{"id":58025,"date":"2026-10-03T07:47:00","date_gmt":"2026-10-03T05:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=58025"},"modified":"2026-10-03T08:46:20","modified_gmt":"2026-10-03T06:46:20","slug":"trois-cafes-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=58025","title":{"rendered":"Trois caf\u00e9s (18)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-57633\" src=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/TROIS-CAFES-e1785433577884-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>(&#8230;) Trois-caf\u00e9s resserra son bandana, rajusta un bouton de sa veste, traversa la salle du bistrot en trois enjamb\u00e9es et ouvrit grand la porte. Dehors, la temp\u00eate s\u2019\u00e9tait calm\u00e9e sans que nous nous en soyons aper\u00e7us. Il faisait gris mais il ne pleuvait plus. Mais, au moment o\u00f9 la silhouette en Prince de Galles s\u2019est dessin\u00e9e dans l\u2019encadrement de la porte, un grand \u00e9clat de soleil a illumin\u00e9 la rue, travers\u00e9 la vitrine du caf\u00e9, projetant l\u2019ombre immense de notre visiteur sur le parquet illumin\u00e9.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>L\u00e0, j\u2019ai quand m\u00eame trouv\u00e9 qu\u2019il en faisait beaucoup, Trois-caf\u00e9s&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une fois Trois-caf\u00e9s parti, on s\u2019est retrouv\u00e9s \u00e0 nous regarder en chiens de fa\u00efence, comme des cons, surtout apr\u00e8s que Cottard nous ait rejoint apr\u00e8s son d\u00e9jeuner \u00e0 la cantine. Pour le mettre \u00e0 niveau, Madame Fran\u00e7oise lui a racont\u00e9 en d\u00e9tail tout ce qu\u2019il avait manqu\u00e9. Quand elle en est arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de la Commission des Particules et Machins-Trucs, j\u2019ai bien cru voir dans le regard de Cottard comme l\u2019ombre d\u2019un doute, ou alors peut-\u00eatre comme une trace d\u2019ironie ou encore comme une \u00e9tincelle d\u2019amusement. En fait, Cottard, il \u00e9tait comme moi : il savait pas trop \u00e0 quoi s\u2019en tenir. On se disait qu\u2019on verrait bien demain\u2026 si jamais il revenait, Trois-caf\u00e9s !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Eh ben, il est revenu. Quand il a pouss\u00e9 la porte du bistrot il \u00e9tait pas encore dix heures, pas loin, mais pas encore dix heures, disons moins cinq, moins dix, est-ce que je sais moi ? Moins cinq ou moins dix, qu\u2019est-ce que \u00e7a peut faire de toute fa\u00e7on ? On s\u2019en fiche\u2026 Dedans, il n\u2019y avait que Georges et moi, et dehors, il n\u2019y avait pas de temp\u00eate. Il faisait un temps comme tous les jours, mi-figue mi raisin. Quand Trois-caf\u00e9s est entr\u00e9, y a pas eu de coup de tonnerre, y a pas eu de coup de soleil ; juste un grand type en Marcel et Prince de Galles qui a fait un pas dans la salle et qui a lanc\u00e9 joyeusement en se frottant les mains :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Messieurs, je vous souhaite bien le bonjour. Comment vas-tu, mon cher Georges ? Je prendrais volontiers trois petits caf\u00e9s\u2026 et peut-\u00eatre aussi une ou deux tartines l\u00e9g\u00e8rement toast\u00e9es, beurre demi-sel, marmelade, enfin comme d\u2019habitude. \u00c7a sera quand tu veux, Georges.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tandis que Georges s\u2019empressait de passer dans sa cuisine pour donner les instructions \u00e0 son S\u00e9n\u00e9galais, Trois-caf\u00e9s est venu se planter devant ma table :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Et vous, Monsieur, comment-allez-vous ce matin ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Euh\u2026 ben, comme un mercredi\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pourquoi j\u2019avais dit \u00e7a ? Pourquoi j\u2019avais sorti cette r\u00e9ponse \u00e0 la con, ce truc idiot qui ne faisait plus rire personne depuis cent ans ? Ben si ! Faut croire que si ! Parce que, lui, il a ri. Il s\u2019est esclaff\u00e9, m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Ah ! Comme un mercredi ! Ah ! Ah ! Alors \u00e7a, c\u2019est amusant !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au d\u00e9but, j\u2019ai cru qu\u2019il se foutait de moi. Faut dire qu\u2019il aurait pu ! Mais non ! Il trouvait \u00e7a marrant ! Il riait vraiment ! Et m\u00eame, il en redemandait :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Il faut absolument que je pense \u00e0 faire la blague \u00e0 Robert demain. C\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas beaucoup l\u2019occasion de rire en ce moment, le pauvre ! Comme un mercredi ! Ah ! \u00c7a va l\u2019amuser, \u00e7a !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019en revenais pas de ce succ\u00e8s. Je d\u00e9cidai de pousser mon avantage :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Dites Stanislav, quand vous la ferez \u00e0 Robert, n\u2019oubliez pas de changer le jour !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Pardon ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Ben oui, parce que demain, on sera jeudi ! Pas mercredi, jeudi ! Faudra dire \u00ab\u00a0comme un jeudi\u00a0\u00bb, sans \u00e7a, \u00e7a va pas marcher !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Alors l\u00e0, il a explos\u00e9. Il riait tant qu\u2019il a d\u00fb desserrer son petit foulard rouge.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Pas mercredi, jeudi ! Ah ! C\u2019est encore plus dr\u00f4le avec jeudi ! Ah ! Je n\u2019en peux plus ! Arr\u00eatez, mon cher, arr\u00eatez ! Vous voulez me faire mourir ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019arr\u00eatai. Il se calma un peu et d\u00e9noua son bandana pour s\u2019en essuyer les yeux avant de me dire :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Dites-donc, Ratinet, vous \u00eates un sacr\u00e9 rigolo. Vous permettez que je vous appelle Ratinet ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 De toute fa\u00e7on, que je lui ai r\u00e9pondu, vous serez pas le seul ! Alors, allons-y pour Ratinet ! Mais, dites, Stanislav, vous me dites Vous ! Je croyais que vous r\u00e9serviez \u00e7a aux aristos, aux \u00e9trangers et aux femmes ! Faudrait savoir !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est alors qu\u2019il a pris un petit temps pour r\u00e9cup\u00e9rer son souffle. Ensuite, il a saisi par le dossier la chaise qu\u2019\u00e9tait en face de moi et l\u2019a retourn\u00e9e pour s\u2019asseoir dessus \u00e0 califourchon. Et puis, il m\u2019a regard\u00e9 bien dans les yeux et\u00a0 il m\u2019a dit :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Bon ! \u00c9coutez Ratinet, maintenant qu\u2019on a bien ri, soyons s\u00e9rieux un moment, voulez-vous ? Effectivement, je vous ai vouvoy\u00e9. Pourtant, vous n\u2019\u00eates ni femme, ni \u00e9tranger, ni noble, quoique sur ce dernier point, on ne soit jamais s\u00fbr de rien. Il n\u2019emp\u00eache que je vous ai dit vous. \u00c7a m\u2019est venu naturellement, sans que je le d\u00e9cide ni m\u00eame que j\u2019y pense. En fait, c\u2019est parce que je vous ai per\u00e7u diff\u00e9rent.\u00a0 Ah ! Mes trois caf\u00e9s ! Merci, Georges !<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Georges venait de d\u00e9poser les trois tasses devant lui. Trois-caf\u00e9s attendit que le bonhomme soit retourn\u00e9 en cuisine pour poursuivre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u2014 Voyez-vous, mon cher, dit-il presque \u00e0 voix basse, vous n\u2019\u00eates pas de la race des Georges, des Cottard et des Dumoulot. Georges est un brave cafetier sans conversation ni envergure et qui n\u2019a d\u2019autre int\u00e9r\u00eat que de servir un bon caf\u00e9. A premi\u00e8re vue, Cottard m\u2019apparait comme un \u00eatre plut\u00f4t \u00e9troit, mesquin et probablement malveillant. Quant \u00e0 Dumoulot, qu\u2019il ait ou non une particule, cela ne change rien pour moi : je le vois plut\u00f4t comme un gentil imb\u00e9cile. Mais vous, Ratinet, vous, vous \u00eates diff\u00e9rent. Je sens confus\u00e9ment qu\u2019il y a quelqu\u2019un derri\u00e8re cet aspect un peu bourru, quelqu\u2019un d\u2019int\u00e9ressant, quelqu\u2019un de valeur, quelqu\u2019un que j\u2019aimerais conna\u00eetre mieux. Voil\u00e0 pourquoi, d\u2019instinct, je vous ai vouvoy\u00e9. Allez, Ratinet, parlez-moi de vous ! Dites-moi qui vous \u00eates vraiment.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\">ET DEMAIN :<br \/>\nLes portraits de Proust : l&rsquo;imb\u00e9cile<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Trois-caf\u00e9s resserra son bandana, rajusta un bouton de sa veste, traversa la salle du bistrot en trois enjamb\u00e9es et ouvrit grand la porte. Dehors, la temp\u00eate s\u2019\u00e9tait calm\u00e9e sans que nous nous en soyons aper\u00e7us. Il faisait gris mais il ne pleuvait plus. 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