{"id":58101,"date":"2026-10-18T07:47:59","date_gmt":"2026-10-18T05:47:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=58101"},"modified":"2026-09-16T18:09:48","modified_gmt":"2026-09-16T16:09:48","slug":"les-desillusions-perdues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=58101","title":{"rendered":"Les d\u00e9sillusions perdues"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme son ami l\u2019\u00e9crivain NRCB, le photographe Lorenzo dell\u2019Acqua \u00e9tait fort d\u00e9\u00e7u. Depuis la parution du Roman des Regards, personne ne lui avait demand\u00e9 d\u2019autographe dans la rue. Pire encore, personne ne le reconnaissait dans les mus\u00e9es, ni les surveillants, alors qu\u2019il s\u2019y rendait un jour sur trois, ni les visiteurs dont certains avaient d\u00fb lire son livre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au d\u00e9but, cette frustration lui parut d\u00e9plac\u00e9e tant il \u00e9tait conscient de sa chance inou\u00efe\u00a0: il avait r\u00e9ussi \u00e0 publier ses photos et, cerise sur le g\u00e2teau, avec un \u00e9crivain prestigieux. Et puis, petit \u00e0 petit, cette frustration prit de l\u2019ampleur. Ce n\u2019\u00e9tait pas la fin des s\u00e9ances de signatures avec des lecteurs enchant\u00e9s ni celle des interviews \u00e0 la radio qui l\u2019affectaient car il savait bien que cela ne pourrait pas durer \u00e9ternellement. Mais alors, pourquoi cet \u00e9tat d\u00e9pressif ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il n\u2019envisagea pas une seconde de chercher une interpr\u00e9tation psychanalytique dont l\u2019objectivit\u00e9 lui aurait paru de toute fa\u00e7on discutable. L\u2019hypoth\u00e8se la plus probable \u00e9tait la blessure narcissique somme toute assez logique mais peu compatible avec sa modestie proverbiale (\u00ab\u00a0<em>proverbiale\u00a0\u00bb<\/em> <em>pour certains, peut-\u00eatre, mais pas pour tout le monde<\/em>, NDLR du JdC). Il en envisagea deux autres\u00a0: la disparition d\u2019une activit\u00e9 venue occuper sa vie de retrait\u00e9 d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 et l\u2019absence de reconnaissance de son talent de photographe. La premi\u00e8re \u00e9tait fort plausible m\u00eame si sa participation \u00e0 la r\u00e9alisation du livre ne l\u2019avait gu\u00e8re accapar\u00e9 puisqu\u2019elle s\u2019\u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 proposer \u00e0 l\u2019Editeur une s\u00e9lection parmi ses milliers de photos prises dans les mus\u00e9es. La seconde hypoth\u00e8se lui sembla plus consistante m\u00eame si Daniel ne tarissait pas d\u2019\u00e9loges sur son travail. Il regrettait la fin de son aventure parce que toute cr\u00e9ation visuelle comme la photographie doit \u00eatre vue pour exister et parce qu\u2019en nous emmenant de la mer \u00e0 la montagne, du noir et blanc \u00e0 la couleur, de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019abstraction, la photo lui donnait un pouvoir prodigieux\u00a0: celui de faire r\u00eaver. Enfin et surtout, il aurait voulu conna\u00eetre encore l\u2019excitation des publications &#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lorenzo sombra peu \u00e0 peu dans un d\u00e9lire que l\u2019on peut qualifier de parano\u00efaque. Apr\u00e8s avoir rumin\u00e9 sa vengeance, il soumit son projet au responsable de sa descente aux enfers des artistes injustement m\u00e9connus. Daniel avan\u00e7a quelques objections qu\u2019il balaya d\u2019un revers de la main.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Quoi, tu te demandes ce qu\u2019il y a d\u2019original\u00a0dans ma future d\u00e9marche ? Ecoute un peu\u00a0la suite\u00a0: j\u2019ai pris la d\u00e9cision d\u2019aller tous les jours au Mus\u00e9e (ce qui ne sera pas un grand changement dans ta vie, lui fit remarquer D. P.) o\u00f9 je ne prendrai plus en photo que les visiteuses et jamais les visiteurs (l\u00e0 non plus, D. P. ne voyait pas la moindre nouveaut\u00e9). Ne sois pas si impatient, attends un peu ! Pour faire taire les pisse-froid aussi que moi dont les commentaires pleuvent comme \u00e0 Ostende (c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Jean-Ren\u00e9 Caussimon que nous avons d\u00e9couvert la m\u00e9diocrit\u00e9 de la m\u00e9t\u00e9o dans cette station baln\u00e9aire du Nord de l\u2019Europe), je photographierai d\u00e9sormais mes proies sans plus me cacher et avec un appareil photo reflex \u00e9norme et bruyant. Bien jou\u00e9, tu ne trouves pas ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lorenzo se demandait par quel miracle il n\u2019avait encore jamais \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par un surveillant consciencieux alors qu\u2019il officiait depuis plus de dix ans dans les trois m\u00eames mus\u00e9es parisiens. Cette impunit\u00e9 l\u2019avait convaincu que ces derniers dormaient sur leur chaise. L\u2019objectif du photographe (celle-l\u00e0, je ne me lasserai jamais de la faire) \u00e9tait d\u2019\u00eatre enfin rep\u00e9r\u00e9 puis conduit manu militari, soit \u00e0 la Direction du Mus\u00e9e, ce qui serait une sorte de cons\u00e9cration, soit au commissariat, ce qui serait beaucoup moins rigolo. En r\u00e9alit\u00e9, peu lui importait\u00a0l\u2019issue de son aventure car la diatribe cinglante qu\u2019il avait m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chie conviendrait aussi bien dans les deux cas\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">&#8211; Esp\u00e8ces d\u2019ignares incultes\u00a0et asserment\u00e9s, vous ne savez donc pas qui je suis\u00a0? Lorenzo dell\u2019Acqua, un photographe injustement m\u00e9connu qui a r\u00e9alis\u00e9 avec le tr\u00e8s grand \u00e9crivain Daniel Pennac un livre extraordinaire dont la lecture remonterait le niveau affligeant de votre culture et de votre comp\u00e9tence.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce dernier lui fit remarquer qu\u2019une telle agressivit\u00e9 dans la situation o\u00f9 il se trouverait ne lui semblait pas tr\u00e8s judicieuse. Il \u00e9voqua aussi une autre \u00e9ventualit\u00e9\u00a0: celle de se faire casser la gueule par le mari d\u2019une des femmes prises en photo \u00e0 moins de cinquante centim\u00e8tres de distance. Par amiti\u00e9, Daniel Pennac n\u2019osa pas lui confier lequel de ces trois sc\u00e9narios lui semblait le plus probable ou le moins calamiteux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et c\u2019est alors qu\u2019il touchait le fond que Lorenzo re\u00e7ut ce message\u00a0bien plus r\u00e9confortant qu\u2019un article de Fabienne Pascaud dans T\u00e9l\u00e9rama :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Bonsoir,<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Quelle agr\u00e9able surprise de d\u00e9couvrir la photo de moi dans votre ouvrage\u00a0<strong>Le Roman des regards<\/strong>, page 82. Au moment o\u00f9 cette photo a \u00e9t\u00e9 prise, j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiante en architecture, en voyage scolaire et nous avions un programme tr\u00e8s charg\u00e9 de visites de mus\u00e9es. Non, je n&rsquo;avais pas pr\u00e9vu cette tenue \u00e0 l&rsquo;avance, puisque je n&rsquo;ai eu connaissance du programme que le matin m\u00eame !<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>L&rsquo;ouvrage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par hasard par ma maman, qui passe beaucoup de temps dans les librairies. Elle a ador\u00e9 le titre et en l\u2019ouvrant, elle est tomb\u00e9e directement sur \u00ab ma \u00bb page. Elle l&rsquo;a aussit\u00f4t referm\u00e9, n&rsquo;en croyant pas ses yeux. Elle est repartie avec (presque) tout le stock et m&rsquo;a fait une tr\u00e8s belle surprise.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>J&rsquo;adore fl\u00e2ner dans les mus\u00e9es, et cette d\u00e9couverte m&rsquo;a donn\u00e9 envie d&rsquo;y retourner encore et encore. J&rsquo;\u00e9tais r\u00e9cemment \u00e0 Paris pour une exposition (m&rsquo;avez-vous vue ?), mais d\u00e9sormais je regarde presque davantage les visiteurs et leur relation aux \u0153uvres que les \u0153uvres elles-m\u00eames.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00c0 la page 82, vous vous demandez si j&rsquo;\u00e9tais une \u00e9tudiante menant des recherches sur cette \u0153uvre. Ce commentaire m&rsquo;a beaucoup inspir\u00e9e, j&rsquo;ai r\u00e9cemment d\u00e9cid\u00e9 de commencer un m\u00e9moire sur Vasarely.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>J&rsquo;appr\u00e9cie sinc\u00e8rement votre travail. N&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 me contacter si vous le souhaitez.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Cordialement,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C.L.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua Comme son ami l\u2019\u00e9crivain NRCB, le photographe Lorenzo dell\u2019Acqua \u00e9tait fort d\u00e9\u00e7u. Depuis la parution du Roman des Regards, personne ne lui avait demand\u00e9 d\u2019autographe dans la rue. 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