{"id":57747,"date":"2026-09-08T07:47:47","date_gmt":"2026-09-08T05:47:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57747"},"modified":"2026-08-16T08:16:50","modified_gmt":"2026-08-16T06:16:50","slug":"la-madeleine-la-biscotte-et-le-pain-grille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57747","title":{"rendered":"La madeleine, la biscotte et le pain grill\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua\u00a0<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il m\u2019en parlait chaque fois que je le rencontrais comme s\u2019il \u00e9tait persuad\u00e9 que je ne la connaitrais jamais alors que moi j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 que cette lacune gustative n\u2019aurait aucune cons\u00e9quence sur la suite de ma carri\u00e8re litt\u00e9raire d\u2019autant que j\u2019avais d\u00e9couvert dans une revue sp\u00e9cialis\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une biscotte. Bien s\u00fbr, je n\u2019avais pas os\u00e9 le lui r\u00e9v\u00e9ler de peur de lui infliger une peine \u00e0 laquelle notre amiti\u00e9 n\u2019aurait pas surv\u00e9cu. Plein de bienveillance \u00e0 son \u00e9gard, je l\u2019\u00e9coutais me raconter inlassablement les m\u00e9andres vaporeux de la sensation enivrante que procurait ce petit g\u00e2teau. Il le faisait avec une conviction exalt\u00e9e non pas comme s\u2019il en \u00e9tait l\u2019auteur mais comme si lui aussi l\u2019avait ressentie. Je me disais qu\u2019\u00e0 force d\u2019y penser depuis sa petite enfance dans un village d\u00e9sol\u00e9 du Bas de l\u2019Aisne, il avait fini par s\u2019en convaincre alors qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019une trouvaille litt\u00e9raire fumeuse relevant d\u2019un sens consomm\u00e9 de la technique en vogue chez les conteurs du d\u00e9but du si\u00e8cle (J\u2019emploie \u00e0 dessein le terme <em>fumeuse<\/em> pour \u00e9voquer ce que l\u2019on nomme dans le langage d\u2019aujourd\u2019hui un joint ou un p\u00e9tard).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je m\u2019\u00e9tais aussi interdit de lui raconter un souvenir douloureux de ma propre enfance au bord de la mer chez mon oncle et ma tante car il risquait d\u2019affaiblir les arguments que je lui opposais pour justifier mon insensibilit\u00e9 \u00e0 ce joyau de la litt\u00e9rature gastronomique qu\u2019il v\u00e9n\u00e9rait encore plus que les demi-pression aux terrasses ensoleill\u00e9es de sa jeunesse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pamond et Tata avaient tous les deux une passion qui ne se d\u00e9mentit jamais pour le pain grill\u00e9. Chaque fois que je la percevais, cette odeur \u00e0 nulle autre pareille me rappelait les petits d\u00e9jeuners d\u2019alors avec le pain rassis de la veille qui avait subi une cure de jouvence dans le grill \u00e9lectrique. La premi\u00e8re sensation qui revenait \u00e0 ma m\u00e9moire \u00e9tait la blessure que les morceaux calcin\u00e9s, durs et tranchants, infligeaient \u00e0 mes muqueuses d\u00e9licates de petit enfant. Je les acceptais cependant, moins pour leur faire plaisir que pour survivre, car il n\u2019y aurait rien d\u2019autre \u00e0 manger avant l\u2019heure tardive du prochain repas. Le caract\u00e8re sacr\u00e9 de ce rituel \u00e9tait confirm\u00e9 par l\u2019obligation de nous y soumettre tous, y compris les invit\u00e9s les plus prestigieux m\u00eame s\u2019ils connaissaient depuis la nuit des temps les croissants et les pains au chocolat. J\u2019appris plus tard que le souvenir sensoriel d\u2019un banal petit g\u00e2teau ressenti par un coll\u00e8gue plus chanceux que moi avait fait sa gloire alors que celui de l\u2019odeur du pain grill\u00e9 ne parvint jamais \u00e0 me tirer la moindre \u00e9motion agr\u00e9able ni la moindre ligne \u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A ces r\u00e9flexions sur les vertus litt\u00e9raires de la madeleine, de la biscotte et du pain grill\u00e9 \u00e9tait associ\u00e9 cet autre souvenir de mon enfance sans lien avec le supplice du petit d\u00e9jeuner mais avec le lieu de mes vacances au bord de la mer o\u00f9 je le subissais chaque \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">R\u00e9cemment, par un beau matin ensoleill\u00e9 et chaud de juillet 2026, nous avions d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller \u00e0 la plage situ\u00e9e en contrebas de notre merveilleuse villa, mais assez peu cependant pour que nous puissions nous y rendre \u00e0 pied sans risquer, nous et la ribambelle de petits enfants turbulents qui gravitaient autour de nous, d\u2019y rencontrer un obstacle naturel qui nous emp\u00each\u00e2t de gagner la douce fra\u00eecheur du bord de l\u2019eau o\u00f9, bien que ce fut mar\u00e9e haute, nous allions pouvoir disposer d\u2019une \u00e9troite mais suffisante bande de sable propice au d\u00e9ploiement de nos serviettes de bains multicolores ainsi que des innombrables jouets, pelles, r\u00e2teaux, sceaux indispensables \u00e0 la distraction d\u2019un jeune public d\u00e9j\u00e0 avide de plaisirs futiles sans cesse renouvel\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sur la plage, la temp\u00e9rature \u00e9tait agr\u00e9able et l\u2019absence de vent faisait ressembler la mer \u00e0 un lac apais\u00e9. Le d\u00e9part des autres familles offrait \u00e0 nos petits-enfants un champ de jeux infini o\u00f9 ils pouvaient courir, tomber, sauter sans le moindre risque de blessure. La mer \u00e9tait d\u2019un bleu turquoise transparent qui ravissait m\u00eame les plus blas\u00e9s. Nous y trempions craintifs un orteil puis le pied pour constater qu\u2019elle \u00e9tait presque chaude, ce qui \u00e9tait exceptionnel sur la c\u00f4te atlantique. Comme il n\u2019y avait pas l\u2019ombre d\u2019une ris\u00e9e, il n\u2019y avait pas de vagues non plus. Les plus anciens pouvaient donc se risquer \u00e0 nager malgr\u00e9 leurs rhumatismes et les plus jeunes tenter de r\u00e9p\u00e9ter les mouvements appris la veille au cours de natation. L\u2019air \u00e9tait doux, il n\u2019y avait pas de bruit et nos voisins les plus proches \u00e9taient \u00e0 une distance si respectable que nous n\u2019entendions m\u00eame pas le chuchotement de leurs conversations. L\u2019heure \u00e9tait incertaine et n\u2019en finissait pas de s\u2019\u00e9tirer. Me revint alors le souvenir du plaisir identique que j\u2019avais connu dans mon enfance quand nous prenions possession de la plage de Tharon o\u00f9 nous poss\u00e9dions une maison de vacances commune avec mes cousins, mon oncle et ma tante. Une tradition familiale dont je ne parvins jamais \u00e0 conna\u00eetre l\u2019origine avait institu\u00e9 un rythme immuable qui nous faisait y descendre quand les autres estivants en remontaient pour d\u00e9jeuner. Nous \u00e9tions alors seuls \u00e0 profiter d\u2019une plage dor\u00e9e caress\u00e9e par l\u2019immensit\u00e9 bleue. La douceur de ces heures pass\u00e9es avec ma famille rassurait le petit gar\u00e7on craintif que j\u2019\u00e9tais. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce souvenir que me rappelait aujourd\u2019hui la plage de La Flotte : celui d\u2019un bonheur intense et suspendu hors du temps.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Notre fr\u00e9quentation d\u00e9cal\u00e9e de la plage obligeait nos m\u00e8res pr\u00e9voyantes \u00e0 emporter dans leurs grands sacs de toile quelques provisions pour nous permettre de tenir le coup jusqu\u2019au d\u00e9jeuner sur la terrasse ombrag\u00e9e. Il s\u2019agissait toujours des m\u00eames petits g\u00e2teaux dont nous attendions avec impatience la distribution. Leur onctuosit\u00e9 humide venait \u00e0 point nomm\u00e9 att\u00e9nuer la chaleur implacable que nous subissions en plein soleil et leur apport sucr\u00e9 devait am\u00e9liorer notre glyc\u00e9mie chancelante comme les pas que nous faisions pour gagner le bord de l\u2019eau et nous y rafraichir. Mais surtout, \u00e0 peine aval\u00e9s, ils exhalaient une saveur citronn\u00e9e qui remontait dans notre gorge et nous rafraichissait elle aussi. Comme il n\u2019y en avait jamais plus d\u2019un par enfant, le plaisir qu\u2019ils nous procuraient en \u00e9tait d\u00e9cupl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce g\u00e2teau si attendu, vous l\u2019avez tous reconnu\u00a0! C\u2019\u00e9tait la fameuse galette Saint-Michel, la sp\u00e9cialit\u00e9 de Saint-Michel-Chef-Chef, la commune voisine de Tharon-Plage.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Lorenzo dell&rsquo;Acqua\u00a0 Il m\u2019en parlait chaque fois que je le rencontrais comme s\u2019il \u00e9tait persuad\u00e9 que je ne la connaitrais jamais alors que moi j\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 que cette lacune gustative n\u2019aurait aucune cons\u00e9quence sur la suite de ma carri\u00e8re litt\u00e9raire d\u2019autant que j\u2019avais d\u00e9couvert dans une revue sp\u00e9cialis\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une biscotte. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=57747\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La madeleine, la biscotte et le pain grill\u00e9<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12],"tags":[1563],"class_list":["post-57747","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","tag-lorenzo-dellacqua"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/57747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=57747"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/57747\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58119,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/57747\/revisions\/58119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=57747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=57747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=57747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}