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu plus tard, alors que, bien install\u00e9s sous les cocotiers, nous buvons notre premi\u00e8re bouteille de vin blanc et que nous \u00e9changeons gaiment nos impressions sur le monde que nous venions de d\u00e9couvrir, la fr\u00eale jeune fille philippine, toute pensive, nous dira qu\u2019avec tous ces poissons qui fr\u00e9quentent le tombant, il est surprenant que nous n\u2019ayons pas vu r\u00f4der de requin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et je partirai me coucher avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019ici, tout est \u00e9trange, tout est beau, mais tout est dangereux. D\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette pens\u00e9e n\u00e9faste ne m\u2019aura pas emp\u00each\u00e9 de recommencer \u00e0 plonger le lendemain, de plus en plus loin, de plus en plus seul. Vers la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, je croisais tranquillement au-dessus d\u2019un canyon, quand, au d\u00e9tour d\u2019un massif de corail, je rencontrai un petit serpent tout \u00e0 fait antipathique. Il me faisait face, il n\u2019avan\u00e7ait pas, mais son corps d\u2019un peu plus d\u2019un m\u00e8tre de long \u00e9tait anim\u00e9 d\u2019un mouvement sinuso\u00efdal qui lui permettait de rester immobile entre deux eaux. Il \u00e9tait ray\u00e9 noir et jaune et n\u2019arr\u00eatait pas d\u2019ouvrir et de refermer sa sale petite gueule en me regardant d\u2019un sale air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans mon milieu naturel, je suis ophiophobe. Je veux dire par l\u00e0 que, sur terre, les serpents me fichent la frousse. Alors dans l\u2019eau\u00a0! Pourtant, je r\u00e9ussis \u00e0 ne pas crier, ne pas m\u2019agiter dans tous les sens, ne pas faire de grands remous dans l\u2019eau ou de grandes \u00e9claboussures qui auraient pu faire se m\u00e9prendre la petite b\u00eate sur mes intentions. Bref, je r\u00e9ussis \u00e0 me contr\u00f4ler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout doucement, sans quitter un seul instant le monstre des yeux, je me redressai dans l\u2019eau, je fis passer lentement mes palmes entre lui et moi, et \u00e0 toute petite allure, je commen\u00e7ai \u00e0 palmer en arri\u00e8re. Il ne bougeait pas. Au premier d\u00e9tour du d\u00e9fil\u00e9, il disparut \u00e0 ma vue. Je me retournai et m\u2019engageai dans un crawl d\u00e9sordonn\u00e9 et bruyant droit vers mon port d\u2019attache o\u00f9, tout essouffl\u00e9, je retrouvai mon petit groupe en train de se s\u00e9cher au dernier soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Serena ne connaissait pas ce serpent. Elle s\u2019\u00e9loigna vers le village pour se renseigner aupr\u00e8s des p\u00eacheurs. Elle revint un peu plus tard avec des informations \u00e0 moiti\u00e9 rassurantes\u00a0: comme tous les serpents marins des coraux, celui-l\u00e0 avait un venin tr\u00e8s puissant, presque toujours mortel, quasiment sans antidote. \u00c7a, c\u2019\u00e9tait le mauvais c\u00f4t\u00e9 du serpent. Le bon c\u00f4t\u00e9 de la bestiole, c\u2019est qu\u2019elle avait une toute petite gueule qu\u2019elle ne pouvait ouvrir que tr\u00e8s peu, de telle sorte qu\u2019elle ne pouvait mordre que tr\u00e8s difficilement, entre les doigts par exemple, mais en aucun cas dans le gras d\u2019un bras ou d\u2019une jambe. Il suffisait donc de ne pas introduire sa main dans son antre ou essayer de l\u2019attraper\u2026 L\u2019attraper\u00a0! Quelle id\u00e9e\u00a0! Bon, bien not\u00e9. Mais, pour le reste du week-end, je restai loin du d\u00e9fil\u00e9 au serpent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons quitt\u00e9 Mabini vers le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi de ce lundi de P\u00e2ques. A l\u2019arri\u00e8re avec Jean-Marc, je somnolais dans les embouteillages du retour vers Manille, tandis que Serena conduisait de la main gauche et que sa main droite \u00e9tait pos\u00e9e sur le genou d\u2019Antoine. C\u2019est le portier du Hilton qui m\u2019a r\u00e9veill\u00e9 en ouvrant la porti\u00e8re de la voiture. Fatigu\u00e9s, brul\u00e9s par le soleil, assomm\u00e9s par le long retour dans les embouteillages, nous nous sommes dits au revoir bri\u00e8vement et la grosse Chevrolet est repartie dans la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019avant de quitter les Philippines, je sois sorti encore deux ou trois fois avec Antoine et Jean-Marc, je n\u2019ai jamais revu Serena. Mais je n\u2019ai pas oubli\u00e9 ces trois jours qu\u2019elle nous avait fait passer \u00e0 d\u00e9couvrir ce monde foisonnant et silencieux que je n\u2019ai jamais retrouv\u00e9 ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne peux pas terminer ce chapitre sans revenir sur mon petit serpent jaune et noir. Quelques ann\u00e9es plus tard, enfin r\u00e9install\u00e9 \u00e0 Paris, je regardais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision un de ces documentaires du Commandant Cousteau. Il y \u00e9tait question des r\u00e9cifs coralliens et de leur faune et on voyait passer sur l\u2019\u00e9cran tous les poissons dont j\u2019avais gard\u00e9 le souvenir et bien d\u2019autres encore. Tout \u00e0 coup, je vis mon serpent, ray\u00e9 jaune et noir, ondulant entre deux eaux, ouvrant et refermant sa sale petite gueule face \u00e0 la cam\u00e9ra, mon serpent. Le commentaire racontait que l\u2019\u00e9quipe Cousteau, qui ne connaissait pas cette esp\u00e8ce, s\u2019\u00e9tait renseign\u00e9e aupr\u00e8s des p\u00eacheurs du voisinage et qu\u2019on leur avait servi la m\u00eame histoire\u00a0: venin mortel, pas d\u2019antidote, mais petite gueule ne pouvant pratiquement par mordre, ouf\u2026Mais les plongeurs de Cousteau ne s\u2019en laiss\u00e8rent pas compter. Ils \u00e9quip\u00e8rent le bras de l\u2019un d\u2019entre eux d\u2019un gros manchon de toile tr\u00e8s \u00e9paisse et tr\u00e8s solide, retrouv\u00e8rent le serpent, l\u2019excit\u00e8rent un peu et lui pr\u00e9sent\u00e8rent le bras prot\u00e9g\u00e9. Le film, pris au ralenti, montre tr\u00e8s bien la d\u00e9tente du serpent, le d\u00e9crochage de sa m\u00e2choire, sa large ouverture et sa morsure profonde dans le manchon protecteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai tir\u00e9 une le\u00e7on de cette histoire\u00a0: A part pour les heures des mar\u00e9es et l\u2019adresse du caf\u00e9-tabac le plus proche, je n\u2019ai plus jamais fait confiance aux marins-p\u00eacheurs du coin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #000080;\">(\u00e0 suivre)<\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici le chapitre 12 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, cliquez dessus (ci-dessous !) Chapitre 1- Un pt\u00e9rodactyle sur fond d&rsquo;azur Chapitre 2 &#8211; Des m\u00e9faits de l&rsquo;air conditionn\u00e9 Chapitre 3 &#8211; Mitraillette, champagne et taille-crayons Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo Chapitre 5 &#8211; La fi\u00e8vre monte &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=5899\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Bonjour,Philippines ! Chap.12 &#8211; Le serpent de mer<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,12,2],"tags":[1003,21],"class_list":["post-5899","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-recit","category-textes","tag-mabini","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5899"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5899\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5899"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}